L’humanitaire s’engage à combattre les inconduites sexuelles

« Les difficultés seront très nombreuses, souffle Nicolas Moyer. On va entre autres se frotter aux codes de déontologie et aux dispositions visant la protection de la vie privée. Ce sera une discussion difficile, qui va prendre beaucoup d’années. »
Photo: John Wessels Agence France-Presse « Les difficultés seront très nombreuses, souffle Nicolas Moyer. On va entre autres se frotter aux codes de déontologie et aux dispositions visant la protection de la vie privée. Ce sera une discussion difficile, qui va prendre beaucoup d’années. »

Dans la foulée du scandale qui a touché Oxfam et des remises en question suscitées par le mouvement #MoiAussi, le secteur de l’aide au développement ouvre un vaste chantier pour mieux prévenir et combattre les inconduites sexuelles.

D’emblée, Nicolas Moyer, président-directeur général du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), convient que le travail sera long et ardu.

De nombreux déséquilibres de pouvoir sont inhérents au secteur, dans lequel plusieurs petites organisations mal outillées évoluent, explique-t-il en entrevue au Devoir.

La volonté est toutefois là : « Nous avons beaucoup de travail à faire et nous allons le faire », assure-t-il.

En point de presse à Ottawa mercredi, le CCCI a dévoilé l’engagement pris par ses membres pour mieux protéger le personnel, les bénévoles et les membres des communautés qui bénéficient du soutien des organismes d’aide au développement.

Déjà, plusieurs organisations, dont Oxfam et Vision mondiale, ont signé cette « promesse collective ». L’objectif est que l’ensemble des 85 organisations membres du CCCI — l’association parapluie du secteur de l’aide au développement au Canada — apposent leur signature au bas du document.

Certains scandales ont connu une ampleur médiatique, mais d’autres n’ont pas vu la lumière du jour

 

« Cette promesse est de mettre en place des cultures organisationnelles de tolérance zéro pour toute forme d’inconduite sexuelle dans toutes leurs activités », détaille M. Moyer.

Ainsi, les meilleures pratiques seront recensées, un examen des politiques et des pratiques en vigueur sera effectué et des formations seront offertes.

« Les difficultés seront très nombreuses, souffle Nicolas Moyer. On va entre autres se frotter aux codes de déontologie et aux dispositions visant la protection de la vie privée. Ce sera une discussion difficile, qui va prendre beaucoup d’années. »

Ce vaste chantier découle de la création du comité directeur pour prévenir et combattre les inconduites sexuelles dans l’aide au développement, fondé et dirigé par le CCCI. Ce comité avait été créé en février 2018 après l’éclosion du scandale d’Oxfam par lequel on avait appris que des employés de l’organisation étaient visés par des accusations de viols commis lors de missions humanitaires et que d’autres employés avaient eu recours aux services de prostituées.

Nicolas Moyer admet qu’il ne s’agit pas de cas isolés. « Certains scandales ont connu une ampleur médiatique, mais d’autres n’ont pas vu la lumière du jour », souligne-t-il. « Dans notre secteur de l’aide au développement, il y a toujours une autre urgence qui va arriver », précise-t-il, ajoutant que l’heure est désormais à l’action pour apporter une solution durable aux inconduites sexuelles.