Le pape François s’intéresse au mariage des prêtres

Le pape François a rencontré le réalisateur Martin Scorsese et son épouse, Helen Morris, dans le cadre d’un événement placé sous le thème «La sagesse du temps», mardi à Rome.
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Le pape François a rencontré le réalisateur Martin Scorsese et son épouse, Helen Morris, dans le cadre d’un événement placé sous le thème «La sagesse du temps», mardi à Rome.

Alors que le Vatican fait face au scandale croissant des agressions sexuelles commises par le clergé et à la diminution du nombre de prêtres dans le monde, il jette les bases d’un débat officiel sur un sujet qui a longtemps été tabou : ouvrir la prêtrise aux hommes mariés dans des régions du monde où les religieux sont rares.

Le pape François a convoqué l’année prochaine une réunion des évêques sud-américains sur le sort de l’Église en Amazonie, un vaste territoire desservi par trop peu de prêtres. Au cours de ce synode, la question de l’ordination d’hommes mariés d’une vertu éprouvée — appelée « viri probati » — devrait figurer à l’ordre du jour.

Cette semaine, un documentaire de deux heures diffusé par la télévision italienne contribuera probablement à la conversation. Le choix : prêtres et amour présente plus d’une dizaine d’hommes provenant de quatre pays européens qui vivent clandestinement avec des femmes, qui ont créé leurs propres communautés ecclésiales non autorisées où des prêtres mariés président la messe ou qui ont quitté le sacerdoce catholique pour se marier.

Le documentaire, qui sera diffusé mercredi sur Discovery Italia et qui a été présenté en primeur à l’Associated Press, montre que nombre de ces hommes seraient heureux de retourner au sacerdoce et d’offrir leurs services pastoraux.

Leur sort a trouvé une oreille attentive chez François, qui a depuis longtemps exprimé sa volonté de considérer les « viri probati » pour répondre aux besoins pastoraux en Amazonie. Il a également exprimé sa sympathie pour les prêtres qui ont fait le choix difficile de partir.

Vocatio, une association italienne de ces « prêtres mariés », a écrit à François plus tôt ce mois-ci pour l’assurer de sa solidarité pendant qu’il fait face aux retombées mondiales du scandale des agressions sexuelles et pour offrir à nouveau leurs services au sein du sacerdoce.

« Nous voudrions que vous preniez en considération — sans préjugés ni prétentions — la pertinence de nous permettre une présence active dans l’activité diocésaine, compte tenu de notre expérience et de notre compétence dans les sacrements que nous avons vécus : ministère et mariage », a écrit le groupe.

Le chef de Vocatio, l’ancien prêtre Rosario Mocciaro, qui s’est marié civilement en 1977, estime qu’environ 5000 hommes ont quitté la prêtrise seulement en Italie, et qu’un tiers d’entre eux souhaiteraient retourner à un ministère marié si cela était autorisé. Il a dit espérer des progrès sous François et quelques évêques italiens bien disposés, affirmant qu’ils apportaient « un air et une atmosphère nouveaux » à un problème de longue date.

Le sacerdoce célibataire est une tradition de l’Église catholique de rite latin depuis le XIe siècle ; aucune doctrine ne l’exige et de nombreuses églises catholiques à rite oriental permettent aux hommes mariés d’être ordonnés. De plus, l’Église catholique permet au clergé anglican marié qui se convertit de rester dans le ministère sacerdotal.

François a longtemps déclaré qu’il appréciait la discipline du célibat, mais que cela peut changer étant donné qu’il s’agit d’une discipline et non d’une doctrine.

Le premier pape latino-américain de l’histoire a été particulièrement attentif à l’argument en faveur des viri probati en Amazonie, où les fidèles, pour la plupart indigènes, peuvent passer des mois sans voir un prêtre et où des églises protestantes et évangéliques chassent les âmes catholiques.

L’ouverture du sacerdoce aux hommes mariés, même dans des endroits restreints et localisés, poserait la question de l’aide financière aux familles des prêtres — une dépense longtemps citée comme raison principale de l’imposition du célibat au XIe siècle : l’Église ne voulait pas que les actifs du prêtre aillent à ses héritiers.

Cependant, la question du soutien des enfants des prêtres est déjà à l’ordre du jour au Vatican et dans les conférences épiscopales et les ordres religieux du monde entier, compte tenu des cas de prêtres qui violent leurs voeux de célibat et ont des enfants en secret.

Un psychothérapeute irlandais et fils d’un prêtre, Vincent Doyle, a créé une ressource en ligne, Coping International, qui propose une assistance aux enfants des prêtres, qui souffrent souvent de dépression, d’anxiété et d’autres problèmes de santé mentale imputés au silence que l’Église leur impose.

M. Doyle a demandé au Conseil pontifical pour la protection des mineurs, le comité consultatif du pape sur les agressions sexuelles, de considérer la question des enfants de prêtres comme faisant partie de son mandat, étant donné que certains de ces enfants sont nés de mineurs.

« Nous espérons que de ce processus émergeront des initiatives susceptibles de contribuer à la guérison des personnes touchées par ce problème », a écrit le membre de la commission, Neville Owen, qui dirige le comité des lignes directrices de la commission.