Le jeu Fortnite utilisé comme appât par un cyberprédateur

<p>Dans les quatre cas rapportés, les victimes étaient de jeunes garçons de niveau secondaire.</p>
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Dans les quatre cas rapportés, les victimes étaient de jeunes garçons de niveau secondaire.

Un cyberprédateur utilise le populaire jeu Fortnite pour appâter des adolescents et les amener à envoyer des images intimes d’eux-mêmes. La police de Richelieu Saint-Laurent enquête sur ce phénomène de « sextorsion » et demande aux parents d’être particulièrement vigilants pour éviter que le suspect fasse plus de victimes.

« Nous avons eu quatre cas avec exactement le même mode de fonctionnement d’un cyberprédateur qui nous ont été transmis ces dernières semaines au bureau des enquêtes criminelles », explique le sergent Jean-Luc Tremblay de la Régie intermunicipale de police Richelieu Saint-Laurent.

En se créant une fausse identité sur Instagram, le cyberprédateur réussit à intégrer des groupes d’amis. Il leur offre alors un code pour accéder à un niveau supérieur du jeu Fortnite, très populaire auprès des adolescents.

« C’est l’appât pour amener le jeune intéressé à avoir une conversation privée », résume le sergent Tremblay. Une fois que la discussion privée est amorcée, le suspect tente d’obtenir des images intimes.

Le cyberprédateur fonctionne généralement « par petits pas », précise le policier. « Il y a un premier geste qui est généralement fait par la victime qui la rend suffisamment mal à l’aise. Le cyberprédateur menace ensuite de diffuser cette image à ses amis si elle ne répond pas à sa prochaine demande, amenant la victime à faire un geste supplémentaire. C’est là qu’on parle de sextorsion. »

Dans les quatre cas rapportés à la Régie intermunicipale de police Richelieu Saint-Laurent, les victimes étaient de jeunes garçons de niveau secondaire. Il n’y avait pas de liens entre eux et ils ne fréquentaient pas la même école.

« Le mode de fonctionnement nous laisse croire que c’est vraiment élargi […] C’est important que les gens puissent se protéger si le ou les suspects ou le réseau se manifestent à nouveau », ajoute le policier.

Une lettre a été envoyée à tous les parents de la Commission scolaire des Patriotes de même qu’aux écoles privées du secteur pour les aviser de cette menace.

À la commission scolaire, on affirme avoir servi de « courroie de transmission » pour permettre aux policiers de joindre rapidement le plus grand nombre de parents. « Notre but, c’est d’épauler les parents pour leur permettre d’amorcer une discussion avec leurs enfants », répond la directrice adjointe Lyne Arcand.

Le sergent Tremblay n’était pas en mesure de dire si d’autres cas ont été rapportés à d’autres corps policiers. L’enquête est toujours en cours.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 8 novembre 2018 10 h 30

    Entre la cyberprédation et la cyberdépendance

    Il suffit du mot « cyberprédateur » pour que des parents se réveillent et voient dans les jeux vidéos une source de danger pour leurs enfants. Pourtant, il n'y a là qu'une partie de la pointe de l'iceberg. Quatre ados qui ont transmis une photo ou une vidéo de leurs parties intimes, c'est regrettable, mais c'est rien à côté des dizaines et des dizaines de milliers d'enfants (même pas encore ados car le jeu fait rage dans les écoles primaires, souvent à l'insu des professeurs et de la direction).

    J'ai eu l'occasion d'observer un groupe d'enfants de 10 à 13 ans qui en arrivant de l'école, se précipitaient avec voracité sur leur tablette ou leur portable, comme des loups affamés qui n'ont pas mangé depuis deux ou trois semaines. Traits communs de ces gamins : c'était des garçons, intelligents, vifs, allumés bien que pas particulièrement précoces, Autre trait commun : leur bulletin scolaire était presque catastrophique, bien en bas de ce leur vivacité d'esprit pouvait laisser espérer.

    Et à quel jeu jouaient ces gamins ? À Fortnite Battle Royale, un des plus populaires à l'échelle de la planète. Je me suis laissé expliquer en quoi consistait le jeu. En gros, tu atterris sur un île et là, tu dois te dénicher des armes et une pioche. Avec la pioche, tu détruis ce que les autres ont construit pour récupérer les matériaux et avec les armes, tu tues tes adversaires, rien de moins. Ces adversaires que tu dois tuer, ce sont d'autres joueurs, car le jeu peut réunir jusqu'à 100 joueurs de tout partout sur la planète.

    Tuer et détruire aussi gratuitement à coups de pioches, est-ce si anodin ? Oui, entendrons-nous souvent.

    De tels jeux ont-ils une influence néfaste sur la culture des enfants ? Non diront... les gens de l'industrie, une industrie qui brasse des G$. Non diront les politiciens qui applaudissent et louangent les « créateurs » et les « innovateurs » qui ont implanté une solide industrie des jeux à... Montréal (même si Fortnite ne vient pas de Montréal).