La FTQ se prépare pour les élections

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Manifestation pour la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure à Montréal en octobre 2017. L’augmentation du salaire minimum est l’une des demandes prioritaires de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Manifestation pour la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure à Montréal en octobre 2017. L’augmentation du salaire minimum est l’une des demandes prioritaires de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Bien qu’elle l’ait déjà fait par le passé, cette année, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a choisi de ne pas donner de consignes de vote à ses membres à l’occasion des élections générales québécoises. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle n’a pas de requêtes à adresser aux partis politiques. Pour les faire connaître, la centrale syndicale a élaboré une exhaustive plateforme électorale.

« La FTQ n’est jamais muette en période électorale, souligne le président de la Fédération, M. Daniel Boyer. Nos façons de faire varient d’une élection à l’autre. Cette année, comme lors des dernières élections au fédéral et au provincial d’ailleurs, on a pris la décision de créer une plateforme de revendications. »

C’est depuis juillet 2017 que le Bureau de la FTQ, qui réunit des dirigeants de chacun des grands syndicats affiliés à la Fédération, travaille à l’élaboration de cette dernière.

« La plateforme était à l’ordre du jour de chacune de nos réunions, confie M. Boyer. Notre réflexion a été de longue haleine. Après quelques allers-retours avec les instances de nos syndicats affiliés, on a adopté la plateforme lors du Conseil général de la FTQ en février 2018. »

24 revendications clés

Comprenant 24 revendications visant l’amélioration des droits et des conditions de vie des travailleurs québécois, la plateforme de la FTQ s’articule autour de quatre grands thèmes : « milieux de travail », « services publics », « économie, emplois et fiscalité » ainsi que « démocratie et langue ».

« On aurait pu en avoir 50, mais on a fait une synthèse, indique M. Boyer. Ce sont des revendications qui, pour la plupart, nous tiennent à cœur depuis longtemps. »

L’augmentation du salaire minimum à 15 $ est l’une des demandes prioritaires de la FTQ. D’après la centrale syndicale, une telle hausse profiterait à des centaines de milliers de Québécois tout en permettant le soutien de la consommation des ménages et la croissance économique locale.

« C’est sûr qu’on va continuer de taper sur ce clou-là tant que la question ne sera pas réglée », promet le président de la FTQ.

Dans le même esprit d’équité, la Fédération réclame que le prochain gouvernement adopte un plan de transition juste vers une économie verte et qu’il prévoie des mesures pour faciliter l’adaptation des travailleurs qui seront touchés par la numérisation de l’économie.

« Les efforts qui seront faits au cours des prochaines années pour atteindre les cibles environnementales que la planète s’est fixées vont affecter l’économie et les emplois de certaines régions. L’automatisation, la robotisation et le développement de l’intelligence artificielle vont aussi transformer le monde du travail. Nous, ce qu’on dit, c’est qu’il faut assurer une transition juste. Ça ne peut pas se faire sans qu’on mette dans le coup les travailleurs et les travailleuses. Il faut permettre aux gens qui sont là au moment où on se parle d’acquérir les compétences requises par les emplois de demain », soutient M. Boyer.

L’institution d’un régime d’assurance médicaments entièrement public figure également au rang des priorités de la FTQ. D’après elle, celui-ci permettrait d’assurer l’accessibilité au médicament pour tous et, du même coup, d’améliorer sa qualité.

« On pense que ce sera une bataille de longue haleine, révèle le président de la centrale syndicale. On se doute qu’on n’obtiendra pas ce qu’on veut dans le temps de le dire, mais c’est un combat qu’on juge très important de mener. »

En outre, la FTQ revendique une augmentation des taux d’imposition des mieux nantis. Elle souhaite une révision de la fiscalité qui garantisse la juste contribution de tous de même que la mise en œuvre de stratégies musclées pour résoudre le problème de l’évitement fiscal.

« On fait face à un écart sans cesse grandissant entre les plus riches et les plus pauvres de notre société, signale M. Boyer. Il y a quelque chose de malsain dans ça et il faut tenter de réduire ces écarts-là. On pense que les plus riches doivent payer leur juste part et, surtout, ne pas bénéficier d’évasion fiscale. Si tout le monde payait sa juste part, on pourrait certainement se payer des services publics de qualité. »

L’adoption d’un mode de scrutin mixte proportionnel constitue également une priorité pour la FTQ.

« Il nous apparaît inconcevable que, dans une démocratie, le gouvernement qui est majoritaire n’ait pas obtenu la majorité des voix. Ce qu’on pense, c’est qu’il faut rétablir un certain équilibre. Il y a trois partis sur quatre qui sont favorables à cette idée. On espère qu’elle sera mise en œuvre assez rapidement. »

Des outils supplémentaires

En plus de sa plateforme électorale, la FTQ a préparé un outil comparatif pour permettre à ses membres — et à la population en général — de connaître les positions des chefs des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale à l’égard de ses propositions.

« On a rencontré les chefs des partis politiques et on les a questionnés sur chacune de ces 24 revendications, précise M. Boyer. Ça n’a pas fonctionné avec M. Couillard ; il a eu des empêchements, mais on a obtenu des réponses des trois autres. À partir de ça, on a préparé un comparatif de chacun des partis. On l’a fait sous forme de tableau. Quand les partis sont favorables à nos revendications, on leur donne un pouce en l’air et, quand ils ne le sont pas, c’est un pouce en bas. »

Dans la foulée, la FTQ a aussi réalisé un bilan du gouvernement libéral sortant. Celui-ci évoque notamment la période d’austérité budgétaire et met en lumière différents reculs et ratés dans les domaines de l’éducation, de la santé et des droits des travailleurs.

M. Boyer affirme avoir bon espoir que les outils préparés par la FTQ encourageront ses membres à se rendre aux urnes le 1er octobre prochain.

« Quand on n’est pas informé et qu’on ne sait pas ce que proposent les partis, l’intérêt de se rendre aux urnes est toujours limité, relève le président de la FTQ. Quand on le sait, c’est beaucoup plus facile de voter ! »