Le «nous» québécois, un concept flou

Le sondage montre un éclatement des repères: une forte majorité des répondants disent se sentir «d’abord Québécois, peu importe» leur religion, leur origine ou leur langue.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le sondage montre un éclatement des repères: une forte majorité des répondants disent se sentir «d’abord Québécois, peu importe» leur religion, leur origine ou leur langue.

Que les partis politiques, syndicats et groupes religieux en prennent note : une forte majorité de Québécois ne se sentent pas représentés par ces regroupements, révèle un sondage Léger sur le « nous » québécois. L’enquête montre aussi la mauvaise perception de la religion au Québec.

À la question de savoir si tel groupe « représente vraiment ce que vous pensez », les répondants ont été catégoriques : un gros non pour les syndicats (72 %), pour les partis politiques (79 %) et pour les groupes religieux (78 %). Les associations professionnelles n’ont pas une cote de représentativité des idées beaucoup plus grande (non à 56 %, oui à 26 %).

D’autres ont obtenu des résultats plus positifs : les groupes environnementaux (oui à 50 %, non à 42 %), les groupes de défense des consommateurs (oui à 54 %, non à 35 %) ; les groupes communautaires (oui à 46 %, non à 38 %) et les associations de quartier (oui à 44 %, non à 40 %) ont plus d’affinités.

Mais c’est auprès des amis (84 %) et de la famille (79 %) que les Québécois se sentent le plus près sur le plan des idées, indique le sondage mené pour l’Institut du Nouveau Monde (INM) en prévision de la parution du livre L’État du Québec 2019. Le Devoir a obtenu une copie de cette enquête, qui sera dévoilée mardi.

Les données montrent des écarts entre la moyenne du sondage et les réponses des jeunes de 18-34 ans sur les mêmes questions. Les jeunes sont plus sceptiques par rapport aux groupes de défense des consommateurs et aux groupes environnementaux ou communautaires, notamment.

« Il y a peu de gens qu’on estime [représentatifs pour] parler en notre nom », résumait vendredi en entretien le vice-président de Léger, Christian Bourque.

 

 

Le « nous »

Y a-t-il là un réflexe individualiste ? M. Bourque répond que « l’avènement des médias sociaux fait qu’on peut se tourner vers des communautés d’intérêts plus fines. On se retrouve moins dans les grands groupes qui prétendent représenter le “nous”. »

C’est justement pour tenter de « comprendre le “nous” des Québécois […] et les facteurs d’identité multiples et plus fragmentés » des jeunes que l’INM a commandé ce sondage. « On voulait voir à quoi les gens s’identifient aujourd’hui », note M. Bourque.

« On a traversé une période de la société québécoise où on parlait beaucoup de l’identité québécoise, comme si c’était monolithique, unidimensionnel, dit-il. Et on voit par ce sondage que ça demeure un des vecteurs identitaires, mais qu’il y en a d’autres. Ça suit un courant qu’on voit de plus en plus : les identités se multiplient. »

C’est une dynamique qui a frappé de plein fouet le Parti libéral du Québec et le Parti québécois lundi, alors que les deux partis ont vu leurs appuis traditionnels fondre au profit de nouvelles formations : la fidélité partisane politique a pris le bord.

Mais le sondage montre plus précisément cet éclatement des repères : une forte majorité des répondants disent se sentir « d’abord et avant tout Québécois, peu importe » leur religion (74 %) ;leur origine (72 %) ou leur langue (67 %).

Ailleurs, on remarque que les Québécois sondés n’ont pas le sentiment d’appartenir à une communauté nationale spécifique (non à 72 %) ou à tout autre type de communauté : citoyenne (non à 61 %), générationnelle (66 %), de travail (68 %) ; religieuse (78 %) ; sexuelle (79 %) ; virtuelle (84 %) ; politique (84 %) ; syndicale (89 %)…

« L’appartenance devient parcellaire, dit Christian Bourque. On est une société de plus en plus pluraliste. »

Un autre volet du sondage révèle la mauvaise perception qu’ont les Québécois de la religion. Quand on demande aux répondants ce qui unit les Québécois, la langue (53 %) et la culture (49 %) arrivent en tête de liste. La religion, elle, recueille 2 % d’appuis…

Religion

Mais quand on pose la question inverse — qu’est-ce qui divise les Québécois ? —, la religion arrive au premier rang (43 %), devant… la langue (41 %). Les trois quarts des répondants (74 %) disent ne pas pratiquer de religion, et 81 % pensent que les croyances religieuses « devraient demeurer dans le domaine du privé ».

