Réinvestir en agriculture

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Des hausses accélérées du taux du salaire minimum auraient beaucoup d’impacts dans le secteur horticole principalement, où tous les employés sont payés au salaire minimum, selon Marcel Groleau, président de l’UPA.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des hausses accélérées du taux du salaire minimum auraient beaucoup d’impacts dans le secteur horticole principalement, où tous les employés sont payés au salaire minimum, selon Marcel Groleau, président de l’UPA.

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Depuis quelque temps, le secteur agricole québécois vit une certaine inquiétude quant à nos voisins du sud. Elle concerne tout d’abord la renégociation du traité de libre-échange, où l’on voudrait voir changer les règles qui protègent notre agriculture, mais aussi les tarifs imposés par les États-Unis à la Chine, tarifs qui ont déjà fait très mal aux producteurs de porc québécois. Dans ce contexte, il est impératif d’agir maintenant pour protéger l’avenir du secteur.

Un des moyens d’y parvenir est de rétablir le budget annuel de la Financière agricole du Québec (FADQ) à 630 millions de dollars, explique Marcel Groleau, président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA). « En 2009, le Parti libéral avait convenu que la FADQ était sous-financée et qu’elle avait besoin de ce montant pour faire face à ses obligations. Ce montant permettait de répondre aux exigences en assurances récolte, en gestion des risques et aux besoins de crédit », fait-il valoir.

Le secteur a connu de bonnes années en 2010 sur le marché des céréales, et en 2013 dans le secteur des viandes. « C’est alors que la FADQ a commencé à dégager des surplus, et plutôt que de les utiliser pour améliorer les programmes et soutenir les investissements des entreprises agricoles, on a récupéré ces surplus pour les déposer dans le Fonds consolidé », déplore le président en ajoutant qu’aujourd’hui, la FADQ fonctionne avec un budget annuel constamment revu à la baisse. « Ce n’est pas une façon très convaincante de soutenir notre secteur ! argue-t-il. Il faut que la FADQ soit adéquatement financée et que ses surplus puissent s’accumuler. Elle doit avoir plus d’autonomie et son budget doit être établi non pas en fonction des besoins à court terme, mais à moyen et à long termes. »

Modulation des augmentations

Dans la présente campagne électorale, l’augmentation du salaire minimum est un enjeu important pour l’UPA. Des ajustements accélérés du taux du salaire minimum pour atteindre 14 $ ou 15 $ l’heure auraient beaucoup d’impacts dans le secteur horticole principalement, où tous les employés sont payés au salaire minimum, ce qui représente entre 35 % et 50 % des coûts de fonctionnement de ces entreprises. Selon Marcel Groleau, quand on augmente plus rapidement le salaire minimum que l’inflation, il devient alors impossible de transférer ces coûts dans le marché, sinon les produits importés deviennent compétitifs et les producteurs locaux cèdent leur part du marché : « Non seulement on va finir par perdre les emplois au salaire minimum parce que les entreprises vont cesser d’investir, mais si on perd le marché, ce sont d’autres emplois d’ici qui seront menacés », lance-t-il.

L’UPA suggère alors une lente modulation des augmentations ou une compensation qui viendrait éponger les coûts des producteurs, ou encore leur permettre d’étaler sur une plus longue période les augmentations du salaire minimum. « On n’est pas contre l’augmentation du salaire minimum, mais dans notre secteur, on a des précautions à prendre », précise le président de l’UPA.

L’UPA demande aussi au futur gouvernement d’aider les jeunes à cultiver leur propre terre : « Ça prend du capital patient pour les jeunes. Actuellement, les termes du capital disponible pour l’achat d’une ferme tournent autour de 25 ans. C’est malheureux, mais à cause des valeurs de l’actif, c’est trop court », déplore Marcel Groleau.

L’UPA demande à ce que les taux d’intérêt des prêts s’étalent sur de plus longues périodes. « On avait des programmes il y a 25 ou 30 ans, mais on les a laissés tomber parce qu’aujourd’hui les taux d’intérêt sont très bas. Mais les taux actuels ne dureront pas toujours, ça va sûrement augmenter, et sur 25 ans, c’est très difficile de prévoir les taux… » s’inquiète-t-il.

Un Plan vert agricole

Marcel Groleau est catégorique : « Le secteur agricole a entrepris un virage, on assume nos responsabilités. On est conscients des attentes de la société et de l’importance pour les générations futures de protéger l’environnement. » L’UPA propose donc un Plan vert agricole pour améliorer les pratiques dans le secteur grâce à une moindre utilisation de pesticides et d’herbicides, et avec la protection des bandes riveraines le long des cours d’eau.

« Actuellement, on a une réglementation de plus en plus lourde, voire écrasante pour les entreprises agricoles, mais on n’arrivera pas à développer notre agriculture si on se sert juste de la réglementation. Pour arriver à de meilleures pratiques et augmenter notre productivité tout en protégeant l’environnement, il faut investir et accompagner les producteurs en recherche, en transfert des connaissances, en services spécialisés et en rétribution des biens et services écologiques comme le fait l’Europe », explique Marcel Groleau.

Le Plan vert agricole pensé par l’UPA viendrait mieux soutenir la production bio. Les quatre partis qu’on a rencontrés ont eu une très bonne réception à cette proposition, affirme M. Groleau. On propose le financement du Plan vert agricole en récupérant les contributions que verse le secteur agricole au Plan vert Québec, soit environ 40 millions de dollars par année. »

La dernière proposition de l’UPA concerne la taxation foncière agricole. Comme pour le parc immobilier, elle est basée sur un système d’évaluation : tous les trois ans, selon le marché, la valeur d’une résidence est revue et le montant de l’avis d’imposition s’en suit. « Pour les terres agricoles, c’est la même chose, à la seule différence que la valeur des terres a explosé... Elle a augmenté beaucoup plus vite que la valeur du parc immobilier », souligne le président. Un programme alloue déjà un crédit d’impôt aux agriculteurs, « mais la portion se réduit d’année en année. Il faut revoir le système et le gouvernement devrait assumer une juste part. Il faut revoir la fiscalité foncière agricole parce que ça ne sera plus supportable dans les années à venir », ajoute-t-il.

Comme l’actuel ministre de l’Environnement Laurent Lessard ne se représente pas, il y aura un nouveau ministre de l’Agriculture au Québec dans les prochains mois. Marcel Groleau se dit prêt à travailler avec le nouveau gouvernement pour « trouver des solutions aux enjeux importants » en agriculture.