Culture, médias et communications à l’ère du numérique

Institut du Nouveau Monde Collaboration spéciale
L’émergence des fausses nouvelles témoigne d’un malaise profond dans la population et d’une perte de confiance envers les institutions politiques et médiatiques.
Photo: Andris Romanovskis Unsplash L’émergence des fausses nouvelles témoigne d’un malaise profond dans la population et d’une perte de confiance envers les institutions politiques et médiatiques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les médias d’information ont un rôle important à jouer en démocratie, et ils exercent une influence certaine sur les citoyens et sur leur motivation à participer activement. On les décrit comme les « chiens de garde de la démocratie », eux qui constitueraient le « quatrième pouvoir ». Comme le démontre dans son analyse sur le sujet la doctorante en communication à l’Université de Montréal Alexandra Manoliu, les médias — et pas seulement les politiciens — contribueraient au cynisme ambiant dans la population. Les citoyens n’auraient plus confiance en l’information transmise dans certains grands médias d’information.

Mais qu’est-ce qui explique cette situation ? Pour l’auteure, le cadrage stratégique observable dans les médias — c’est-à-dire les structures interprétatives qu’utilisent les journalistes pour que l’information puisse être consommée facilement et rapidement — a un impact négatif sur la perception qu’a la population du travail des journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et autres animateurs.

La responsabilité d’offrir aux citoyens une information de qualité incombe-t-elle aux médias, ou les citoyens-consommateurs devraient-ils être plus responsables dans les choix qu’ils font en matière de consommation d’information ? Autrement dit, les médias devraient-ils travailler dans l’intérêt public, ou dans l’intérêt du public ?

Par quoi remplacer le système médiatique actuel ?

Cette hypothèse n’est toutefois pas la seule à être soulevée dans l’ouvrage pour expliquer le cynisme des citoyens envers les médias. Le spécialiste en désinformation sur le Web et chroniqueur à Radio-Canada Jeff Yates présente une analyse du phénomène des fake news. Pour l’auteur, les fausses nouvelles diffusées dans certains médias expliquent, en partie du moins, le déclin de la confiance de la population dans les médias traditionnels. L’émergence des fausses nouvelles témoigne toutefois d’un malaise profond dans la population et d’une perte de confiance envers les institutions politiques et médiatiques. Même si ce phénomène est nuisible pour la démocratie, il traduit des craintes et des critiques légitimes contre le 1 %, le gouvernement, l’élite scientifique.

La rédactrice en chef du média indépendant Ricochet, Gabrielle Brassard-Lecours, présente quant à elle des solutins de rechange au modèle économique actuel des médias, caractérisé en grande partie par le contrôle, par une poignée de grands groupes, des médias d’information et de communication et des plateformes de diffusion. Pour l’auteure, l’indépendance des médias est la clé du renouvellement de la confiance des citoyens envers eux, alors que de nouveaux modèles, qui reposent par exemple sur le financement participatif ou sur une aide étatique, émergent notamment en France, aux États-Unis et au Québec.

Stéphanie Thibault, de l’Association des communicateurs scientifiques (ACS), et Marie Lambert-Chan, du magazine Québec Science, plaident, de leur côté, pour un retour en force de l’information scientifique dans les médias afin de revaloriser leur mission éducative.

La culture québécoise menacée ?

La culture n’est pas en reste dans cette édition de L’état du Québec. Le doctorant en communication à l’UQAM Simon Claus propose une analyse des impacts sur la culture canadienne et québécoise de la télévision par Internet, de la stratégie « Un Canada créatif » de Patrimoine canadien et de l’entente signée avec le géant Netflix. Des risques existent pour la préservation de notre identité culturelle selon l’auteur, alors que les plateformes de diffusion en ligne ne sont pas régulées par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

À lire à ce sujet dans « L’état du Québec 2019 »

CLÉ 8 – MÉDIAS
Du cynisme politique au cynisme médiatique : quand le citoyen ne fait plus confiance aux médias
Alexandra Manoliu, chercheuse en résidence à l’INM et doctorante en science politique à l’Université de Montréal

CLÉ 13 – CULTURE
La télévision par Internet : quels enjeux pour la culture canadienne et québécoise
Simon Claus, doctorant en communication à l’UQAM et adjoint de recherche au Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société