De même, Léger a demandé si différentes identités étaient importantes aux yeux des répondants : la plupart des thèmes (identité culturelle, sexuelle, générationnelle et ethnique) obtiennent des résultats partagés. Mais l’identité religieuse, elle, est jugée non importante par… huit personnes sur dix.

Le sondage a été mené en ligne du 18 au 23 juin 2018, auprès de 1007 Québécois. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 % dans 19 cas sur 20.

20 commentaires
  • Yves Mercure - Inscrit 6 octobre 2018 04 h 01

    Oh! Sondage, quand tu nous tiens.

    Vous voyez bien qu’on n’a pas tout vu. Un sondage explicatif sur l’errance des sondages quant aux résultats électoraux. Et cette fois-ci, bien malin celui qui les prendra les culottes baissées.

    • Nadia Alexan - Abonnée 6 octobre 2018 13 h 36

      Puisque le sondage de l'INM démontre que «les trois quarts des répondants (74 %) disent ne pas pratiquer de religion, et 81 % pensent que les croyances religieuses « devraient demeurer dans le domaine du privé », pourquoi alors céder aux groupuscules intégristes qui veulent nous imposer la religion comme objective primordiale à l'inclusion? Pourquoi les médias recourent-ils aux portes-paroles intégristes qui ne représentent pas, en réalité, les groupes ethniques? Un peu de cohérence s'il vous plaît!
      Pourquoi, alors, s'opposer à l'institutionnalisation de la laïcité de l'état et de la neutralité de ses fonctionnaires?

  • Jacques Lamarche - Inscrit 6 octobre 2018 06 h 26

    La langue divise!! Symptôme d'un mal profond!

    La société québécoise appartient à ses conquérants! La majorité se dit fédéraliste et canadienne! Bilingue et multiculticultuelle tout azimut, plus attachée aux droits et libertés de tous et chacun qu'aux intérêts de la nation! Alors ce qui a constitué la spécificité de cette petite société française en Amérique en est rendue à la déchirer! C'est dire tout le mal qui maintenant la ronge! Elle est à la merci d'une autre!

  • Bernard Terreault - Abonné 6 octobre 2018 07 h 26

    On ment pour bien paraître

    On prétend s'identifier aux groupes environnementaux pour bien paraître. Mais on court ensuite s'acheter un pick-up géant, une motoneige et un bateau à moteur bruyants, on dézone le territoire agricole, on déboise, on jette sans recycler, on prend le char pour aller s'acheter du pepsi au dépanneur à un petit km de chez soi, pepsi qu'on achète d'ailleurs en multiples petits contenants polluants, et on vote CAQ.

    • Denis Carrier - Abonné 7 octobre 2018 09 h 20

      Bravo m. Terreault. Vous avez très bien vu ce que le journaliste a manqué: donner une réponse en fonction de bien parraitre et pour se déculpabiliser.

  • Michel Blondin - Abonné 6 octobre 2018 07 h 47

    Ce n'est pas de la science mais c'est mieux que de l'astrologie

    « Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 % dans 19 cas sur 20 » rapporte le journaliste. Le journal n’exagère pas à peu près quand il prend à son compte cette phrase assassine pour la science. On fait de la mauvaise copie conditionnelle une ressemblance à la véracité de fait. Avec des phrases au mode conditionnel on fait le tour du monde.

    En fait, cet article est du rapportage. Après des prévisions de sondages désastreux qui nous indique clairement qu’il y a quelque chose qui cloche dans la méthodologie, on nous gorge de matière infecte, complexe, informe en sociologie : ce « nous ». L'article et les sondeurs tente de faire des liens avec le passé pour faire des liens d'évolution de façon de penser de la population du Québec par le concept du "nous". Avouons que c'est raté quand on gratte un peu. Les sondeurs s'attaquent à un concept parmi les plus flou-mou et indistinct. D'ailleurs il rejoint le "ça" ou le "peuple"ou "eux" des concepts dont on peut voir une kyrielle de définitions ad infinitum.
    Ce n’est pas de la science mais des affaires pour tuer la nouvelle. Cet article est donc un peu mieux que de l’astrologie mais aucunement de la science.
    En fait, ce textel est plutôt amusant.

