La famille de Nicholas Gibbs poursuit la Ville de Montréal

<p>Les proches de Nicholas Gibbs réclament 1,035 million de dollars en dommages moraux et 100 000 $ en dommages punitifs à la Ville de Montréal.</p>
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

Les proches de Nicholas Gibbs réclament 1,035 million de dollars en dommages moraux et 100 000 $ en dommages punitifs à la Ville de Montréal.

La famille de Nicholas Gibbs, abattu par des policiers en août dernier, a intenté une poursuite contre la Ville de Montréal et lui réclame plus de 1,1 million de dollars.

Les proches de l’homme noir de 23 ans, père de trois enfants en bas âge, estiment que les policiers auraient dû agir autrement lorsqu’ils sont intervenus le 21 août sur les lieux d’une bagarre dans Notre-Dame-de-Grâce.

Les policiers auraient utilisé du poivre de Cayenne et un pistolet à impulsion électrique lors de l’intervention, mais sans succès. Cinq coups de feu ont ensuite été tirés en direction de M. Gibbs, dont deux alors que celui-ci avait le dos tourné, note la famille.

Une vidéo d’une partie de l’intervention a été présentée aux médias mardi. Les images, tournées par un témoin à partir d’un immeuble du secteur, ne permettent pas de confirmer si M. Gibbs avait un couteau en main comme l’avait soutenu le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à la suite de l’intervention.

Le militant pour les droits de la personne Will Prosper reproche aux policiers de ne pas avoir engagé le dialogue avec Nicholas Gibbs. Ils ont plutôt crié des ordres en français à Nicholas Gibbs, alors que celui-ci s’exprimait en anglais, a-t-il dit. « On voit que la personne la plus calme dans la vidéo, c’est plate à dire, mais c’est Nicholas Gibbs, qui se fait crier par tout le monde, par-dessus sa tête. »

Les proches de Nicholas Gibbs réclament 1,035 million de dollars en dommages moraux et 100 000 $ en dommages punitifs à la Ville de Montréal.

« J’ai besoin de réponses », a plaidé Erma Gibbs, la mère du défunt. « Les policiers ne sont pas tous mauvais, mais ils doivent être formés correctement et être capables d’intervenir auprès de gens de toutes les nationalités. […] Je veux que les policiers soient accusés. Mon fils n’avait pas à mourir comme ça. »

Me Alain Arsenault, qui représente la famille, soutient que depuis le rapport du coroner sur la mort d’Alain Magloire, en 2014, rien n’a changé dans l’intervention des policiers auprès des personnes marginalisées.

« Sur les dix dernières personnes décédées lors d’interventions policières, neuf étaient en crise, quatre étaient noires et quatre avaient des problèmes d’itinérance, a-t-il expliqué. Les élus ne peuvent pas ou ne veulent pas donner des directives claires aux services de police concernant les moyens moins violents pour intervenir auprès d’une clientèle en crise, en situation d’itinérance, avec des problèmes de toxicomanie et surtout s’il s’agit de membres d’une minorité visible. »

Le comité de soutien à la famille Gibbs a lancé une campagne de sociofinancement, non pas pour payer les honoraires d’avocats, mais pour payer les frais de cour. Les victimes d’actes criminels reçoivent habituellement des indemnités de l’État, mais comme un policier est impliqué, la famille Gibbs ne pourra recevoir d’aide financière, a indiqué une membre du comité de soutien.

La?Commission?des?normes,?de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail n’a pas voulu commenter cette règle, invoquant la confidentialité des dossiers.


Sermonné, le SPVM change ses pratiques

Alors que son équipe enquêtait sur le cas de Nicholas Gibbs, la directrice du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), Me Madeleine Giauque, a constaté que les policiers du SPVM avaient déjà rencontré les témoins. Pourtant, la Loi accorde la préséance au BEI quand des policiers sont impliqués dans un décès.

Le 8 septembre dernier, elle a donc écrit au directeur du SPVM, Martin Prud’homme. « J’ai appris que la même problématique est survenue dans plusieurs, sinon la totalité, des enquêtes du SPVM […] On se retrouve donc dans une situation où les enquêteurs du corps de police impliqué ont accès à tous les témoignages, civils ou policiers, avant le BEI », écrit-elle avant de préciser que le SPVM est le seul corps policer au Québec à agir de la sorte.

Joint mardi, le SPVM a assuré avoir changé ses pratiques dès la réception de la lettre de Me Giauque. « Ce n’était pas fait de mauvaise foi. Le but était de s’assurer de ne pas perdre les témoins, le temps que le BEI arrive. Mais on a cessé cette pratique », a indiqué André Durocher, porte-parole du SPVM.