Le pouvoir des mots

Source: Hiram Henriquez
Photo: Source: Hiram Henriquez

L'Amérique, s'appuyant sur sa puissance militaire, se fait forte d'imposer à tous sa conception de la démocratie. Elle donne donc pour modèle au monde sa Constitution et impose comme formule son processus démocratique. Pourtant, par l'analyse, que peut-on déduire des actions d'un président omnipotent élu par moins d'un quart de tous les citoyens ayant légitimement droit de vote (ce qui ne fait point figurer sur les listes électorales les exclus et autres marginaux sociaux)? D'autant plus qu'il est même possible de démontrer l'absence de tout souci démocratique quand on cite le fait que «Bob Woodward confiait avoir demandé au président s'il avait consulté son père concernant la guerre menée en Irak. Il lui répondit par la négative, mais affirma avoir sollicité conseil auprès de son Père céleste.»

Sur un autre continent, au pays de la parole libre, un analyste donne comme thème à son propos «Le poète et le prince: le pouvoir des livres». Étudiant 13 siècles de littérature, il dépose un constat désolant car, décrivant la sphère littéraire française contemporaine, il informe que «la littérature est devenue une secte». Mots durs pour celui dont l'objectif poursuivi lors du travail d'écriture a été de montrer «l'intensité du combat mené par les écrivains».

Nadeau sur Bush. Lepape sur l'écrivain et le pouvoir. L'un est professeur à l'Université de Sherbrooke quand l'autre est un auteur indépendant depuis qu'il ne collabore plus sur une base hebdomadaire au journal Le Monde. Pourtant, ils se côtoieront dans le cadre d'un même événement: le 72e Congrès de l'Acfas que l'UQAM accueille en ses murs à compter de lundi prochain.

Promouvoir l'information

Quand la confusion règne, quand le monde éclate sous le poids des différences, quand trop de discours cohabitent, où les contre-vérités semblent avoir plus de véracité que les vérités qu'elles dénoncent, étrangement, il apparaît nécessaire de devoir donner encore plus de place à la parole.

Et cela sera fait dans le cadre de «La société des savoirs», formule retenue pour encadrer les milliers d'exposés, 4000 en fait, mis en forme par les divers intervenants des secteurs universitaire, du monde de la recherche et de l'enseignement supérieur. Pour décrire la taille de cette rencontre, qu'il suffise de dire que le catalogue des exposés tient plus de l'annuaire que de la simple brochure: cette année, près de 350 pages, soit presque le double du document de même nature qui présentait l'année dernière la 71e édition.

Il faut dire que les responsables de l'institution universitaire montréalaise n'ont point ménagé leurs efforts, le recteur se mettant aussi à la tâche pour faire en sorte que les Kourilsky et Kahn, l'un et l'autre directeur, respectivement de l'Institut Pasteur et de l'Institut Cochin, se déplacent à Montréal pour des conférences publiques. Et, colloque après colloque, le savoir francophone étale ses connaissances.

Discours croisés

Le revers d'un tel événement est qu'il est impossible d'en rendre compte dans son ensemble. Cela importe peu cependant pour les spécialistes d'une discipline donnée qui, eux, se déplacent pour recueillir des informations touchant directement leur secteur. Ainsi, les bibliothécaires et consorts se rendront à l'UQAM un vendredi après-midi pour prendre connaissance de l'état des collections universitaires. Par contre, qui sera là du monde de la médecine, de la santé publique, des arts ou du milieu familial pour entendre la présentation d'une approche clinique sur l'anorexie mentale en ce même jour dans une autre salle?

Car s'il y avait, pour qui recherche une synthèse, une conclusion à déposer à la suite de la tenue d'un tel congrès, c'est que, de plus en plus, l'Acfas, cette Association francophone pour le savoir, à l'instar des universités, fait la preuve que, dans le monde de la recherche, la pluridisciplinarité est devenue presque la norme: plus d'un colloque de la semaine prochaine en fera d'ailleurs état.

Pour revenir sur ce qui a déjà été dit, c'est justement dans un colloque portant sur la science religieuse que l'étude du cas Bush est déposée. Par contre, Pierre Lepape fait sa communication à l'occasion d'un événement conjoint produit par l'Acfas et le Festival international de la littérature.

Multiplicité donc. Abondance des discours. La science et la connaissance sont au rendez-vous. À l'UQAM, du 10 au 14 mai prochain, aux mots est donné le pouvoir de décrire le monde.