Jour 2 du cannabis légal, comme au jour 1

Les files d’attente se sont à nouveau formées devant les boutiques de la SQDC.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les files d’attente se sont à nouveau formées devant les boutiques de la SQDC.

Au deuxième jour de la légalisation du cannabis au pays, plusieurs centaines de consommateurs ont convergé à nouveau jeudi vers les portes des 12 succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) ouvertes la veille, pour y former des files interminables. Malgré cette ruée vers l’herbe légale, le marché noir du cannabis va avoir le champ libre plus longtemps que prévu autour de la place Émilie-Gamelin, à la station de métro Berri-UQAM à Montréal. En effet, la Société québécoise du cannabis (SQDC), au lendemain du jour 1 de la légalisation de cette substance, a confirmé la suspension, de manière indéterminée, de l’ouverture de sa succursale qui devait avoir lieu dans ce secteur à la fin du mois d’octobre.

L’emplacement, situé au 830 de la rue Sainte-Catherine-Est, avait pourtant été choisi par la nouvelle société d’État, de concert avec la Ville de Montréal et les organismes de santé publique et d’aide aux victimes de la toxicomanie et du crime organisé, afin de porter un coup dur au trafic qui sévit dans ce quartier chaud de la métropole et d’y faire passer rapidement la consommation du cannabis dans la sphère de la légalité.

Incertitude

La SQDC justifie sa décision par l’incertitude que fait planer l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ) sur la loi portant sur le cannabis légal. La société gèle également son projet d’ouvertures des succursales de Brossard et de Joliette, lesquelles ouvertures étaient prévues pour la fin du mois, et de cinq succursales supplémentaires d’ici la fin de 2018.

Mercredi, pourtant, pour sa première journée d’exploitation, la SQDC a été victime de son succès en enregistrant plus de 12 500 transactions dans ses magasins et 30 000 commandes en ligne, soit une moyenne de 3000 par heure, et plus que le volume anticipé. Une pénurie est désormais à prévoir dans les prochains jours, particulièrement pour les huiles, gélules, atomiseurs et joints préroulés, a indiqué la Société.

« Nous ne voulons pas investir dans des magasins pour les déplacer ensuite ou les reprendre », a indiqué cette semaine en conférence de presse Alain Brunet, architecte de la SQDC. En accédant au pouvoir, la CAQ a réitéré son intention de modifier la loi pour en interdire le cannabis dans les lieux publics et rehausser l’âge légal de consommation à 21 ans. Entre autres choses. Le gouvernement souhaite interdire l’ouverture d’une succursale de la SQDC près de l’UQAM.

« Légaliser, ça veut dire réglementer ! Ça ne veut pas dire prohiber autrement », estime la criminologue Line Beauchesne, qui critique vertement les intentions du gouvernement de François Legault et ses conséquences sur le marché du cannabis nouvellement légalisé. « Leur position sur l’âge légal de 21 ans est méprisante pour tout le travail qui a été fait dans les dernières années, à l’échelle fédérale et à l’échelle provinciale. Il a été établi, au nom de la santé publique, que cet âge devait être harmonisé avec celui de la consommation d’alcool, à 18 ou 19 ans, selon les provinces. »

La spécialiste des drogues estime que l’interdiction de fumer dans les lieux publics va à l’encontre de la protection de la santé publique et va porter préjudice aux plus vulnérables. « Pour les gens en moyens, ça ne changera rien. Ils vont acheter des vaporisateurs et de l’huile qui ne sent pas, dit-elle. Les autres vont continuer à se cacher pour fumer. Ils subissaient la judiciarisation du cannabis, après la légalisation, ils vont continuer à subir la loi. » Et elle ajoute : « Désormais, c’est un travail d’éducation qu’il faut faire avec le cannabis plutôt que de la répression. »

21 ans: des contestations à prévoir

Ottawa — La ministre fédérale de la Justice s’attend à ce que les lois provinciales qui ont restreint la légalisation du cannabis soient « probablement » contestées devant les tribunaux. Et dans le lot : la volonté du gouvernement de la CAQ de hausser l’âge légal pour consommer du cannabis à 21 ans. Jody Wilson-Raybould a fait valoir que « relever l’âge légal a des répercussions » et que cela devait être « mûrement réfléchi ». « Je ne vais pas me mettre à la place d’un individu qui habite au Québec, mais il pourrait être inquiet en ce qui concerne l’accès qu’il a au cannabis. Au cannabis légalement disponible. » Le gouvernement ne contestera pas une loi provinciale, a assuré la ministre. Mais rien n’empêche un citoyen de le faire, a-t-elle ajouté, sans vouloir « préjuger » si son gouvernement interviendrait.