Une loi sur les ratios: une solution idéale pour le réseau de la santé

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Une loi établissant des ratios minimums entre le nombre de professionnelles en soins et le nombre de patients assurerait de meilleurs services sans surcharger les infirmières, selon la présidente de la FIQ.
Photo: Getty Images Une loi établissant des ratios minimums entre le nombre de professionnelles en soins et le nombre de patients assurerait de meilleurs services sans surcharger les infirmières, selon la présidente de la FIQ.

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S’il y a une lutte chère à la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), c’est bien celle pour l’établissement de ratios du nombre de professionnelles en soins par patient : « C’est la meilleure solution pour notre système de santé puisque l’enjeu majeur, c’est la surcharge de travail chronique, celle qui n’a pas préoccupé le gouvernement, les élus et les gestionnaires, parce qu’ils se concentraient sur les compressions budgétaires, les coupes, le redressement, la structure et la réforme », lance Nancy Bédard.

« Ce qui circule dans l’ADN de nos membres, leur première considération, c’est d’être capable de bien soigner leurs patients », explique la présidente, qui demande aux candidats de s’engager à faire voter une loi pour que les gestionnaires aient l’obligation de maintenir des équipes de soins minimales et adaptables au besoin, et offrir la garantie qu’on ne « viendra plus les modifier à cause d’une nouvelle idéologie, de compressions budgétaires où même parce qu’on est dans un rapport de force lors de négociations. Ce qu’on dit, c’est qu’une loi sur les ratios va permettre d’harmoniser les soins partout au Québec ».

Actuellement, des projets-ratios ont été mis en place un peu partout sur le territoire, inspirés de ce qui s’est fait en Californie et en Australie dans l’État de Victoria. Avec ces projets pilotes, Nancy Bédard affirme avoir « réussi à faire admettre et comprendre au ministre qu’il fallait s’occuper du sort des professionnelles en soins et de la qualité des soins au Québec. Cependant, il faut continuer à lutter jusqu’à ce qu’on ait une loi, sinon on devra toujours se battre pour faire admettre qu’une équipe de soins en 2018 ne peut pas être la même qu’il y a trente ans ».

Grâce à des données probantes, Nancy Bédard peut affirmer aujourd’hui que la surcharge de travail cause des augmentations d’assurances salaire, beaucoup d’accidents de travail et de nombreux départs : « Il y a trois catégories de professionnelles en soins : les jeunes qui se demandent si elles ne devraient pas retourner étudier, celles qui ont entre 11 et 20 ans d’expérience et qui tous les jours se demandent si elles pourront se rendre jusqu’à la prochaine fin de semaine sans tomber en congé de maladie et le dernier tiers, ce sont celles qui voient arriver la retraite et qui comptent les jours et ne veulent pas en faire un de plus. »

Toujours selon les chiffres de la FIQ, les ratios ne demanderaient pas de nouveaux investissements puisqu’en quelques années, ces mesures s’autofinanceraient : « Aujourd’hui, l’augmentation majeure des incidents et des erreurs de médication entraîne des dépenses incroyables facilement évitables. Même chose pour l’assurance salaire qui s’accroît en raison des congés de maladie directement liés à la surcharge de travail. Le pire, c’est de ne rien faire et de penser que les méthodes vieilles de 20 ans vont changer le cours des choses. Les ratios sont la solution », réitère Nancy Bédard.

Outre les ratios, une autre bataille chère à la FIQ est l’accessibilité à la première ligne de soins : « Au Québec, les compétences des professionnels en soins ne sont pas exploitées au maximum, elles ne sont pas mises au profit des patients. Il faut décloisonner les services pour que le monopole de l’accès aux soins ne soit plus réservé aux médecins », explique la présidente. Les infirmières praticiennes spécialisées peuvent garantir à la population un accès efficace aux soins et aux services et notamment dans les CLSC.

L’idée que la prochaine ministre de la Santé soit une femme plaît à Nancy Bédard : « Pendant 15 ans, on a eu un règne de médecins, le cheminement des candidates est dans le domaine de la santé, mais leurs parcours sont différents. Je souhaite qu’avec une femme au pouvoir on puisse franchement voir la différence. Je serais portée à y croire et à leur donner une chance. »