Trois syndicats courtisent les travailleurs de la SQDC

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
En plus d’horaires de travail diminués, la SQDC offre souvent à ses employés des quarts de travail réduits de seulement quatre heures.
Photo: Martin Ouellet-Diotte Agence France-Presse En plus d’horaires de travail diminués, la SQDC offre souvent à ses employés des quarts de travail réduits de seulement quatre heures.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis quelques semaines, les employés de la SQDC, société sous la responsabilité de la SAQ, sont courtisés par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le Syndicat des travailleurs et travailleuses de l’alimentation et du commerce (TUAC 500) et le Syndicat des employés de magasin et de bureau de la SAQ (SEMB-SAQ). Chacun y va de ses arguments pour séduire ces employés. Le Tribunal administratif du travail devra trancher bientôt.

Dans le cadre de la campagne de syndicalisation qui se déroule en ce moment, le TUAC section locale 500, affilié à la FTQ, a fait quatre requêtes en accréditation pour les succursales de la SQDC à Mirabel, à Montréal (Rosemont), à Rimouski et Sainte-Foy.

Antonio Filato, porte-parole de la section locale 500 du TUAC, affirme que son syndicat est très bien placé pour obtenir les accréditations demandées. Sans diminuer les chances des autres syndicats, il affirme que son organisation a une grande expérience dans le commerce et la culture du cannabis. « Nous sommes dans le secteur du commerce au détail depuis 1968 et nous avons 35 000 membres, dit-il. Dans le domaine du cannabis, nous représentons déjà 5000 travailleurs, dit-il. Ils sont soit commis dans les commerces, soit cultivateurs dans les champs ou en serre. Nous avons des syndiqués états-uniens au Nevada, au Colorado et dans l’État de Washington. » M. Filato ajoute que son syndicat donne même des cours aux employés qui vendent le cannabis.

La campagne du SCFP

Le SCFP, autre syndicat affilié à la FTQ, a lui aussi déposé des demandes d’accréditation pour quatre succursales de la SQDC. Il s’agit des magasins de Lévis, de Drummondville, de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Québec.

Pierre-Guy Sylvestre, économiste et conseiller syndical au service de la recherche du SCFP, croit que son syndicat est le meilleur pour représenter les travailleurs de la SQDC. « Nous avons des syndiqués dans les casinos, où la dynamique est similaire à ce qu’on retrouve dans les magasins de la SQDC, soutient M. Sylvestre, qui affirme que, dans les deux cas, des gens intoxiqués peuvent entrer dans ces endroits pour acheter. Nos gens savent comment négocier avec ces problématiques. »

M. Sylvestre mentionne aussi les conditions de travail comme étant un enjeu important. « Alors que les travailleurs sont présentement payés 14 $ l’heure, nous pensons pouvoir leur offrir de 20 à 21 $ l’heure dès la première convention collective. »

En plus d’horaires de travail diminués (en raison des jours de fermeture de succursales causée par des ruptures de stock de produits du cannabis), la SQDC offre souvent à ses employés des quarts de travail réduits de seulement quatre heures, selon M. Sylvestre. « Nous comptons négocier avec l’employeur des horaires de travail plus intéressants qui tiennent compte aussi de la conciliation travail- famille, » dit-il.

Le porte-parole du SCFP avance aussi d’autres arguments favorables au choix de son syndicat. « Nous sommes le plus grand syndicat au Canada, argumente M. Sylvestre. Grâce à cela, nous pouvons demander aux travailleurs des cotisations plus basses. Nous avons aussi l’un des fonds de grève les mieux garnis au Canada. » Un point intéressant lorsque survient un conflit de travail. Autre argument qui pourrait militer en faveur du SCFP : les employés des entrepôts de la SAQ et les camionneurs sont déjà syndiqués par le SCFP.

Enfin, le fait que le SCFP n’est pas très présent dans le commerce de détail n’est pas un problème pour M. Sylvestre. « Il y a une mission sociale accolée à la SQDC, dit-il. Les gens qui y travaillent ne sont pas des vendeurs, mais plutôt des conseillers auprès de la clientèle. »

La campagne du SEMB-SAQ

L’autre campagne qui bat son plein est celle du SEMB-SAQ, affilié à la CSN. De ce côté-ci, le syndicat a fait une requête au provincial et une requête pour chacune des succursales suivantes : Trois-Rivières, les succursales de Montréal au marché Jean Talon et rue Sainte-Catherine et la succursale de Mascouche.

Selon Katia Lelièvre, présidente du SEMB-SAQ, la requête au provincial s’explique par le fait que la SQDC est une filiale de la SAQ. Cette situation milite en faveur que la SQDC et la SAQ aient le même syndicat, selon Mme Lelièvre.

Selon elle, plusieurs choses pourraient être améliorées au chapitre des conditions de travail. Le salaire en est une. « À la SAQ, un employé commence avec un taux horaire de 19,33 $ alors que la SQDC n’offre au départ à ses employés que 14 $ l’heure, dit-elle. À ce salaire, la société ne pourra pas garder ses employés. » Elle croit aussi que les pauses ne sont pas assez nombreuses et le temps alloué au dîner, trop court.

Autre point : les fermetures de succursales pour cause de rupture de stock. Selon Mme Lelièvre, elles n’auraient pas pu se faire de cette façon et aussi facilement si les employés avaient été syndiqués.

Avant toute prise de décision, cependant, Mme Lelièvre prévoit de faire des rencontres par région pour échanger avec les employés afin de savoir ce à quoi ils s’attendent de leur syndicat.

Antonio Filato croit toutefois que le SEMB-SAQ n’a pas démontré jusqu’ici une grande efficacité dans la négociation qu’il mène avec la SAQ. « Cela fait 18 mois qu’il négocie avec l’employeur et il n’y a toujours pas de règlement en vue », dit-il.

Il croit cependant que cette bataille pour la syndicalisation est saine. « En ce moment, les trois syndicats ont des demandes d’accréditation pour un nombre égal de succursales, chacun en ayant quatre, dit-il. Si les employés relèvent en fin de compte des trois syndicats intéressés, il sera possible de comparer les conditions de travail offertes par chacun. »

Les porte-parole du SEMB-SAQ et du SCFP croient plutôt qu’il serait plus logique qu’il y ait un seul syndicat pour l’ensemble des succursales. En définitive, ce sera au Tribunal administratif du travail de trancher.