72e Congrès de l'Acfas - Une démonstration de la vitalité intellectuelle

Danielle Laberge
Photo: Danielle Laberge

Le plus grand congrès jamais organisé par l'Acfas — l'Association francophone pour le savoir — se déroulera du 10 au 14 mai prochain à l'Université du Québec à Montréal. La 72e édition de l'événement se fera sous le signe de la multidisciplinarité.

Cette année, le congrès annuel de l'Acfas devrait particulièrement se faire remarquer par l'enchaînement, en quatre journées seulement, de près de 4000 communications. Un nombre record qui surpasse de beaucoup le millier de communications qui y a normalement lieu. Cela fait de cet événement annuel, qui rassemble des milliers de chercheurs venus des cinq continents, l'événement scientifique multidisciplinaire le plus important de toute la francophonie.

D'ailleurs, le thème adopté — La société des savoirs — se veut le reflet de cette multidisciplinarité: «Lorsqu'on observe comment les savoirs et les connaissances s'organisent, on remarque rapidement qu'ils se retrouvent au carrefour de plusieurs domaines», souligne la vice-rectrice exécutive de l'UQAM, Danielle Laberge, qui assume la présidence de l'événement.

Force est d'admettre que l'évolution des sciences, aussi bien exactes et naturelles qu'humaines, a créé la nécessité d'une collaboration entre spécialistes de plusieurs secteurs. «La multidisciplinarité est vraiment au coeur des préoccupations du secteur des savoirs» car le rapprochement entre les activités scientifiques permet l'élaboration et la mise au point de nouvelles techniques ainsi qu'une approche plus éclairée de sujets complexes liés aux problématiques de la société contemporaine.

Ainsi, une soixantaine de disciplines sont répertoriées à l'intérieur des 200 colloques prévus à l'horaire. Des arts à la génétique en passant par la philosophie, la politique et la psychologie, tous les secteurs d'activité s'y trouvent. «Il s'agit d'une occasion pour les participants, note la vice-rectrice de l'Université, de créer des liens avec des spécialistes de différents domaines, mais il s'agit aussi d'une occasion d'assurer une relève dans le milieu universitaire.»

Car, pour plusieurs jeunes universitaires, le congrès de l'Acfas est perçu comme étant un tremplin duquel il est possible de s'élancer pour faire ses premières communications. D'ailleurs, plusieurs professeurs encouragent leurs étudiants à faire leurs premières armes lors de cet événement.

«Cette année en particulier, on offre une place de choix aux différents acteurs universitaires», affirme Danielle Laberge. La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) organise donc le 11 mai prochain un colloque sur l'insertion professionnelle des diplômés des cycles supérieurs. Le lendemain, c'est au tour du Syndicat des professeurs et professeures de l'UQAM de débattre des défis liés au syndicalisme universitaire d'aujourd'hui. Finalement, au cours de la même journée, il y aura quelques communications portant sur l'épineux sujet du rôle des chargés de cours dans la société des savoirs.

Heureux hasard

L'UQAM profitera de l'occasion pour souligner son 35e anniversaire d'existence. «Un très heureux hasard», admet la présidente de l'événement. L'université, qui peut s'enorgueillir de compter plus de 145 000 diplômés depuis sa création en 1969, y perçoit une occasion de «faire la démonstration du fait que la vitalité culturelle et intellectuelle anime le milieu universitaire, démontrer que l'université n'est pas une tour d'ivoire», comme la décrivent certaines personnes, poursuit-elle.

Pour mettre en avant cette ouverture d'esprit, le congrès «accueille deux généticiens internationalement reconnus». Philippe Kourilsky, directeur de l'Institut Pasteur, viendra démontrer que la mortalité infectieuse se concentre à 95 % dans les pays du Tiers-Monde. Mais surtout, il remettra en question la science et la conscience des pays développés à l'égard de la disponibilité de médicaments et de vaccins pour ledit Tiers-Monde.

Pour sa part, Axel Kahn, le directeur de l'Institut Cochin de génétique moléculaire, se penchera sur le rôle que doit assumer le «généticien citoyen», une approche éthique de la science qui soulève l'importance pour les scientifiques de ne jamais porter atteinte à la dignité de la personne humaine. Voilà deux communications qui devraient permettre aux non-initiés ainsi qu'aux spécialistes de saisir les principaux enjeux et implications qui relient la science au bien commun.

Dans un autre ordre d'idées, Roch Denis, le recteur de l'UQAM, profitera de la soirée de clôture pour remettre un doctorat honorifique à Gilles Vigneault afin de «souligner la contribution culturelle de ce poète et chanteur québécois», note Danielle Laberge.

L'Acfas

L'Acfas est une association qui s'est donné pour mission de promouvoir l'activité scientifique, de stimuler la recherche et de diffuser le savoir. Depuis sa création, elle a su développer une panoplie d'outils afin de diffuser le savoir. Il y a 20 ans, elle publiait le premier numéro de Découvrir (autrefois Interface), une revue bimestrielle destinée aussi bien aux chercheurs qu'au grand public. L'Acfas publie également les Cahiers scientifiques, un outil d'information fort apprécié des chercheurs qui se fait l'écho de questions scientifiques en publiant des actes de colloques.