Le transport est plus vert avec les voisins

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
LocoMotion permet le partage de remorques pour vélo qui peuvent être décadenassées par les participants à l’aide d’une application mobile.
Photo: LocoMotion LocoMotion permet le partage de remorques pour vélo qui peuvent être décadenassées par les participants à l’aide d’une application mobile.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« On se voyait dans le voisinage sans se connaître, puis maintenant, lorsqu’on marche dans le quartier, on se dit salut », raconte Lindsay Lamarche. La raison de cette nouvelle convivialité ? En avril dernier, cette résidente du quartier Rosemont a participé au premier essai, à petite échelle, d’un projet inusité de partage de véhicules et de remorques pour vélo nommé LocoMotion. Elle a mis son automobile à la disposition d’une quinzaine de voisins, qui pouvaient l’utiliser à des moments précis en la réservant sur un calendrier en ligne. De son côté, elle a profité à plusieurs reprises d’une remorque pour vélo, aussi partagée à l’aide d’un calendrier sur le Web, qui lui a permis de prendre sa bicyclette, plutôt que son automobile, pour faire ses emplettes sur de courtes ou de moyennes distances.

Avant cette expérience, Lindsay Lamarche n’avait pas noué de liens avec la plupart des autres participants : ces derniers étaient déjà impliqués autour d’une ruelle verte, mais elle était leur voisine… de rue. Lors de réunions pour mettre l’initiative sur pied, mais aussi au moment de coordonner le tout, la dynamique a changé.

« Les gens sont intéressés parce que c’est une occasion pour eux d’échanger davantage avec leurs voisins », indique Bertrand Fouss, président de l’organisme Solon qui mène le programme LocoMotion. Il affirme que c’est ce qui se dégageait des commentaires entendus lors des rencontres, tenues en septembre dernier, pour le démarrage d’un projet-pilote d’une plus grande ampleur fondé sur le même concept.

Ce dernier se déroulera dans trois milieux de vie différents dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite Patrie, l’un délimité par les rues Saint-Michel, Pie IX, Dandurand et Saint-Joseph, un autre par les rues Papineau, Saint-Zotique, Louis-Hémon et Holt, et le troisième par les rues Saint-Denis, Saint-Zotique, Christophe-Colomb et Rosemont.

Près d’une centaine de pré-inscriptions ont déjà été enregistrées pour cette nouvelle phase. « C’est plus que ce à quoi on s’attendait », assure Bertrand Fouss. L’un des éléments décisifs dans l’élargissement de la démarche a été la collaboration d’Assurances Desjardins, qui a accepté de fournir une couverture, selon divers forfaits à la location, lorsqu’une personne conduit la voiture de l’un de ses voisins par l’entremise de ce programme.

Certains commerces de proximité, quant à eux, accueilleront sur leur terrain les remorques pour vélo, qui pourront être décadenassées par les participants à l’aide d’une application mobile. C’est le cas de la pharmacie Martine Pilon, affiliée à Proxim, sise sur le boulevard Rosemont. « Je trouvais ça génial que des gens puissent se prêter cette remorque », dit la pharmacienne propriétaire. Embarquer dans un tel projet allait de soi à ses yeux, alors que sa pharmacie s’implique dans sa collectivité et poursuit une démarche écoresponsable, notamment en privilégiant un mode de vie « zéro déchet » sur ses étalages.

En effet, la dimension écologique de la démarche mobilise. « Ce que je trouve intéressant dans ce projet, c’est que, lorsqu’on se projette à long terme et qu’on rêve à un milieu de vie partagé entre voisins, on se dit que peut-être on n’aura plus besoin de voitures individuelles, ajoute Lindsay Lamarche. On va voir comment ça va se développer, mais c’est toujours le fun de voir plusieurs personnes qui s’en vont dans la même direction pour diminuer le nombre de voitures et favoriser les moyens de transport alternatifs. »

« Solon a pour objectif de renforcer le tissu social, les liens dans la collectivité et la solidarité afin de rendre les milieux de vie plus conviviaux », rappelle Bertrand Fouss. Avec LocoMotion, il semble atteindre ses buts. Lindsay Lamarche a inscrit son nom pour la nouvelle phase du programme. Après l’expérience de la formule de partage de véhicules et de remorques pour vélo, un réseau informel d’échange d’objets « qu’on n’a pas tous à la maison » s’est mis en place, où l’on se prête, par exemple, des poussettes ou des outils entre voisins. Comme quoi l’expérience de partager avec les autres peut faire boule de neige.

Repenser le stationnement

Un autre projet citoyen, à un stade embryonnaire, souhaite à la fois renforcer la cohésion sociale et réduire l’utilisation de l’automobile à l’échelle du voisinage, cette fois par des stationnements communautaires. Zvi Leve, consultant indépendant en matière de mobilité durable, veut mettre en place un projet où les membres d’une collectivité trouveront des solutions pour se réapproprier la gestion des espaces de stationnement dans leurs rues, que ce soit pour y garer des véhicules en autopartage, y aménager des stationnements à vélo, y installer des bornes de recharge électrique, ou pour les dégager afin d’en faire des places publiques.

« Quand on parle de mobilité, on parle rarement de stationnements. À mon avis, c’est le levier le plus important dans le choix de déplacement », indique Zvi Leve, qui souhaite « offrir des solutions de remplacement à l’occupation des rues par des véhicules immobilisés ». Son projet est actuellement accompagné par l’incubateur civique de la Maison de l’innovation sociale (MIS). « La place de la voiture est appelée à changer », indique Hugo Steben, directeur de l’entrepreneuriat social à la MIS. « Les voitures autonomes s’en viennent et vont nous forcer à revoir complètement notre relation à l’automobile et à nos stationnements. Un projet comme celui de Zvi est seulement deux ou trois pas en avance. »