Le commissaire de l’UPAC démissionne

Le mystère demeure quant à la raison exacte du départ inattendu du commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le mystère demeure quant à la raison exacte du départ inattendu du commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière.

Coup de théâtre : le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, a remis sa démission lundi, en pleine journée électorale.

Le porte-parole de l’unité d’enquête, Mathieu Delisle, en a fait l’annonce en milieu de journée, précisant que le grand patron quitterait ses fonctions le 2 novembre prochain au lieu de terminer son mandat comme prévu en 2021. Le mystère demeure quant à la raison exacte de ce départ inattendu de M. Lafrenière. L’UPAC a vu le jour en 2011, créée par Robert Dutil, ministre de la Sécurité publique de l’époque. Robert Lafrenière était à la tête de l’unité depuis ses débuts et avait été reconduit à son poste en 2016.

Ses années à l’UPAC n’ont pas été un long fleuve tranquille, alors qu’il a été la cible de plusieurs critiques. Sa cote de confiance et le travail de son unité ont plusieurs fois été remis en question au cours des dernières années.

Il y a quelques jours, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé que l’UPAC ne pourrait finalement pas fouiller les documents saisis dans la résidence et la voiture du député libéral Guy Ouellette lors de son arrestation en octobre 2017. L’unité d’enquête le soupçonnait d’être derrière les fuites de renseignements policiers sensibles dans les médias.

En décembre dernier, le travail de l’unité d’enquête avait été grandement secoué par un rapport interne qui dévoilait des détails accablants sur les relations de travail à l’UPAC.

L’affaire Guy Ouellette

Malgré les événements récents, Martine Valois s’étonne du moment choisi par M. Lafrenière pour annoncer son départ. Selon la professeure à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, la décision récente du DPCP dans le dossier de Guy Ouellette ne doit pas nécessairement être perçue comme un reproche au travail de l’UPAC. « Il peut y avoir toutes sortes de raisons pour que le DPCP ne conteste plus la requête pour faire casser les mandats de perquisition, explique-t-elle. Tout au long de la préparation de l’opération [visant Guy Ouellette], le DPCP avait été consulté. Quelle information obtenue dans les dernières semaines par le DPCP a fait en sorte que celui-ci prenne cette décision ? Il y a plusieurs hypothèses et l’une d’elles, c’est la question du privilège parlementaire. »

La professeure rappelle que plus tôt cette année, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi afin d’accorder plus de pouvoirs à l’UPAC et d’assurer son indépendance. « Je pense que M. Lafrenière a fait tout ce qu’il pouvait pour rendre cette fonction indépendante du système politique comme elle devrait. Et il a tenté, pendant toute la durée de ses fonctions, de démontrer qu’il n’était pas à la solde du gouvernement libéral. Mais plus il essayait, moins il réussissait », dit-elle en évoquant les critiques au sujet des enquêtes sur Jean Charest et Marc Bibeau qui n’ont pas abouti.

Un nouveau commissaire

Un processus de nomination d’un nouveau commissaire devra être lancé, mais Martine Valois ne croit pas que celui-ci devrait être nommé aux deux tiers des voix de l’Assemblée nationale comme le réclame notamment la Coalition avenir Québec (CAQ). La spécialiste souligne qu’à l’instar du DPCP, le commissaire de l’UPAC doit exercer ses fonctions « pour l’État, mais en dehors de l’État », à l’abri des influences. À cet égard, son statut est différent de celui du vérificateur général, dont le choix doit être entériné aux deux tiers des voix.

Avec La Presse canadienne

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