Les médias du monde couvrent la légalisation canadienne du cannabis

Image tirée de la couverture du quotidien allemand «Die Tageszeitung»
Photo: Capture d'écran Image tirée de la couverture du quotidien allemand «Die Tageszeitung»

Le Canada est devenu une sorte d’agent psychoactif pour les médias du monde avec sa journée de légalisation de la marijuana récréative. Un survol de dizaines de sites d’information a permis de mesurer l’ampleur de la couverture de cet événement exceptionnel à l’échelle planétaire, le Canada étant le premier pays du G7 à légaliser cette drogue.

Du Guardian à El País, de CNN au Figaro, du Corriere della Serra à Die Welt, de la BBC à Al Jazeera, tous ont couvert le jour J (comme dans joint) en présentant les enjeux socioéconomiques liés à cette révolution par le pot. Le « Kanada » devient à partir d’aujourd’hui un « Kiffer-Paradies », a titré le média allemand populaire Bild, soit un paradis des « potteux ».

Le sujet était développé au gré de chacun. CNN proposait un compendium de la situation sous forme de questionnaire. Le New York Times a parlé d’une ruée vers l’or vert, les investisseurs s’arrachant les titres. Le Figaro notait le fait que la province ayant le plus bas taux de prévalence (le Québec) se montrait finalement la plus restrictive en proposant de hausser à 21 ans l’âge pour pouvoir acheter du cannabis et de restreindre les lieux autorisés de consommation.

La BBC offrait une couverture en direct de la journée historique agrémentée d’une visite d’une ferme de production de cannabis, de reportages en direct montrant des files devant les nouveaux commerces ou de détails concernant l’amnistie possible des quelque 500 000 Canadiens qui possèdent un casier judiciaire lié à la possession de petite quantité de marijuana. La couverture du prestigieux média britannique a commenté la journée à Terre-Neuve avec le client zéro, le premier à avoir acquis légalement de la mari.

Le Monde a publié un mini-dossier sur le sujet avec en prime une pédagogie de sa section « Les décodeurs » remplie de comparatifs entre la situation française et la nôtre. Les articles rassemblés traitaient notamment des producteurs canadiens de cannabis et de la situation de prohibition qui prévaut encore largement dans le monde.

En additionnant les différentes déclinaisons de la dépénalisation à la légalisation, de l’Uruguay à la Californie, les comptes du média français rappellent qu’à peine 1,5 % de la population mondiale vit en régime non répressif de la consommation de cette drogue douce. Mais le mouvement permissif s’accélère.

La combinaison du Monde des légalisations dans onze pays (Uruguay et Canada) ou États membres de la république américaine (Maine, Oregon, Californie, etc.) montre que 3,4 millions de personnes vivaient en situation de légalisation en 2013, contre 26,4 millions en 2017 et 109,8 millions avec l’ajout du Canada cette semaine. En plus, le cannabis thérapeutique est déjà accessible pour 1,4 milliard de Terriens.

Des félicitations

Plusieurs personnalités politiques en ont profité pour s’interroger sur l’exemple. À suivre ou pas ? « Le Canada montre le chemin. Quand le Royaume-Uni va-t-il en finir avec la prohibition catastrophique du cannabis ? » a gazouillé le député britannique Norman Lamb. Le chef du Parti vert de l’Australie en a rajouté en parlant d’une « étape du bon sens » que son pays devrait imiter.

Les nouveaux médias ont surchauffé avec des mots-clics comme #canadacannabis ou #weedwednesday. Les vedettes ont commenté l’affaire, le plus souvent pour féliciter le pays. L’acteur canadien Seth Rogen, qui fait carrière aux États-Unis, a expliqué que peu de moments l’avaient rendu aussi fier dans sa vie, en ajoutant : « Canada I love you. »

Un autre artiste canadien, le violoniste Ashley MacIssaac, a lancé à la blague qu’il n’était plus un criminel et que le premier ministre devenait son vendeur de pot. Le musicien a été arrêté en 2001 pour possession de marijuana et il défendait la légalisation du produit depuis des années.

Les comptes des organismes plus conservateurs allaient dans l’autre sens. Le groupe des Arizonans for Responsibles Drug Policy a déclaré que le gagnant de cette triste journée, c’était la drogue elle-même. D’autres ont répliqué en félicitant plutôt la drogue d’avoir remporté la guerre contre la drogue.

La journée a en fait été l’occasion de multiplier les bonnes blagues et la franche rigolade, tout à fait dans le ton de l’intoxication à cette substance réputée joyeuse. Même le Musée royal de l’Ontario est entré dans le jeu.

Le très sérieux établissement culturel a passé la journée à diffuser sur Twitter des images de pots en céramique ou en terre cuite tirés de sa collection permanente, de beaux vases en provenance du Pérou, de la Chine ou de l’Égypte. Les conservateurs en avaient probablement fumé du bon…

 
 

Une version précédente de cet article, qui affirmait que le London Free Press était un média étranger, a été corrigée.