La parité… féministe

Gabrielle Brassard-Lecours Collaboration spéciale
La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard
Photo: Eric Demers La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), « la parité pour la parité » n’est pas intéressante si elle n’est pas accompagnée d’une analyse plus poussée.

Selon la plus récente « vigie parité » réalisée par Le Devoir, l’élection provinciale en cours présente 47,4 % de femmes candidates, tous partis confondus. On atteint donc presque la parité. La Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) présentent même plus de femmes que d’hommes, avec respectivement des pourcentages de 51,37 % et 52,54 %. Les femmes se retrouveraient donc en nombre égal à l’Assemblée nationale, si on en croit les statistiques.

« Si on présente le même nombre de femmes, mais que la majorité d’entre elles sont des candidates “poteau” qui n’ont aucune chance de gagner, ce ne peut pas être paritaire. Qui, parmi ces femmes, a de réelles chances d’être élue ? C’est ça qu’il faut observer », soutient Gabrielle Bouchard.

La présidente de la FFQ élue à l’automne 2017 affirme également qu’au-delà du nombre, il faut aussi dégager combien de femmes se font élire à des postes d’importance et, si c’est le cas, si elles ont l’espace pour changer les politiques. « Ce n’est pas parce qu’on est une femme en politique qu’on est féministe », affirme Mme Bouchard. Celle qui « soutiendra toujours le fait que des femmes se présentent en politique, sans égard au parti qu’elles choisissent », ajoute par ailleurs qu’elle restera critique des femmes qui accèdent au pouvoir en attaquant les droits des femmes.

Pour l’ancienne coordonnatrice de soutien entre pairs et de défense des droits trans au Centre 2110 de lutte contre l’oppression des genres à Concordia, la question à se poser lorsqu’on parle des femmes en politique est : « Y voulons-nous des femmes ou des féministes ? » Si des femmes participent activement aux coupes en soins de santé, ou s’opposent à l’augmentation du salaire minimum, « elles ne jouent alors pas de rôle significatif pour l’avancement des droits des femmes. Au contraire, elles entrent dans le même cercle des compressions de services aux citoyennes et aux citoyens. Et quand ces services sont coupés, ce sont principalement les femmes qui en font les frais », affirme-t-elle.

Changer le système

Plusieurs raisons expliquent le manque de participation des femmes en politique (et dans plusieurs autres sphères). La difficile conciliation travail-famille, un environnement hostile majoritairement masculin, le sexisme et la misogynie ordinaires du milieu, le syndrome de l’imposteur ; autant de facteurs souvent mis de l’avant pour expliquer le découragement des femmes à faire le saut dans l’arène politique. « On s’attend à ce qu’une femme soit capable de concilier le travail professionnel, celui de la maison et celui d’être mère si elle a des enfants. Elle aura en plus toujours à défendre plus sa place qu’un homme », déplore Gabrielle Bouchard.

Même s’il n’existe pas de recette miracle pour en arriver à une vraie parité en politique, à tous les niveaux, la solution est simple : il faut partir de la base. « C’est un ensemble de gestes qui doivent être posés, indique Mme Bouchard. Les hommes doivent reconnaître les situations où les femmes sont mises à l’écart. Arrêter de parler, écouter activement les femmes et agir en conséquence. » Par exemple, décrit-elle, l’augmentation du salaire minimum à 15 $/h touchera beaucoup plus les femmes que les hommes, car ce sont elles qui vivent la plus grande précarité. « En ayant un peu plus la tête hors de l’eau grâce à cette mesure, peut-être que plus de femmes prendront le temps d’aller à l’école, ou encore de s’impliquer. Il faut éliminer les iniquités à la base », martèle la féministe.

Les changements se feront sentir à long terme, mais sont possibles, d’après Mme Bouchard. « Ça prend du temps et ça crée des résistances, mais on finit par y arriver », soutient celle qui a été élue à la tête de la FFQ en étant la première transgenre à occuper ce poste, non sans quelques heurts politiques et sociaux à l’intérieur même de l’organisation.

Le Conseil de la femme, quant à lui, propose de modifier la Loi électorale du Québec pour obliger les partis à recruter un minimum de 40 % et un maximum de 60 % de candidats et de candidates, avec des sanctions financières pour les partis qui ne respectent pas la loi.