Élections fédérales - Des libéraux pratiquants dénoncent la stratégie du PLC sur la religion

Ottawa — Des libéraux pratiquants sont consternés de voir que leur parti tente de brosser le portrait des conservateurs comme une bande de fanatiques religieux et ils réclament du premier ministre Paul Martin une condamnation de cette manoeuvre électorale «déplacée» et «hypocrite», a appris la Presse canadienne.

Pour le député de Toronto John McKay, cette stratégie est «contraire à toutes mes croyances libérales».

«Je pense qu'elle n'a pas sa place dans la politique canadienne et, en plus d'être offensante sur un plan idéologique, cette stratégie politique est tout simplement stupide», a-t-il dit.

M. McKay appartient à un groupe de libéraux qui sont aussi de fervents catholiques. Ils ont été horrifiés de découvrir, le mois dernier, que leur parti avait commandé une sondage pré-électoral qui demandait aux Ontariens s'ils seraient plus ou moins désireux de voter pour les conservateurs, sachant que la formation politique a été noyautée par des «chrétiens évangéliques».

M. McKay, qui fait partie d'une église évangélique, a estimé que de 10 à 20 % des députés libéraux avaient en commun ces sympathies «évangéliques». Parmi ceux qui ont les plus profondes croyances religieuses se trouve le premier ministre lui-même. Chrétien pratiquant, il se fait un point d'honneur de ne jamais rater la messe chaque dimanche, même lorsqu'il est en déplacement.

Steven MacKinnon, directeur-adjoint du Parti libéral du Canada (PLC), s'est porté à la défense de cette question du sondage, insistant sur le fait que le PLC ne s'attaque pas aux croyances religieuses des conservateurs ou de leur chef, Stephen Harper. Il soutient que la stratégie des libéraux vise plutôt à démontrer le «conservatisme social» et la tendance des conservateurs à brouiller la frontière qui «sépare l'Église de l'État».

M. Harper a toutefois accusé les libéraux de «bigoterie» religieuse. Il prétend que la question est destinée à donner l'impression que le Parti conservateur est un dangereux repaire d'extrémistes.

Le député libéral de Toronto Paul Szabo est du même avis. «La question est déplacée [...], a-t-il dit. Elle est très obtuse.»

Du reste, M. Szabo considère que la question porte atteinte aux nombreux libéraux qui, comme lui, sont des «gens de foi» partageant les points de vue des chrétiens évangéliques sur des questions d'ordre moral comme l'avortement et les mariages entre homosexuels.