Émilie Nicolas: militer pour que chacun ait sa place

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Émilie Nicolas
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Émilie Nicolas

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

Cofondatrice de Québec inclusif, un mouvement qui s’efforce d’unir les citoyens de la province contre le racisme et l’exclusion sociale, Émilie Nicolas milite pour une société plus ouverte et plus inclusive depuis une bonne douzaine d’années. À l’invitation d’Oxfam-Québec, elle offrira tout le mois de novembre une conférence gratuite dans les cégeps et universités de la province pour sensibiliser les jeunes à l’enjeu de la parité dans les lieux décisionnels.

C’est dans le cadre de la campagne « C’est pour elles aussi » que Mme Nicolas présentera sa conférence. Orchestrée par Oxfam-Québec, celle-ci offre une tribune à de jeunes leaders d’ici et d’ailleurs. Elle leur permet non seulement de témoigner des défis qu’ils ont vécus, mais surtout, de partager des solutions pour qu’hommes et femmes exercent leur pouvoir en parts égales.

Mme Nicolas profitera de cette plateforme pour mettre en lumière les défis qui attendent les jeunes femmes dans les milieux militants.

« De ma perspective à moi, quand les jeunes tentent de s’impliquer, que soit au niveau local ou dans les associations étudiantes, ils se retrouvent vite confrontés à des obstacles plus ou moins nommés, plus ou moins tabous, qui font en sorte que c’est plus facile pour certaines personnes de s’impliquer que d’autres, indique-t-elle. Souvent, les jeunes femmes sont placées dans des positions où elles doivent soit arrêter de s’impliquer, soit accepter des comportements inacceptables. C’est une réalité à laquelle j’ai été confrontée et qui est vécue par plusieurs. »

En levant le voile sur ces questions, Mme Nicolas espère ouvrir un dialogue constructif et inciter les jeunes femmes à s’engager davantage dans la défense des causes qui les inspirent.

« J’espère les motiver à être plus actives dans les lieux de pouvoir et à militer pour augmenter la parité et les perspectives féministes dans les lieux décisionnels », commente-t-elle.

En tant que femme noire militante, elle se réjouit de pouvoir constituer un modèle positif pour les étudiantes.

« Je fais juste être qui je suis, mais je sais que ma visibilité peut permettre d’inspirer d’autres personnes à s’imaginer ailleurs, à s’imaginer plus haut ou à s’imaginer dire ce qu’elles pensent dans les médias. Et ça, ça me touche beaucoup ! »

Mue par son vécu

Le militantisme d’Émilie Nicolas trouve racine dans sa jeunesse. Née à Gatineau à la fin des années 1980, elle a grandi à Lévis, tout près de Québec. À l’époque où elle fréquentait l’école primaire, le taux de population issue de l’immigration avoisinait tout juste les 2 % dans la région. Adolescente, elle s’est plusieurs fois sentie ostracisée en raison de la couleur de sa peau.

« Les radios privées tenaient beaucoup de discours haineux, se souvient-elle. C’était devenu une forme de norme dans les médias là-bas. Ce contexte-là a fait que j’ai été consciente très jeune de l’impact du discours public sur les interactions quotidiennes. Après des déclarations faites par des animateurs à la radio, j’ai vu le regard que les gens posaient sur moi changer alors que je marchais dans la rue. Ça m’a beaucoup marquée. »

C’est au cégep que Mme Nicolas a commencé à s’impliquer auprès d’organisations prônant la diversité et l’inclusion afin de lutter contre les préjugés. Alors, la question des accommodements raisonnables était sur toutes les tribunes et la commission Bouchard-Taylor battait son plein.

« C’était une période très chargée, se remémore Mme Nicolas. Je sentais que même si moi je ne me mêlais pas de politique, la politique était déjà en train de me définir. »

Mue par cette puissante sensation, Mme Nicolas a cofondé le regroupement Québec inclusif. En publiant un manifeste dénonçant la charte des valeurs québécoises, ce dernier a joué un rôle significatif dans le débat de société de 2013 entourant la question. Dans la foulée, elle a également participé à la mise sur pied d’une coalition québécoise pour l’égalité et contre le racisme systémique.

Sur la bonne voie

D’après Mme Nicolas, les débats publics des dernières années ont beaucoup contribué à l’avancement de la société québécoise en matière de diversité, d’inclusion et d’équité. Si elle estime qu’un certain travail reste à faire sur le plan législatif, elle considère que la conscientisation demeure la priorité.

« Il y a de plus en plus de gens qui se disent en faveur d’une société plus diversifiée, plus inclusive et plus équitable, mais qui ne se voient pas nécessairement aller dans leurs réflexes, dans leurs façons d’agir, relève-t-elle. Par exemple, il y a des gens qui en théorie sont pour l’égalité hommes-femmes, mais qui dans les faits reproduisent un ensemble de comportements qui mènent à des iniquités. Ce que ça veut dire, c’est qu’il reste de la déconstruction à faire dans la culture, dans les réflexes. »

Encouragée par l’ouverture et la sensibilité dont les jeunes Québécois font preuve à l’égard des causes qu’elle défend, Mme Nicolas se dit confiante en l’avenir.

« La génération qui monte me donne espoir, assure-t-elle. Je pense qu’on va gagner à moyen terme ; la seule question, c’est quand ! »