La prostitution reconnue comme un travail par la Fédération des femmes du Québec

Jusqu’alors, la Fédération des femmes du Québec s’était abstenue de prendre position sur l’enjeu de la prostitution, notamment en raison de l’absence de consensus dans le mouvement féministe.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jusqu’alors, la Fédération des femmes du Québec s’était abstenue de prendre position sur l’enjeu de la prostitution, notamment en raison de l’absence de consensus dans le mouvement féministe.

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a pris un virage abrupt, dimanche, en reconnaissant la prostitution comme un travail auquel consentent des femmes. Une prise de position qui pourrait conduire certaines membres à claquer la porte de l’organisme.

Jusqu’alors, la FFQ s’était abstenue de prendre position sur l’enjeu de la prostitution, notamment en raison de l’absence de consensus au sein du mouvement féministe.

Au terme d’une assemblée générale extraordinaire (AGE), qui s’est échelonnée sur plus de 10 heures dimanche à Montréal, les quelque 150 membres de la FFQ présentes ont voté majoritairement pour la proposition controversée reconnaissant « l’agentivité des femmes dans l’industrie du sexe, incluant le consentement à leurs activités », l’agentivité étant la capacité pour une personne d’agir.

Sandra Wesley, directrice générale de Stella, l’amie de Maimie, un organisme qui soutient les travailleuses du sexe, s’est dite très satisfaite de cette position « qui reconnaît notre agentivité et le besoin de lutter pour nos droits humains ». « Cette résolution est reçue comme un message de la part des membres de la FFQ qui souhaitent que nous soyons incluses dans le mouvement [féministe]. » La FFQ souhaitait notamment se doter d’une position sur la prostitution afin d’agir de façon à accroître la santé et la sécurité des travailleuses du sexe.

La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), qui milite pour mettre fin à la prostitution, s’est farouchement opposée à l’adoption de la proposition. Selon la CLES, la FFQ a fait le choix de devenir une fédération pro-travailleuses du sexe. L’organisme laissera à ses membres le choix de décider si elles souhaitent ou non continuer à faire partie de la FFQ. « Pour nous, il y a un travail social plus large à faire afin d’envisager une société où le consentement ne s’achète pas », avait expliqué, la semaine dernière au Devoir, Jennie-Laure Sully, organisatrice communautaire à la CLES.

Lors de l’AGE de dimanche, à laquelle les médias n’ont pu assister, des amendements ont été apportés à un article de la proposition traitant de la « différenciation entre les échanges consensuels, les situations d’exploitation et la traite humaine ». Le libellé de ces amendements sera dévoilé par le conseil d’administration de la FFQ lundi.

Selon Gabrielle Bouchard, présidente de la FFQ, ces amendements ont permis de « rassembler les membres autour d’une position commune ». Mme Bouchard a évoqué un « travail extrêmement productif ».

« L’ambiance était aussi bonne qu’elle peut l’être lors de conversations qui sont difficiles et dans lesquelles on a beaucoup de travail à faire sur les différentes compréhensions », a-t-elle souligné en entrevue.

La semaine dernière, Gabrielle Bouchard avait expliqué que la FFQ souhaitait « pousser son approche féministe » plus loin en adoptant une position sur l’industrie du sexe qui est « sans jugement », une démarche qui s’inscrit dans l’approche intersectionnelle préconisée par la FFQ depuis 2016. Une approche « de l’intersection des oppressions » qui fait en sorte que les outils de mesure sont désormais calqués sur les réalités des femmes marginalisées.

Voile islamique

Lors de l’AGE de dimanche, le vote sur une autre proposition controversée, touchant cette fois le voile islamique, a été reporté. « Les membres avaient besoin de plus d’information, plus spécifiquement sur le lien entre la position [adoptée] en 2009 et cette nouvelle proposition », a mentionné Mme Bouchard. La proposition a donc été renvoyée au conseil d’administration et sera soumise ultérieurement aux membres.

En 2009, la FFQ s’était opposée à l’interdiction du port de signes religieux pour les fonctionnaires, à l’exception de celles travaillant en position d’autorité. La nouvelle proposition visait à étendre cette mesure à toutes les femmes, peu importe leur choix de carrière. La semaine dernière, Mme Bouchard avait fait valoir que la FFQ ne veut pas « faire partie de la structure qui va empêcher [les femmes voilées] d’avancer […] même si on a une incompréhension ou si on n’est pas d’accord ».

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