Apprendre le français autrement

Dany Laferrière et Maxime Laporte œuvreront respectivement comme président d’honneur et président de la Fondation pour la langue française.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dany Laferrière et Maxime Laporte œuvreront respectivement comme président d’honneur et président de la Fondation pour la langue française.

Sorties au cinéma, soirées d’improvisation et visites de musées, la Fondation pour la langue française, lancée lundi, misera sur des activités culturelles pour contribuer à l’apprentissage du français des nouveaux arrivants.

« C’est sûr que, lorsqu’on lit le rapport de la vérificatrice générale du Québec, qui a été publié l’an dernier, on constate que les efforts de francisation ne parviennent pas à atteindre les objectifs fixés […] et on peut même parler d’échec », souligne Maxime Laporte, président de la Fondation pour la langue française.

Devant ce constat, M. Laporte estime que la société civile a aussi son rôle à jouer pour promouvoir la pratique de la langue française chez les immigrants, et c’est ce qu’entend faire cette nouvelle fondation au moyen d’un carrefour interculturel de francisation et d’immersion.

« On souhaite favoriser la francisation des allophones, mais de façon ludique […] On souhaite prioriser l’immersion, par des activités culturelles de découverte de la vie francophone à travers des quartiers, du théâtre ou de l’improvisation. On veut permettre à ces gens-là de vivre leur francité », fait valoir M. Laporte.

Laferrière, président d’honneur

C’est d’ailleurs cette approche qui a séduit l’académicien Dany Laferrière, qui est président d’honneur de la fondation. L’écrivain n’a pas souhaité commenter explicitement ce qu’il pense de l’état du français au Québec, confiant se tenir loin de l’analyse des statistiques. Il s’est dit plutôt soucieux du sentiment de bien-être de chaque individu.

« On m’a attiré par le plaisir parce que, si on m’avait dit que c’était des devoirs et qu’on va donner des tapes aux gens, je ne serais pas venu. C’est comme ça que les humains raisonnent, ce qui les attire, on pense que ça va en attirer d’autres et, bien sûr, on n’enlève pas l’idée de l’apprentissage régulier et ardu de la langue, on ne va pas faire croire qu’on apprend une langue sans s’y enfoncer complètement, mais rien n’empêche cette partie-là, où ce n’est pas uniquement l’apprentissage de l’écriture, mais aussi de la culture, de l’échange, de pénétrer l’autre et qui donne le désir d’être l’autre ; c’est comme ça que font les enfants lorsqu’ils miment leurs parents, ils n’obéissent pas, ils imitent et c’est comme ça que font les gens qui viennent d’arriver dans un nouveau pays, ils imitent et vont là où il y a du miel », dit M. Laferrière, qui était de passage à Montréal pour l’occasion.

Le carrefour interculturel a d’ailleurs accueilli ses premiers participants il y a deux semaines. La plupart sont des allophones qui travaillent dans l’industrie du numérique, de la culture et des communications de même que dans le secteur touristique, y compris l’hôtellerie et la restauration.

C’est le cas de Krishna Yeragudipati, un programmeur originaire de l’Inde qui est arrivé au Québec il y a un mois. L’homme de 26 ans a obtenu un emploi chez Ubisoft et souhaite rapidement parfaire son français.

« Dans les salles de classe, on fait beaucoup de traduction. On prend un mot en anglais qu’on va nous traduire en français, mais dans les ateliers de la Fondation, on parle, on échange, alors ça aide à bien apprendre le français », confie le nouvel arrivant.

Issue de la Fondation Langelier qui a été créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, la Fondation pour la langue française dispose de deux fonds distincts. Le Fonds Langelier est destiné à appuyer les projets structurants issus des communautés francophones et acadiennes et le Fonds pour la langue française lance et gère ses propres projets au Québec. Un programme destiné aux sportifs de haut niveau non francophones commencera sous peu ses activités de francisation des athlètes des fédérations sportives nationales ayant un centre d’entraînement dans la grande région de Montréal et des joueurs des grands clubs, comme l’Impact.

La Fondation prévoit lancer une campagne de financement pour recueillir 5 millions de dollars d’ici 2020.