La Société québécoise du cannabis se prépare au jour J

Jean-François Bergeron, responsable de la mise sur pied de la SQDC, et Jean-Sébastien Fallu, professeur de psychoéducation à l'Université de Montréal, en pleine discussion
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-François Bergeron, responsable de la mise sur pied de la SQDC, et Jean-Sébastien Fallu, professeur de psychoéducation à l'Université de Montréal, en pleine discussion

Un long mur muni de multiples tablettes, sur lesquelles sont rangés quelque 110 produits de cannabis, le tout derrière un comptoir et hors de la portée de la main : voilà à quoi ressembleront les 12 succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) qui seront ouvertes ce mercredi matin.

Sur le mur, on pourra trouver de petites fioles d’huile, des boîtes de fleurs séchées ou moulues, des atomiseurs oraux, des pilules et des contenants de joints déjà roulés, aux noms parfois particuliers : « LA Confidential », « Mode avion », « Rock Star » et « Tsunami », parmi bien d’autres, comme il a été permis aux médias de le constater mardi matin lors d’une visite préouverture.

Sous chacun d’entre eux se trouve une affiche indiquant la concentration du produit en THC et CBD (taux de cannabinoïdes), son coût et ses arômes naturels (fruité, mouffette, poivré, citronné, terreux, fromagé, diesel, etc.).

Le cannabis récréatif sera officiellement légal mercredi au Canada.

« C’est une journée historique. Une grande première. Le premier pays du G7 à légaliser coast to coast le cannabis non médical. Et le deuxième pays au monde, après l’Uruguay », a déclaré Alain Brunet, maître d’oeuvre de la SQDC, en point de presse, mardi matin.

« La mission, c’est vraiment de convertir le marché noir au marché légal. C’est une mission sociale qu’on se donne », a-t-il ajouté.

5,25 $
C'est le prix, taxes incluses, à partir duquel le gramme de cannabis sera vendu.

Des airs de comptoirs d’ordonnances

Au Québec, le cannabis sera exclusivement vendu par la SQDC, qui a tenu sa conférence de presse à Montréal, dans sa succursale de la rue Saint-Hubert, près de Jean-Talon, dans le quartier Petite-Patrie.

Coincée entre une boutique de robes de mariées et une autre de cadeaux et de bijoux sur la célèbre Plaza Saint-Hubert, la succursale est fort discrète, comme le veut la loi. Seuls son logo et son acronyme « SQDC » l’identifient en vitrine.

Rien n’est visible de l’extérieur. Passant la porte d’entrée, le client adulte arrive dans une sorte d’antichambre où son âge sera contrôlé — les mineurs, même accompagnés, ne seront pas admis. Seulement après le client pourra passer à la seconde salle, où les produits sont en vente. Et pas question de sentir les différentes sortes de cannabis pour le moment : tout est emballé et scellé. Il n’y a pas de produits comestibles, comme des brownies au pot, car ils sont interdits par la loi pour le moment. Et les clients ne peuvent acheter que 30 grammes par visite en magasin.

La succursale visitée a des airs de comptoirs d’ordonnances de pharmacies, où rien n’est accessible pour les clients, mais dans un décor moderne et épuré.

Dans les deux salles se trouvent des dépliants d’information, des panneaux et des écrans vidéo offrant conseils de prévention et détails sur l’offre de produits.

À partir de 5,25 $ le gramme

Le gramme de cannabis sera vendu à partir de 5,25 $, taxes incluses. Tous les produits en vente ont été cultivés au Canada.

Ils sont offerts selon trois différentes espèces de cannabis : Indica, Sativa et Hybride. La première espèce est généralement décrite comme calmante et relaxante, la seconde énergisante et euphorisante, et la troisième est un mélange des deux, indique la SQDC.

L’objectif est d’aller prendre au marché noir les ventes du cannabis, mais sans faire croître la consommation dans son ensemble, a expliqué en conférence de presse M. Brunet.

La ligne est mince, a aussi souligné Jean-François Bergeron, copilote du projet, qui précise que la société ne peut faire la promotion de ses produits, qui passeront à 180 au cours des prochaines semaines.

En plus des 12 succursales qui seront ouvertes mercredi matin dans plusieurs régions du Québec, trois autres le seront au cours du mois d’octobre. Il pourrait y en avoir de 100 à 150 sur un horizon de trois ans.

Le site web sera aussi fonctionnel mercredi matin. La société s’attend à ce que 30 % des ventes y soient faites.

Les achats en ligne seront livrés à domicile par Postes Canada. Leurs livreurs seront responsables de vérifier l’identité et l’âge du client. Et pas question de laisser des colis sur le pan de la porte, a fait valoir M. Brunet. Les facteurs sont habitués au processus, car ils livrent déjà le vin de la SAQ, a-t-il précisé.