Les surverses sont en hausse au Québec

Longueuil a annoncé qu’elle procéderait bientôt au rejet de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Longueuil a annoncé qu’elle procéderait bientôt au rejet de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

Loin de diminuer, les déversements d’eaux usées dans les cours d’eau québécois ont augmenté au cours des dernières années, estime la professeure Michèle Prévost, de Polytechnique Montréal, alors que Longueuil s’apprête à rejeter 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a pris la relève du ministère des Affaires municipales dans la gestion des données sur la qualité de l’eau sortant des usines d’épuration et sur les surverses signalées par les municipalités du Québec. Mais il en a restreint l’accès et le public ne peut plus les consulter. Et lorsqu’il y a des surverses, les municipalités n’en informent pas toujours les citoyens.

Professeure à la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de Polytechnique Montréal, Michèle Prévost a accès à ces données dans le cadre de ses recherches et, dit-elle, les surverses sont en hausse au Québec.

La population augmente, les usines d’épuration des eaux vieillissent et les changements climatiques exercent une pression accrue sur les équipements, dit-elle. « Le ministère aurait avantage à publier ça pour que les gens réfléchissent », croit Mme Prévost. « L’information est là. Elle devrait être disponible en temps réel. »

Les données de 2013 faisaient état de 45 512 événements de surverse dans la province. Le Devoir a tenté d’obtenir des données plus récentes auprès du ministère de l’Environnement, mais celui-ci n’a pas donné suite à notre demande d’information.

Michèle Prévost cite le cas de la Ville d’Ottawa, qui publie en temps réel sur son site Internet les données concernant les surverses sur son territoire.

Longueuil

Après le cafouillage de Montréal il y a trois ans, Longueuil a décidé d’annoncer elle-même qu’elle procéderait bientôt au rejet de 162 millions de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

L’opération, qui doit commencer le 15 novembre, durera huit jours. C’est que la Ville doit remplacer deux sections endommagées d’une conduite sous l’eau et reliée au Centre d’épuration Rive-Sud situé à l’île Charron.

La Ville promet d’assurer un suivi serré de la qualité de l’eau pendant et après l’opération en procédant à l’analyse d’échantillons d’eau à une vingtaine d’endroits dans le fleuve.

« On est au moment de l’année où les impacts sont les plus limités. Le niveau du fleuve est plus élevé, le débit est plus grand, on n’est pas en période de frai des poissons et les activités nautiques sont limitées, voire inexistantes », a expliqué Louis-Pascal Cyr, chef de service aux Affaires publiques de la Ville de Longueuil.

Les autorités municipales ont demandé à la population du territoire desservi par la conduite défectueuse, soit une partie de Longueuil et de Boucherville, de limiter leur consommation d’eau entre le 15 et 22 novembre.

Une barrière flottante sera installée autour du point de rejet, situé près de l’entrée du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, afin d’éviter la dispersion de déchets.

En juin dernier, la Ville a découvert que la conduite qui achemine 7 % des eaux usées de l’agglomération de Longueuil et qui se trouve sous l’eau était endommagée. Deux sections d’environ six mètres devront être remplacées. Mais la Ville s’explique mal comment la conduite, qui datait du début des années 1990, a pu se briser, car elle devrait avoir une durée de vie de 60 à 80 ans, a précisé Sylvie Letendre, chef du service du génie de la Ville.

Plusieurs scénarios ont été examinés pour voir s’il était possible de dévier ailleurs dans le réseau les eaux acheminées par la conduite défectueuse. « Mais tous les scénarios impliquaient un rejet d’eaux usées presque aussi grand [que celui prévu] », a signalé Louis-Pascal Cyr.

Les travaux entourant la construction de la nouvelle conduite, qui nécessiteront la présence de plongeurs, dureront six semaines et coûteront 700 000 $. Pendant le déversement, les travaux seront réalisés vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Le déversement d’eaux usées à Longueuil sera de bien moindre ampleur que celui réalisé par la métropole en 2015, soit 3 % des 4,9 milliards de litres déversés par la Ville de Montréal.

Le « flushgate » de Montréal avait toutefois eu un impact limité sur la qualité de l’eau du fleuve, avait conclu la Ville de Montréal à la lumière d’analyses bactériologiques et physico-chimiques effectuées pendant et après l’opération.

Réseaux parallèles

Les villes devraient-elles construire un réseau de conduites parallèle pour prévenir d’autres déversements importants ? À Montréal, un tel projet avait été évoqué en 2015, mais son coût était estimé à 1 milliard de dollars.

Michèle Prévost reconnaît que les coûts de telles infrastructures sont très élevés et que, dans un contexte de vieillissement des équipements, les urgences sont ailleurs. « C’est déjà un grand défi de renouveler nos infrastructures actuelles au Québec », dit-elle.