Quand développement durable est synonyme de paix

Adil Boukind Collaboration spéciale
Dans le cas de la guerre civile en Syrie, le manque de terres agricoles aurait, selon M. Guibeault, provoqué une migration des campagnes vers les villes, augmentant ainsi les tensions sociales.
Photo: Homar Hajkadour Agence France-Presse Dans le cas de la guerre civile en Syrie, le manque de terres agricoles aurait, selon M. Guibeault, provoqué une migration des campagnes vers les villes, augmentant ainsi les tensions sociales.

Ce texte fait partie du cahier spécial Paix

Le développement durable et la paix seraient plus liés qu’on pourrait le croire au premier abord. En quoi ce concept, qui met en avant équité sociale et environnement comme moteurs de développement, peut-il réduire les conflits à travers le monde ? Le Devoir a discuté avec Steven Guilbeault, directeur d’Équiterre.

« Il y a énormément de littérature sur le sujet qui va dans ce sens : plus les conditions environnementales sont mauvaises, plus on voit l’émergence de conflits », explique M. Guilbeault.

Le directeur d’Équiterre reconnaît que ce ne sont pas les seuls facteurs ayant un impact sur les conflits. Cependant, il insiste sur le fait qu’ils ont au moins un effet amplificateur des tensions et dans le pire des cas, ils sont un effet déclencheur. Il utilise notamment les conflits en Syrie et au Soudan du Sud pour illustrer ce phénomène. « Dans le cas de la Syrie, nous avons remarqué une montée des tensions et des manifestations après 2011 ; cette année a connu l’une des pires sécheresses, note-t-il. Il s’est passé la même chose au Soudan du Sud, où une partie du conflit peut être liée à la diminution des terres de pâturage. »

Un des problèmes tient à la diminution des ressources, souvent créée par des bouleversements climatiques. Dans le cas de la Syrie, le manque de terres agricoles aurait, selon M. Guibeault, provoqué une migration des campagnes vers les villes, augmentant ainsi les tensions sociales qui, combinées à d’autres facteurs, ont débouché sur la guerre que l’on connaît aujourd’hui.

Si de mauvaises conditions climatiques peuvent ainsi jeter de l’huile sur le feu, l’inverse est aussi vrai. Plusieurs conflits ont des effets désastreux sur l’environnement.

« En cas de conflit, on détruit le réseau électrique, ce qui détériore les conditions de vie des habitants, explique le directeur d’Équiterre. L’utilisation d’armes, d’obus et de mines antipersonnel appauvrit encore plus en détruisant les terres agricoles. » Il dénonce ainsi certaines stratégies militaires qui incitent à« assécher l’océan pour attraper le poisson » [dry the sea, catch de fish] ; c’est-à-dire que l’on détruit les campagnes et forêts, comme en Amérique latine, pour débusquer les révolutionnaires. « Les impacts environnementaux durent encore des décennies plus tard : c’est la guerre après la guerre», dit-il.

De bons élèves

Steven Guibeault parle par ailleurs de deux pays ayant adopté des politiques de développement durable qui peuvent se vanter d’avoir atteint de bons niveaux de paix. Ces pays sont le Bhoutan et le Costa Rica.

Dans le cas du Bhoutan, l’idée d’un indice appelé le Bonheur national brut a germé dans les moeurs bhoutanaises en 1972 avant d’être inscrite dans la Constitution de 2008. « Ce n’est pas un pays riche, mais les politiques mettent en avant le bien-être la société, rapporte M. Guibeault. Cette idée démontre des préoccupations que l’on ne voit pas dans beaucoup de pays. »

L’autre exemple soulevé par le directeur d’Équiterre est le Costa Rica, qu’il considère comme étant dans l’une des meilleures situations socio-économiques, et ce, sans avoir d’armée dans une région qui connaît des temps difficiles.

Le développement durable n’est peut-être pas la solution miracle, mais plusieurs écrits, comme le célèbre rapport Brundtland rédigé en 1987, le décrivent comme un puissant outil pour atteindre la paix.