Vivre libre ou contraint

Rares, hélas, sont les arbustes à fleurs qui échappent au sécateur souvent dévastateur des jardiniers. Il est vrai que l'espace devient un luxe que tous ne peuvent pas s'offrir, mais lorsque l'arbuste rêvant de liberté est contraint à devenir une boule, avouez qu'il n'y a rien de réjouissant. Surtout lorsque cet arbuste se nomme Forsythia ovata «Northern Gold». À cette période de l'année, il libère ses fleurs jaune vif dans la région de Montréal. La floraison de ces arbustes se fait sur le bois de l'année précédente; ainsi, si leurs pousses se sont fait réduire de moitié par une coupe réductrice, seules quelques fleurs apparaîtront ici et là, sans éclat, au printemps suivant.

Moralité: le forsythia doit se développer librement, dans un grand espace. On peut toutefois rajeunir ce buisson tous les deux ans en supprimant au ras du sol les branches les plus anciennes ou les plus mal placées et essayer de lui donner le plus de lumière possible en dégageant des branches trop proches ou des branches qui se croisent. Plein soleil pour cet arbuste au feuillage vert foncé.

Si votre forsythia ne fleurit pas ou presque pas, c'est probablement que ses boutons à fleurs ont gelé pendant l'hiver. C'est peut-être aussi parce que l'espèce ou le cultivar que vous avez planté n'est pas ou pas assez rustique. Cela se reconnaît lorsque l'arbuste s'égaie de fleurs sur la seule partie protégée par la neige.

Il y a quelque temps, un petit forsythia à la forme plus rampante est apparu sur le marché. Il fait bonne figure avec ses 50 à 60 centimètres de hauteur, couvrant le sol sur 1,2 mètre. Une légère taille peut le contenir comme un rampant. Il se nomme le forsythia «Marée d'Or».

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Un peuplier chez vous, dans votre jardin?

Est-ce une bonne idée? Pas toujours. Certaines municipalités interdisent la plantation de cette espèce à cause de son ingénieux système de racines tentaculaires, qui peut causer des problèmes aux égouts et aux drains. Évitez donc de planter des peupliers indigènes, sauf si la dimension du terrain le permet. Mais les nouveaux hybrides sont très intéressants.

Les peupliers indigènes

- Populus balsamifera: espèce indigène qui vit de 50 à 70 ans. Port conique, cime effilée, hauteur de 20 mètres, largeur de 10 mètres. Peu de valeur ornementale.

- Populus deltoides: très grand (30 mètres) et très large. Valeur ornementale faible. Arbre trop imposant.

- Populus grandidentata: peuplier à grandes dents. Hauteur de 20 mètres, largeur de 12 mètres. Valeur ornementale élevée. Belle couleur d'écorce et belle couleur vert argenté de son feuillage au printemps. Zone 3.

- Populus tremuloides: peuplier faux-tremble. Hauteur de 12 mètres, largeur de huit mètres. Zone 2.

Les peupliers,hybrides de culture

- Populus x euroamericana «Prairie Sky»: le cultivar «Prairie Sky» a été développé à la station Morden d'Agriculture Canada. Ce peuplier fastigié atteint dix mètres de hauteur et moins de deux mètres de largeur. Sa résistance au chancre et à la rouille est élevée et il est rustique jusqu'à des températures de -41 °C. Un excellent sujet pour créer des écrans. Érigé en haie, il constitue un véritable rideau végétal.

- Populus nigra «Griffin»: plus intéressant que le cultivar «Thevestina», un peuplier de Lombardie. Sa base est plus large, mais il est aussi plus rustique. Hauteur de 20 mètres, largeur de quatre mètres. Zone 3.

- Quant au fameux peuplier d'Italie, arrivé vers 1750 dans la région de Paris, il se nomme aussi Populus nigra. Sa forme actuelle n'est apparue que vers le XVIIIe siècle, à la suite d'une mutation génétique. Il ne se reproduit que par boutures et ne produit pas de graines. Comme il était cultivé sur les bords du Pô, en Lombardie, il a pris ce nom, mais en réalité, l'espèce indigène nous vient probablement d'Iran ou d'Afghanistan.

- Populus x «Tower»: de forme pyramidale très étroite, il résiste aux conditions difficiles et à la pollution. Croissance très rapide. Utile comme brise-vent ou comme mur insonorisant près des grandes routes. Hauteur de 12 mètres, largeur de deux mètres. Zone 2b. Plein soleil. C'est un de mes préférés.

