La (seconde) vie secrète des bicyclettes

Simon Van Vliet Collaboration spéciale
Kevin Luis Sirva Gonzalez, 13 ans, est élève en huitième année au lycée Capitan San Luis. «J’habite à 2 km de l’école, dit-il. Avant, j’allais à pied à l’école et je me sentais très fatigué. Quelquefois, j’arrivais en retard et je ne pouvais pas déjeuner. Le vélo m'a permis d'arriver plus tôt à l’école, moins fatigué. J’ai plus de temps pour faire mes devoirs.»
Photo: Mikaël Theimer Kevin Luis Sirva Gonzalez, 13 ans, est élève en huitième année au lycée Capitan San Luis. «J’habite à 2 km de l’école, dit-il. Avant, j’allais à pied à l’école et je me sentais très fatigué. Quelquefois, j’arrivais en retard et je ne pouvais pas déjeuner. Le vélo m'a permis d'arriver plus tôt à l’école, moins fatigué. J’ai plus de temps pour faire mes devoirs.»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il n’y a pas que de rutilantes voitures américaines rescapées des années 1950 qui roulent sur les routes touristiques de Cuba. De vieux vélos retapés à Montréal permettent aussi à des Cubains de sillonner les routes de campagne de l’île pour aller travailler dans les champs ou dans les ateliers de leurs villages.

L’Universidad Central Marta Abreu de Las Villas à Santa Clara est l’un des nombreux partenaires du Sud global qui redistribuent localement des vélos remis à neuf par Cyclo Nord-Sud.

« Toute ma famille utilise aussi le vélo », dit l’un des bénéficiaires de ce projet, Marcel Dita Duran, dans le cadre de l’exposition Histoires de vélos qui sera présentée à la Maison du développement durable à compter du 8 novembre. « Notre vie s’est beaucoup améliorée : nous n’avons plus besoin de payer pour d’autres moyens de transport, il est facile de nous déplacer et de faire les courses. »

L’exposition est le fruit d’un travail réalisé par Mikaël Theimer. Le photographe a accompagné l’équipe de Cyclo Nord-Sud dans les Antilles (Cuba, Haïti) ainsi qu’en Afrique de l’Ouest (Togo, Ghana, Burkina Faso) pour dresser un portrait des visages de ceux et celles qui font tourner cette grande chaîne de solidarité internationale depuis près de 20 ans.

Récupération solidaire

Fondé par la militante cycliste Claire Morissette en 1999, Cyclo Nord-Sud a permis de mettre sur les routes du Sud plus de 56 000 vélos récupérés dans le Nord. Pionnière du vélo urbain (et de l’autopartage), Claire Morissette a eu « une vision précurseure » du mouvement du réemploi, ou upcycling, souligne Agnès Rakoto, coordonnatrice aux communications et au marketing chez Cyclo Nord-Sud.

En misant sur la remise en circulation de vieux vélos, Cyclo Nord-Sud a mis en avant une approche d’économie circulaire qui gagne en popularité depuis quelques années. Bien avant que le réemploi ne se hisse au sommet de la hiérarchie du 3R-V (réduire, réemployer, recycler, valoriser), Claire Morissette avait déjà compris que la remise à neuf de vieux vélos d’ici pouvait servir de levier de développement ailleurs.

Photo: Mikaël Theimer Les jeunes du village de Foguégué doivent parcourir plus de 7 kilomètres pour se rendre au collège d'enseignement général de Tovegan, où ils étudient. Les vélos que leur a distribués Écho de la Jeunesse, en collaboration avec Cyclo Nord-Sud, leur permettent de diviser par deux leur temps de déplacement.

« Au Québec, on se départ très rapidement de nos vélos », constate la coordonnatrice générale de Cyclo Nord-Sud, Charlotte Cordier. Selon Vélo Québec, il se vend environ 600 000 vélos neufs au Québec chaque année, mais il est difficile de savoir combien de vélos finissent à la ferraille.

Rien ne se perd !

Récupérés auprès de donateurs du Nord, quelques milliers de vélos sont retapés par des bénévoles à Montréal et envoyés par conteneur aux partenaires du Sud. « Il n’y a rien qui se perd », indique Charlotte Cordier. Elle explique que le caoutchouc des pneus et des chambres à air est recyclé par le Consortium Écho-Logique, une entreprise d’économie sociale qui assure également la gestion et la récupération des matières résiduelles lors d’événements culturels, sportifs ou organisés par des entreprises. Le métal des pièces abîmées est quant à lui récupéré par un ferrailleur.

« On pourrait vraiment aller encore plus loin dans la récupération », estime la coordonnatrice générale de Cyclo Nord-Sud. Elle souligne que les bénévoles de Cyclo Nord-Sud ne sont pas outillés pour faire de la soudure et que les cadres endommagés sont donc envoyés au recyclage plutôt que d’être réparés. Reste que la remise en état de vieux vélos permet d’éviter, année après année, que des centaines d’entre eux ne finissent leur vie chez des ferrailleurs.

Développement durable : le cycle vertueux

« Les conséquences de cette valorisation des vieux vélos sont internationales », fait par ailleurs valoir Charlotte Cordier. En plus d’éviter d’encombrer les centres de tri québécois, déjà aux prises avec une importante crise, celle-ci devient « un vecteur de changement, de développement [et] d’autonomisation » pour les bénéficiaires du Sud, soutient Agnès Rakotto.

Les portraits réalisés par Mikaël Thiemer dans le cadre de l’exposition Histoires de vélos illustrent le « sentiment de travailler ensemble » qui lie, du Nord au Sud, les bénévoles, les partenaires et les bénéficiaires dans le grand cycle vertueux du développement durable, expliquait d’ailleurs le photographe au vernissage de l’exposition l’an dernier.

Alors qu’on assiste à l’émergence du mouvement « zéro déchet », qui vise à limiter le gaspillage dans le quotidien, il existe aussi depuis longtemps des exemples concrets d’actions locales de valorisation qui peuvent avoir des impacts à l’échelle globale. L’exposition sur Cyclo Nord-Sud, à l’affiche jusqu’au 28 novembre, montre comment un outil de transport durable comme le vélo peut devenir un levier de développement durable.

Cyclo Nord-Sud vient tout juste d’inaugurer un atelier « vélorutionnaire » dans le quartier Saint-Michel. L’espace communautaire permet aux résidents de remettre leurs vélos sur leurs roues grâce à l’aide d’animateurs. 7501 rue François-Perrault, Montréal