Chacun cherche son «X»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’outil permet également de faire une recherche selon les différentes spécialités des centres-conseils, tout en en donnant accès à des trucs et astuces pour maximiser ses chances d’obtenir un emploi correspondant tant à ses compétences qu’à ses attentes.
Photo: Unsplash L’outil permet également de faire une recherche selon les différentes spécialités des centres-conseils, tout en en donnant accès à des trucs et astuces pour maximiser ses chances d’obtenir un emploi correspondant tant à ses compétences qu’à ses attentes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans le nouveau contexte de pénurie de main-d’oeuvre que connaît la province, les chercheurs d’emploi « tiennent le bon bout du bâton », selon la directrice générale de l’Alliance des centres-conseils en emploi (AXTRA), Valérie Roy. Ils souhaitent occuper un poste dans lequel ils vont pouvoir se réaliser, être au bon endroit, « trouver leur X ». Et c’est justement la mission dont s’est doté ce réseau d’organismes experts en conseil et en recherche d’emploi.

De l’aveu même de sa directrice, l’Alliance des centres-conseils en emploi souffre d’un déficit de notoriété. Celle-ci a beau regrouper 90 organismes sur tout le territoire québécois, accompagner 80 000 individus chaque année et souffler ses 30 bougies cette année, Mme Roy reconnaît que la population n’est pas très au fait des services qu’elle offre.

« Les gens ne savent pas toujours où se rendre pour obtenir un accompagnement personnalisé et des conseils judicieux en matière d’emploi », souligne-t-elle, ajoutant que c’est pour pallier cela que la plateforme Trouve ton X (www.trouvetonx.ca) a vu le jour.

« Elle vient répondre à ce besoin, tant pour les chercheurs d’emploi que pour ceux qui souhaitent cheminer dans leur carrière », explique-t-elle.

Cette nouvelle plateforme, lancée officiellement la semaine dernière, permet en effet à l’utilisateur de trouver rapidement le centre-conseil en emploi le plus proche au moyen d’un service de géolocalisation. L’outil permet également de faire une recherche selon les différentes spécialités des centres-conseils, tout en en donnant accès à des trucs et astuces pour maximiser ses chances d’obtenir un emploi correspondant tant à ses compétences qu’à ses attentes.

« L’expression “trouver son X” fait référence à l’idée d’être exactement à l’endroit où l’on veut être dans sa vie, et ce, sur les plans personnel comme professionnel, ajoute Valérie Roy. En ce sens, les centres-conseils en emploi regroupent une multitude de professionnels compétents pouvant permettre à tous de trouver leur X. »

Faire fi des préjugés

Cette mission est d’autant plus importante que le Québec est entré depuis quelques mois dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et que les chercheurs d’emploi ont le loisir de choisir parmi les postes qui ne parviennent pas à être pourvus.

« Les chercheurs d’emploi, mais aussi, de plus en plus, des gens qui sont déjà sur le marché du travail mais qui souhaitent se réorienter, revoir leurs aspirations », insiste la directrice générale d’AXTRA.

Ainsi, chaque centre-conseil a sa spécialité. Certains se concentrent sur les travailleurs expérimentés. D’autres aident plus spécifiquement les femmes, les jeunes, les immigrants, nouveaux arrivants ou minorités visibles. D’autres encore travaillent avec les itinérants, les personnes ayant eu maille à partir avec la justice, qui sortent de prison ou qui souffrent de problèmes de santé mentale, de dépendance ou d’un handicap physique. AXTRA a aussi mis sur pied un programme consacré à la communauté inuite.

« Nous travaillons avec toutes les populations ayant une forme de barrière à l’emploi, explique Valérie Roy. Dans le contexte de pénurie de main-d’oeuvre, les entreprises n’ont d’autre choix que d’aller chercher leurs futurs salariés dans des bassins non traditionnels pour elles. Des femmes pour des postes réservés jusque-là surtout aux hommes, par exemple. Elles doivent aussi faire fi de leurs préjugés envers certaines populations, telles que les minorités visibles et les Autochtones. Car la démographie est telle que ce sont eux nos jeunes travailleurs de demain. »

Gestion de la diversité

Ces dernières années, les organismes membres ont ainsi diversifié leurs services afin de travailler à la fois avec les individus et les entreprises. Alors que les chercheurs d’emploi ont le loisir de magasiner leur poste, les entreprises doivent trouver le moyen d’attirer les talents chez elles, puis de les garder, en leur offrant de bonnes conditions. Elles doivent également accepter d’embaucher quelqu’un qui n’aurait peut-être pas toutes les compétences techniques pour le poste mais qui aurait la capacité de les acquérir rapidement. Les organismes forment les services RH. Mais l’Alliance a également mis en ligne des capsules vidéo de formation à la gestion de la diversité culturelle.

« Les études démontrent que les entreprises qui laissent entrer la diversité culturelle en leur sein sont particulièrement productives, rappelle la d.g. d’AXTRA. Mais encore faut-il savoir la gérer. Les entreprises ont des enjeux de production et elles doivent pouvoir se concentrer là-dessus. Pour le reste, elles recherchent des outils clairs et faciles d’accès. C’est ce que nous leur proposons. »

Accompagnement des entreprises d’une part et des individus de l’autre afin qu’ils se conforment un tant soit peu au marché du travail tel qu’il fonctionne ici. La notion de respect de l’horaire est très importante au Québec, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. Les nouveaux arrivants doivent l’intégrer. Le CV, la lettre de motivation tout comme l’entretien sont des exercices également très codifiés.

Respect mutuel

« Lorsque nous avons commencé à travailler avec la clientèle autochtone, nous nous sommes rendu compte que le mot “carrière” n’existe pas en inuktitut [langue des Inuits du Nunavuk], explique Mme Roy. C’est un concept que les Inuits ont du mal à appréhender. Si les conseillers qui travaillent avec eux ne le savent pas, nos interventions ne servent à rien. Le silence est aussi quelque chose de très vertueux pour les Inuits, alors qu’il peut être gênant lors d’un entretien d’embauche. Enfin, les interventions en groupe fonctionnent très mal avec cette population. »

À la suite de ces travaux, AXTRA a publié un guide de référence pour les conseillers en développement de carrière intervenant auprès de la clientèle inuite. Une recherche-action du même type est également en train d’être menée sur le terrain auprès des Premières Nations.

« L’idée n’est pas d’assimiler tous les groupes qui composent le Québec d’aujourd’hui afin qu’ils deviennent de bons petits travailleurs, conclut Valérie Roy. Chacun d’eux a des valeurs qui lui sont propres et cette diversité peut être tout à fait bénéfique pour l’entreprise. Ce qui nous importe, c’est que l’employeur et l’individu puissent se rejoindre quelque part. Et pour cela, chacun doit mieux connaître les attentes de l’autre. Il faut respecter à la fois la manière dont le marché du travail fonctionne et la personne qui l’intègre. »