Des parallèles à tracer autour de l’école entre la France et le Québec

À Paris et à Montréal, le monde de l’éducation affronte les mêmes enjeux. Si le diagnostic est similaire des deux côtés de l’Atlantique — et parfois dans tout l’Occident —, les solutions peuvent varier.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir À Paris et à Montréal, le monde de l’éducation affronte les mêmes enjeux. Si le diagnostic est similaire des deux côtés de l’Atlantique — et parfois dans tout l’Occident —, les solutions peuvent varier.

Enseignants à bout de souffle, profession dévalorisée, inégalités entre élèves riches et pauvres, anxiété des parents : on croirait entendre les maux de l’école publique du Québec, mais ce verdict est plutôt celui d’un sociologue français sur les défis du réseau d’éducation de la France.

Quand on se compare, on se console. À Paris et à Montréal, le monde de l’éducation affronte les mêmes enjeux. Si le diagnostic est similaire des deux côtés de l’Atlantique — et parfois dans tout l’Occident —, les solutions peuvent varier. Le débat sur les défis en éducation qui aura lieu dans le cadre du Monde Festival semble porteur de consensus plus que de déchirements.

« La profession d’enseignant reste honorable, mais le prestige très fort qu’il y avait autour de la profession a considérablement baissé », dit François Dubet, professeur retraité de sociologie à l’Université Bordeaux II et ex-directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

Il parle bien sûr de la profession en France, mais ses mots font écho à l’état du métier au Québec. « On a un vrai problème de recrutement. Pendant très longtemps, les enseignants étaient les meilleurs des étudiants, mais ce n’est plus le cas. Les enseignants voient bien qu’ils ont perdu une très grande partie de leur autorité. »

Une école d’inégalités

La solution, ici comme outre-mer : mieux former les professeurs, mieux les payer et exiger davantage de cette profession qui a profondément changé depuis trois décennies. « Je pense qu’il faut former les enseignants de la même manière qu’on forme les ingénieurs, les médecins, les infirmières. L’enseignement est un vrai métier et un métier, ça s’apprend. Or, nous sommes en France dans un modèle où vous faites de longues études d’histoire, par exemple, vous passez un concours en histoire et, si vous avez le concours, le lendemain vous enseignez », dit François Dubet.

Je pense qu’il faut former les enseignants de la même manière qu’on forme les ingénieurs, les médecins, les infirmières. L’enseignement est un vrai métier et un métier, ça s’apprend.

Cela nous mène à un autre parallèle entre la France et le Québec : un système à trois vitesses qui place les meilleurs élèves dans les écoles privées et les écoles publiques à projet particulier. Les enfants « ordinaires », pauvres, handicapés ou ayant des difficultés sont repoussés dans les classes dites « ordinaires » des quartiers populaires. Ce système accentue les inégalités et complique la tâche des enseignants qui héritent des classes les plus difficiles.

« C’est un très gros enjeu. Mon hypothèse, c’est que les citoyens ne veulent pas de mixité sociale. Nous sommes dans un moment où l’anxiété des parents à l’égard de la scolarité de leurs enfants est si forte qu’ils sont prêts à faire des dizaines de kilomètres pour ne pas être avec des enfants plus pauvres, plus difficiles, etc. Donc les établissements populaires deviennent de plus en plus pauvres et de plus en plus faibles. »

Du contenu, S.V.P.

Au-delà de cette lutte des classes sur les bancs d’école, une question existentielle agite les penseurs de l’éducation de toutes les démocraties occidentales : que faut-il enseigner pour donner une éducation digne de ce nom aux enfants ? Lise Bissonnette, ancienne directrice du Devoir, croit qu’il faut bonifier le contenu des apprentissages. La pédagogie a accaparé toute l’attention au détriment du contenu.

Elle se rappelle avec embarras ses études dans la première cohorte d’étudiants en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, en 1965 : « On s’est fait dire d’arrêter l’enseignement magistral, que maintenant on était dans la pédagogie non directive. On a pris l’école publique québécoise et on l’a livrée littéralement à une expérimentation. Ç’a été un beau désastre et ça continue. Pendant ce temps-là, personne ne parle de contenu. On est toujours dans la façon d’apprendre. Mais les enfants, ils apprennent quoi ? »

Lise Bissonnette et François Dubet estiment qu’il faut intégrer un contenu essentiel au programme : un « récit commun » permettant de lier les membres de nos sociétés pluriculturelles. Cela s’impose en cette ère d’immigration et d’attentats terroristes, selon eux.

« Si nous savons ce que nous avons de commun, les différences ne nous gênent pas, dit le sociologue français. Mais si nous ne savons pas ce que nous avons de commun, nos différences sont insupportables. »

« Malheureusement, il suffit de prononcer les mots “ récit commun ” pour se faire traiter de réactionnaires et de nationaleux soupçonnés de vouloir imposer “ l’histoire nationale ” aux communautés culturelles, déplore Lise Bissonnette. On n’est pourtant pas dans la première société post-nationale de la planète, comme le dit M. Trudeau ! »

Le Monde Festival: comment former les jeunes au monde qui vient?

Participants :

Normand Baillargeon, ex-professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM, philosophe et essayiste

Lise Bissonnette, ex-présidente du conseil d’administration de l’UQAM, ancienne p.-d.g. de BAnQ et ex-directrice du Devoir

François Dubet, professeur retraité de sociologie à l’Université Bordeaux II et ex-directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales

Animateur :

Brian Myles, directeur du Devoir
 

26 octobre, de 13 h 30 à 15 h

Auditorium Maxwell-Cummings du MBAM

Consultez la programmation complète du Monde Festival.