- Populus alba «Racket»: de forme pyramidale, il est légèrement plus large que le peuplier de Lombardie. Le dessous du feuillage est duveteux. Il procure un bon effet de contraste. Certaines plantes sont dioïques, c'est-à-dire qu'elles ne portent que des fleurs mâles ou que des fleurs femelles; dans ce cas-ci, ce peuplier est un arbre dioïque qui ne porte que des fleurs femelles. Hauteur de 12 mètres, largeur de quatre mètres. Zone 3. Arbre de plein soleil.

- Populus x «Eugeni»: pour un très grand terrain, c'est un peuplier de Caroline très vigoureux dont la forme est ramifiée. Croissance rapide. Hauteur de 20 mètres, largeur de cinq mètres. Zone 2.

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À chacun son arbre

Si vous êtes né entre le 1er mai et le 14 mai, vous êtes un natif du «peuplier», populus en latin.

Natifs du peuplier, vous assimilez rapidement les choses. Votre esprit d'adaptation est comparable à la malléabilité du bois de peuplier. Vous n'avez pourtant rien de la girouette: vous êtes profondément enracinés dans le sol nourricier. Avec discrétion et circonspection, vous assurez votre position. Vous entourez et choyez vos relations. Vous faites confiance à quiconque le mérite. Vous êtes généreux à la condition qu'on vous paie de retour. Vous n'abusez pas des autres mais vous ne vous faites pas exploiter non plus. Votre existence est faite de transactions et d'échanges de toutes sortes. Ne seriez-vous pas un peu prodige? Vous n'avez pas peur du lendemain. Vos intérêts sont multiples et votre facilité de contact vous ouvre bien des portes. Avec vous, on peut parler et débattre de tout, à condition toutefois de garder la mesure. Vous n'êtes hostiles qu'aux gens bornés, extrémistes et exaltés...

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Le coléus «Sedona»

La semaine passée, Pierre Villeneuve, charmant pépiniériste diplômé du programme d'horticulture de l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe, était fier de nous faire découvrir son nouveau centre de jardinage. Producteur, importateur et détaillant, l'endroit fait dorénavant partie des jardineries qu'on se doit de visiter. L'endroit est magnifique et le personnel est qualifié. Bref, un autre «jeune» qui a tout pour réussir. C'est dans sa nouvelle grande serre de vente que j'ai mis la main sur ce coléus.

Ce coléus, de son vrai nom latin Solenostemon scutellarioides «Sedona», est une mutation d'un autre coléus populaire nommé «Freckles». Sa couleur unique, rouille orangé, et ses nouvelles pousses violacées ont de quoi séduire. Ce coléus au nom barbare me plaît énormément. Superbe pour la mi-ombre, il peut s'acclimater au soleil et à l'ombre. Il fera merveille dans mes boîtes à fleurs accompagné d'ipomées «Margarita». Sur la photo, il partage son contenant avec une graminée nommée Pennissetum et un faux lierre allemand nommé Senecio.

Pépinière Villeneuve

1051, rang de la Presqu'île

L'Assomption, (450) 589-7158

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Courrier des lecteurs

De Gérard Baudry

M. Baudry, ne vous inquiétez pas! Même si la cicatrice de votre Prunus virginiana «Shubert» est impressionnante, je vous rassure: un arbre peut vivre avec des blessures plus graves. Les blessures ont toutes sortes de causes, mais les périodes de gel et de dégel sont souvent les grandes coupables. Attention aussi aux coups de soleil: les insolations sur le tronc peuvent faire décoller l'écorce. Lorsque la plaie, bien cicatrisée, est exposée au soleil et à un endroit où l'air circule afin qu'elle reste sèche, l'arbre, même diminué, continuera sa croissance. Ne mettez rien dessus. Assurez-vous que la base de la plaie ne recueille ni d'eau ni de mousse.

Le tronc devenant plus faible, deux bons tuteurs et une attache spéciale garantiront sa robustesse.

Consultez les sites portant sur ce chêne extraordinaire de 1200 ans, un «monument historique français», qui vit encore dans mon petit coin de Normandie natale tout en abritant deux chapelles en son sein d'arbre creux.

Sur Google, faites «Allouville le chêne».