Plus ou moins bon que les autres, le système québécois?

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La loi 10, adoptée en 2015, a lancé une réorganisation de la gouvernance dans le système de santé avec la fusion d’administrations et la centralisation de pouvoirs.
Photo: Daan Stevens Unsplash La loi 10, adoptée en 2015, a lancé une réorganisation de la gouvernance dans le système de santé avec la fusion d’administrations et la centralisation de pouvoirs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé et syndicalisme octobre 2018

Quand on se compare, on se console, le dit le dicton. Mais où se situe notre système de santé lorsqu’on le soumet au jeu de la comparaison ?

Les Québécois se montrent plus insatisfaits qu’ailleurs de leur système de santé. C’est du moins ce qui se dégageait du bilan publié en 2017 par l’Institut de la gouvernance et des organisations privées et publiques (IGOPP) sur les résultats d’un sondage mené par le Commonwealth Fund auprès de 26 000 personnes dans 11 pays, parmi lesquels on retrouve environ 4500 répondants canadiens. À peine 26 % des 1000 personnes interrogées au Québec ont qualifié de façon globale les soins de santé dans la province de très bons ou d’excellents. Un pourcentage identique à celui enregistré aux États-Unis, mais bien en dessous de la moyenne canadienne, située à 45 %, et des 11 pays à l’étude, à 51 %.

Toujours selon le même sondage, 66 % des Québécois considéraient que leur système de santé comportait de bonnes choses, mais nécessitait des changements fondamentaux. Or, seulement 55 % des répondants ont donné cette réponse au Canada, et 45 % dans l’ensemble des pays sondés.

Pourtant, le Québec ne semble pas avare dans son financement accordé au secteur. Selon les chiffres de l’Institut canadien d’information sur la santé en 2017, les dépenses totales de santé au Québec étaient de 6434 $ par habitant, dont 4266 $ versés par le gouvernement provincial, ce qui se compare à la moyenne canadienne de 6604 $ par habitant, dont 4259 $ payés par les gouvernements provinciaux ou territoriaux.

L’insatisfaction ne semble pas non plus découler des services reçus lors d’un séjour à l’hôpital : les Québécois affirment avoir été traités avec courtoisie et respect par les médecins dans une proportion de 96 % et par le personnel infirmier dans une proportion de 94 %, ce qui est meilleur que dans les autres provinces et pays.

Un problème d’accès, pas de qualité

« Même dans un contexte de surcharge de travail, quelqu’un qui a une pathologie ou un problème de santé est en général bien soigné au Québec, indique Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). La compétence des médecins, spécialistes et non spécialistes, est au rendez-vous. Ce n’est pas de ça que les gens vont se plaindre. Le problème, c’est l’accès. Là-dessus, on a du chemin à faire. »

Lara Maillet, professeure à l’École nationale d’administration publique (ENAP) et experte en matière de systèmes de santé, émet un constat similaire. « Une fois qu’on est entré dans le système de santé, que ce soit pour un cancer ou une maladie chronique aiguë, le suivi est excellent, dit-elle. Le gros souci, c’est l’accessibilité. Là, il y a problème d’équité. »

En 2016, le dernier rapport du Commissaire à la santé et au bien-être sur la performance du système de santé sonnait l’alarme à ce sujet. S’il relevait que l’accessibilité financière demeurait bonne, le document précisait que l’« utilisation des services est plus faible qu’ailleurs », et que les Québécois « utilisent beaucoup moins les services médicaux, sont moins hospitalisés et subissent moins de chirurgie que les résidents des autres pays et des autres provinces. »

Selon le sondage du Commonwealth Fund, 51 % des Québécois avaient indiqué avoir attendu plus de quatre heures avant d’être traités la dernière fois qu’ils s’étaient présentés aux urgences de l’hôpital, comparativement à 29 % au Canada et 11 % dans les 11 pays sondés. 21 % des personnes interrogées au Québec ont affirmé que la dernière fois qu’elles avaient été malades, elles avaient attendu plus de deux semaines pour obtenir un rendez-vous avec un médecin ou une infirmière, alors qu’ils n’étaient que 10 % au Canada et 5 % dans l’ensemble des pays participants à vivre cette expérience.

En revanche, le gouvernement Couillard a mené deux réformes majeures dans les dernières années. La loi 20, adoptée en 2015, promettait d’augmenter le pourcentage de Québécois ayant accès à un médecin de famille. Sans que l’objectif de 85 % ait été atteint, ce taux avoisine aujourd’hui 79 %. « Les populations plus vulnérables et les cas les plus lourds ont toujours du mal à entrer dans le système ou à être pris en charge par des médecins », soulève néanmoins Lara Maillet.

À contre-courant

La loi 10, aussi adoptée en 2015, a lancé une réorganisation de la gouvernance dans le système de santé avec la fusion d’administrations et la centralisation de pouvoirs. « C’est le contraire de tout ce qui se fait en Occident », lance Jacques Létourneau.

« C’est sûr qu’il y a plus une tendance à décentraliser de manière générale, alors qu’au Québec, ils ont fait d’immenses fusions, corrobore Lara Maillet. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on essaie plutôt de régionaliser et de ramener les services de proximité à une échelle plus locale et on n’est pas du tout dans les surfusions. »

Le Québec pourrait-il s’inspirer de ce qui se fait ailleurs ? Si le National Health Service, au Royaume-Uni, est souvent cité en exemple, Mme Maillet souligne que son modèle serait difficile à copier ici, en raison des différences dans notre mode de financement et de gouvernance. Elle souligne néanmoins que, « souvent, les meilleurs systèmes sont ceux qui vont être composés d’un système hospitalier avec une deuxième, troisième ou quatrième ligne avec des spécialités fortes, mais qui sont en même temps capables d’aller fournir des services aux gens là où ils sont plutôt que de toujours les amener entre quatre murs. »

Selon elle, « si on veut aller vers des services de proximité ou plus près de la communauté, ça prend aussi une réforme majeure ». Elle en appelle à une approche moins centrée autour de l’hôpital et des médecins, avec des équipes interprofessionnelles et intersectorielles, notamment composées d’infirmières et de travailleurs sociaux.

« Ça fait des années qu’on dit qu’il faut reconnaître l’interdisciplinarité, signale Jacques Létourneau. Ça n’a pas de sens qu’encore aujourd’hui, lorsque tu vas voir une infirmière dans un CLSC, elle t’explique le problème de ton enfant sans pouvoir poser un vrai diagnostic ou prescrire de médicaments, et doit t’envoyer à l’urgence. C’est un problème que Gaétan Barrette et Philippe Couillard n’ont pas réglé. »

Pas encore très technos

À partir d’un autre sondage mené par le Commonwealth Fund en 2015 auprès de 11 500 médecins omnipraticiens de 10 pays, l’IGOPP a aussi mis en exergue une faible adoption des technologies de l’information chez les médecins omnipraticiens du Québec par rapport à ceux du reste du monde. « C’est préoccupant parce que c’est une question d’efficacité et de réductions de coûts que d’avoir cette capacité de fonctionner avec les outils informatiques », commente Yvan Allaire, président exécutif du conseil de l’IGOPP.