Québec: un an plus tard

En octobre 2017, les affaires Éric Salvail et Gilbert Rozon ont ébranlé le Québec, provoquant les premières secousses associées au mouvement de dénonciation #MoiAussi. Un an plus tard, les résultats des enquêtes policières se font toujours attendre.

« Ça traîne […], la procureure nous avait dit que des accusations [pourraient être] déposées avant l’été et on ne sait pas ce qui se passe depuis », confiait l’animatrice Pénélope McQuade, de passage à l’émission Tout le monde en parle le 23 septembre dernier.

Pénélope McQuade fait partie des neuf femmes qui ont confié au Devoir ainsi qu’au 98,5 FM avoir été victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles de la part du fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon. Le 19 octobre 2017, sept d’entre elles ont accepté de témoigner à visage découvert dans la foulée du mouvement #MoiAussi.

La veille, onze personnes rapportaient dans La Presse + des allégations d’inconduite sexuelle, allant du harcèlement aux agressions, par le producteur et animateur Éric Salvail.

Obtenir une condamnation

Dans les deux cas, plusieurs victimes ont porté plainte au Service de police de la Ville de Montréal. Après plusieurs mois d’enquête, leurs dossiers seraient désormais entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Ce dernier refuse de donner tous les détails sur le cheminement de ces dossiers, préférant ne pas commenter des cas précis lorsqu’aucune accusation n’est pas encore portée.

« Quand on parle d’un crime commis il y a plusieurs années, nécessairement, l’enquête risque d’être un peu plus compliquée. Avant d’accuser un suspect, un procureur de la Couronne doit avoir la conviction morale de pouvoir obtenir une condamnation. S’il intente une poursuite, ça signifie qu’il estime qu’il a une possibilité sérieuse d’obtenir une condamnation », souligne l’avocat criminaliste Walid Hijazi.

Par ailleurs, même si aucune accusation criminelle n’a encore été portée contre Gilbert Rozon, ce dernier est sous le coup d’une action collective menée par les Courageuses, un groupe d’une vingtaine de présumées victimes alléguant avoir subi des gestes à caractère sexuel de la part de l’ancien magnat de l’humour. Les gestes reprochés auraient été commis de 1982 à 2017. Ces femmes affirment que Gilbert Rozon est un « prédateur sexuel » qui a utilisé son pouvoir pour commettre des inconduites sexuelles allant jusqu’au viol.

Contre un individu seul

L’action collective, autorisée en mai dernier par la Cour supérieure du Québec, est la première au Québec à être autorisée contre un individu seul. Jusqu’ici, les poursuites collectives déjà menées en justice en matière de crimes sexuels visaient non seulement des individus, mais également des organismes, notamment des congrégations.

Depuis, Gilbert Rozon a porté cette décision en appel, d’avis que cette action « s’appuyant principalement sur un article paru dans Le Devoir » lui cause une « injustice » qui le force à « dépenser des sommes substantielles » pour se défendre.

Le dossier étant toujours devant les tribunaux, des victimes préfèrent ne pas commenter dans les médias les répercussions du mouvement de dénonciation #MoiAussi.

Consultez la suite du dossier

Une époque terrifiante

Chronique Depuis #MeToo, nous repensons l’articulation des discours public et judiciaire.

Québec: un an plus tard

Québec: un an plus tard

Les procédures entreprises par des femmes n’ont toujours pas mené à des accusations formelles.