    • Carmen Labelle - Abonnée 6 octobre 2018 10 h 31

      Quelle condescendance et quel mépris monsieur! Trouvez-moi une science «exacte» dans les faits. C'est pour cela qu'il n'y pratiquement aucune «loi» en physique, mais plutôt des théories, qui changent ou évoluent

    • Michel Blondin - Abonné 7 octobre 2018 18 h 37

      Madame Labelle,
      Vous avez tout faux. Les faits demeurent des faits. À titre de mathématicien, vous me permettrez de dire que les sondages avec l’arrivée d’internet ne sont plus de la science, mais un facsimilé de science. Du placage de surface. Je vous fais la remarque qu’aucun sondeur n’utilise les formules sans cette phrase assassine du conditionnel puisqu’ils sont incapables de le dire autrement sans tromper.

      S’il y a mépris, c’est de votre manque de compréhension des enjeux sous-jacents. Madame, pouvez-vous mettre dans votre pipe que la théorie des sondages ne tient plus avec ces passages à internet. Il y a un vide qui doit être comblé du point de vue théorique. Les commerces du sondage ne s’en soucient peu. Si votre bon GPS vous est pourtant de service madame, dite merci aux lois de la physique. Et avec la puissance de votre téléphone vous êtes en mesure de faire alunir tout engin comme en 1967. Ils vous permettent d’arriver à bon port à deux mètres près. Et avec de tel raisonnement, à votre place, je ne prendrais plus d’auto ni de métro, puisque. comme vous le dites «Il n'y (sic) pratiquement aucune loi en physique ». Non, ce n'est pas de la condescendance de ma part. Je vous souhaite un peu plus de rigueur et de compréhension des sciences.

  • Sajjad Taghizadeh Imani - Inscrit 6 octobre 2018 08 h 17

    un "nous" inclusive

    Merci beaucoup Guillaume Bourgault-Côté pour cet article. les résultats de sondage sont vraiment intéressants. Un concept flou ou je dirais plutôt subjectif porte la risque d'une sorte d'exclusion. Dans un Québec progressit, les critères subjectifs d'être un(e) québecois(e), ancré dans nos psychés collectives, vaux mieux inclure davantage les Autochtones de différentes nations, les immigrants et toutes les minorités, ceux qui sont de plus en plus stigmatisés après la récente élection.

    • Carmen Labelle - Abonnée 6 octobre 2018 10 h 56

      M. Sajjad,la perception d'être stimatisé est aussi très très subjective.
      Si je refuse de me plier, comme tous les autres employés, aux exigences de mon emploi, comme retirer l'anneau que je porte dans le nez, ne pas porter un T-shirt avec un symbole politique,ou retirer ma casquette avec une tête de mort dessus, est-ce que je peux me plaindre d'être stigmatisé? Pas du tout. Si je suis renvoyée, qui est responsable? Moi, uniquement moi, qui ait refusé de me plier aux même règles que tous.
      Le Québec qui progresse depuis la Révolution tranquille s'est désencarcané de l'emprise du patriarcat et des religions misogynes
      On a déconfessionnalisé les institutions, on a déconfessionnalisé les écoles entre autres; les religieux ont retiré leurs habits comme on le leur demandait, même que les religieuses qui m'enseignaient étaient aux anges de pouvoir se mouvoir sans contrainte et de libérer leur cou et leur tête de ce carcan qu'était ce voile et cette maudite cornette ridicule.
      Le Premier ministre élu ne fait que poursuivre ce processus de laïcisation , en fait il le réaligner, parce que dans la dernière décennie il y a eu dérive due au laxisme et au lobbys religieux; la religion avait commençé à réenvahir l'espace public et les institutions ( politique, écoles et garderies etc), dans une tentative de faire régresser la société québécoise, de onous faireretomber sous le joug des religions instrumentalisées par le patriarcat, surtout nous les femmes.
      M.Legault accomplit ainsi la volonté de la très grande majorité des québécois, toutes ethnies et reiigions confondues, qui se sont dit en accord avec cette interdiction, sondage après sondage; même que 30% des membres et sympathisants de Qs étaient pour la charte du PQ lors du dernier sondage avant l'élection de 2014.

    • Carmen Labelle - Abonnée 6 octobre 2018 10 h 56

      Quant à l'immigration, le chef des Premières nations Ghislain Picard a rappelé lors de la campagne électorale que le manque de main d"oeuvre pouvait être comblé par les autochtones qui ont un taux de chômage plus haut que dans la population en général.
      D'autre part, accueillir des personnes pour faire «politically correct» et les lançer «dans la nature» sans aide et sans ressources, et sans balises claires relève de la plus odieuse instrumentalisation de l'être humain. Aurait-on idée d'avoir d'autres enfants quand on ne pourvoit pas convenablement déjà aux 8 que l'on a?