Les ministres passent et les fonctionnaires restent

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Il y a une culture et une tradition politiques au SPGQ qui imposent aux professionnels un devoir de réserve.
Photo: Adrien Olichon Unsplash Il y a une culture et une tradition politiques au SPGQ qui imposent aux professionnels un devoir de réserve.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis les conclusions de la commission Charbonneau affirmant qu’il faut rapatrier l’expertise au sein même du ministère des Transports et non pas la confier à des firmes externes, Richard Perron, le président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), est heureux. Mais depuis qu’il a entendu, de la bouche même de François Bonnardel, le nouveau ministre des Transports, qu’il fallait ajouter des échelons et donc augmenter les salaires, Richard Perron commence à se dire que la table est mise pour des négociations fructueuses !

Dans le paysage syndical, c’est un des syndicats les plus discrets parce que la position des membres du SPGQ est des plus délicates ; difficile pour eux de commenter l’actualité politique et encore plus de prendre parti quand ils doivent travailler avec les membres de tous les partis politiques. Et Richard Perron sait de quoi il en retourne, lui qui a déjà collaboré avec quatre premiers ministres ainsi que de nombreux ministres.

Légalement, la Loi électorale et le Directeur des élections nous rappellent que toute dépense faite pour ou contre un candidat doit être comptabilisée et autorisée par son agent officiel. « Cette loi nous a empêchés de nous exprimer sur certains sujets, dont la promesse de supprimer 5000 postes dans le secteur public », explique Richard Perron, qui précise que la simple publication d’un communiqué de presse implique une dépense, et cette dernière n’aurait jamais été autorisée.

Il y a une culture et une tradition politiques au SPGQ qui imposent aux professionnels — qui travaillent souvent directement avec les ministres — un devoir de réserve : « Ce qu’on nous demande, c’est de ne pas influencer le vote d’un côté ou de l’autre », ajoute-t-il. De plus, Richard Perron admet que son syndicat serait bien embêté de négocier avec un patron contre lequel il aurait pris position.

Dans toutes ses actions, le SPGQ ne néglige aucun parti et sa préparation à la venue d’un nouveau gouvernement ne date pas d’hier : « Lors des dernières négociations, en prévision d’un changement de gouvernement possible, on a négocié la mise sur pied d’un comité sur la rémunération chargé de donner des recommandations qui, à notre avis, devraient comporter des hausses de salaire significatives pour nos professionnels, surtout en période de rareté de main-d’oeuvre, » affirme le président.

« On doit aller au-delà de ses émotions et de son sentiment personnel et comme un avocat qui doit bien défendre ses clients, je dois défendre les intérêts de mes membres en allant chercher le maximum de tous les acteurs politiques qui, ultimement, sont les décideurs », conclut Richard Perron.

Le SPGQ est le plus grand syndicat de personnel professionnel du Québec avec ses 25 600 experts, dont près de 18 200 dans la fonction publique, 4700 à Revenu Québec et 2800 en santé, en enseignement supérieur et dans les sociétés d’État.