Un nouveau gouvernement, de nouvelles priorités

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Les années d’austérité héritées du gouvernement Couillard ont durement affecté la capacité du réseau de l’éducation de répondre aux besoins des élèves.
Photo: iStock Les années d’austérité héritées du gouvernement Couillard ont durement affecté la capacité du réseau de l’éducation de répondre aux besoins des élèves.

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À la suite de l’élection d’un gouvernement majoritaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), la CSN compte bien avoir à l’œil les politiques proposées par ce parti, revendiquer des changements en faveur des travailleurs et s’opposer à certaines politiques, si nécessaire. Entrevue avec Jacques Létourneau, président de la CSN.

L’éducation, la santé, l’immigration, l’environnement, les finances publiques, la réforme du mode de scrutin… Tels sont quelques-uns des secteurs sur lesquels la CSN compte surveiller la gouvernance de la CAQ au cours des quatre prochaines années. De prime abord, la CSN accueille plutôt positivement le nouveau Conseil des ministres. Elle souhaite cependant que ce nouveau gouvernement se mette à l’écoute des besoins de la population et réponde adéquatement aux nombreux défis qui l’attendent.

La grande négligée : l’éducation

L’un de ces grands défis est l’éducation. Les années d’austérité héritées du gouvernement Couillard ont durement affecté la capacité du réseau de l’éducation de répondre aux besoins des élèves. Jacques Létourneau croit qu’il est essentiel que le gouvernement réinvestisse dans ce secteur, du niveau primaire jusqu’au niveau universitaire. « Une réforme Barrette en éducation serait inacceptable, dit-il. Il faut mettre de côté les débats de structure et ramener les élèves au cœur des priorités. »

M. Létourneau croit notamment que l’ajout de spécialistes (ex. : orthopédagogues, orthophonistes) est essentiel pour permettre le dépistage précoce et l’accompagnement des enfants présentant des troubles d’apprentissage. Selon la CSN, cette opération peut se réaliser sans la mise en place des maternelles 4 ans dans l’ensemble du Québec. « Cela peut très bien se faire dans les CPE qui ont développé une expertise à ce chapitre », affirme M. Létourneau, qui soutient que les maternelles 4 ans pourraient tout de même être implantées dans les milieux défavorisés. Récemment, les énormes défis que représente l’implantation de ces nouvelles classes dans tout le Québec ont d’ailleurs été soulignés.

Beaucoup de pain sur la planche

La santé est un autre secteur qui préoccupe beaucoup la CSN. Après avoir beaucoup centralisé la prise de décisions, sous la gouvernance de l’ancien ministre Barrette, la CSN croit qu’il faut renverser la vapeur et décentraliser. Lors de son assermentation comme ministre, Mme McCann a d’ailleurs livré un plaidoyer dans ce sens. « On doit aussi augmenter les ressources dans les soins à domicile et dans les CHSLD », dit le président de la centrale syndicale. La CSN est contre l’idée lancée par la CAQ, en campagne électorale, de créer des « maisons des aînés » plus confortables. Selon M. Létourneau, on doit d’abord améliorer les services existants et répondre aux besoins criants de main-d’œuvre dans ces secteurs avant de se lancer dans ce projet.

La CSN soutient aussi qu’il est urgent de revoir le mode de rémunération des médecins, à l’acte, qui coûte très cher à l’État. « Nous sommes favorables à une rémunération mixte, à l’acte et à salaire, dit M. Létourneau. Cela permettrait de dégager de l’argent qui pourrait être consacré à la prévention et à la santé publique. » Pour ce qui est de la rémunération des médecins spécialistes, M. Létourneau ne prend pas position pour l’instant, laissant le soin à Christian Dubé, président du Conseil du trésor, de régler ce dossier.

Au chapitre des finances publiques, M. Létourneau croit que le trio économique de la CAQ devra changer de cap, éviter de reproduire la stratégie budgétaire des libéraux (appelée « stop and go ») qui a été néfaste pour l’économie, réinvestir dans les réseaux et améliorer les conditions de travail des travailleurs. Des négociations avec les employés du secteur public doivent d’ailleurs débuter l’an prochain.

Immigration : la réduction des seuils en cause

Bien que la CAQ mentionne depuis des mois la nécessité de réduire le nombre d’immigrants accueillis chaque année au Québec, la CSN invite le ministre responsable du dossier, Simon Jolin-Barrette, à la prudence. Selon M. Létourneau, avant de changer les règles, le gouvernement doit établir un dialogue social avec les organisations syndicales et patronales et les communautés culturelles afin de prendre en considération leurs préoccupations, notamment au chapitre de la main-d’œuvre.

La nécessité de mieux intégrer les nouveaux arrivants ne fait toutefois pas de doute pour la CSN. L’une des façons d’y arriver serait de prévoir des ressources suffisantes en matière de francisation, selon M. Létourneau. Secteur où il y a eu beaucoup de compressions ces dernières années.

Dans le domaine du travail, la CSN espère que les travaux amorcés par les partenaires du marché du travail se poursuivront, avec le nouveau ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet. Le but est d’arriver à mettre en œuvre la Stratégie nationale de la main-d’œuvre, issue d’un consensus entre les syndicats et le patronat.

Une transition énergétique essentielle

L’environnement interpelle aussi la CSN. La centrale syndicale croit qu’il est urgent que le gouvernement reconnaisse qu’il y a une crise climatique. Elle lui demande donc de faire de la transition énergétique une priorité en adoptant des mesures qui auront pour effet de réduire notre dépendance au pétrole. À ce propos, M. Létourneau croit que l’absence du premier ministre à la Conférence de Katowice sur les changements climatiques, en Pologne (COP24), envoie un très mauvais signal.

Vers un nouveau mode de scrutin

Au chapitre de la vie démocratique, la CSN milite depuis des années pour qu’un mode de scrutin proportionnel mixte soit implanté au Québec. Le président de la CSN a bon espoir que cette réforme sera adoptée par la CAQ puisque ce parti s’y est formellement engagé alors qu’il était dans l’opposition.