Vivement des mesures structurantes!

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le secteur manufacturier préoccupe particulièrement la CSN, puisqu’il a été passablement malmené ces dernières années.
Photo: Getty Images Le secteur manufacturier préoccupe particulièrement la CSN, puisqu’il a été passablement malmené ces dernières années.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Traditionnellement, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ne donne pas de consigne de vote à ses membres, « mais on fait tout le reste et on ne se gêne pas pour critiquer les politiques économiques, publiques et sociales, faire le bilan du gouvernement sortant et mettre sur la place publique nos préoccupations et nos aspirations, le tout dans une logique de politique non partisane », explique d’entrée de jeu le président, Jacques Létourneau.

Dans la présente campagne électorale québécoise, la CSN a choisi une approche déconcentrée : elle invite les militants de toutes les régions à interpeller leurs candidats sur la base du document Voir loin, viser juste, un manifeste adopté au dernier congrès de 2017 où apparaissent cinq principaux enjeux chers à la CSN et à son président. Voici ses commentaires — dans le désordre — sur l’importance de la garantie d’emploi de qualité et d’un salaire décent, sur l’universalité, l’accessibilité et la qualité des services publics, sur la réforme de la Loi sur les normes du travail, sur les changements climatiques et sur la démocratie qui, selon lui, « est particulièrement malmenée ces jours-ci en Occident, où l’on remarque des petites tendances à l’autoritarisme ».

Manque d’initiatives

« Le débat sur les finances publiques est d’une pauvreté absolue ! » s’inquiète le président, qui rappelle que le gouvernement fait aujourd’hui des milliards de surplus alors qu’il y a deux ans on disait que c’était la catastrophe. En effet, la CSN croit que, malgré les réinvestissements annoncés, ces derniers seront loin de compenser les compressions passées. Selon lui, afin de résoudre le sous-financement des services, il faut augmenter les revenus de l’État selon lui. Et le contexte est idéal pour mettre en place une véritable fiscalité équitable : « Parce qu’on est en surplus budgétaire et, en faisant les efforts nécessaires, on peut y arriver. » Toutefois, Jacques Létourneau craint que la volonté ne soit pas au rendez-vous : « Le Parti libéral s’est payé notre tête ! On a carrément ri de nous autres ! ajoute-t-il. Ce gouvernement a mis en place une logique sur le plan des finances publiques et, aujourd’hui, il n’y a plus personne qui remet ça en question ou, si on le fait, c’est bien timidement. »

Le secteur manufacturier préoccupe particulièrement la CSN, puisqu’il a été passablement malmené ces dernières années. À la merci de la mondialisation et de la concurrence internationale, on a vu disparaître des milliers d’emplois de qualité partout au Québec, dit-il. « Ça fait plusieurs années qu’on répète aux gouvernements fédéral et provincial d’être proactifs. Ils pourraient s’inspirer des réglementations européennes qui obligent les entreprises à respecter des quotas d’emploi », rappelle Jacques Létourneau qui déplore le manque d’initiative : « Hydro-Québec a accepté sans sourciller que des emplois soient délocalisés à la suite de la fermeture de General Electric à La Prairie, un sous-traitant d’Hydro. Même chose pour la Davie à Québec, qui est incapable d’obtenir sa juste part de contrat… » Pour le président, une vraie politique manufacturière et industrielle « doit faire preuve de perspective plutôt que d’être à la remorque des sautes d’humeur de Donald Trump ».

Responsabiliser

Quand vient le temps de parler environnement et changements climatiques, Jacques Létourneau est clair : « Responsabiliser les entreprises, c’est un minimum ! » Dans son manifeste, la CSN en convient, il n’est pas toujours facile d’aborder les questions environnementales. Pourtant, selon la Confédération, il est possible de développer une vision qui conjugue les emplois, le soutien des personnes et la protection de l’environnement. Comment ? En faisant des pressions sur le gouvernement afin que tous les moyens soient mis en œuvre pour atteindre la cible de réduction des gaz à effet de serre. « On n’a pas le choix, on ne peut pas sauvegarder nos emplois en ne faisant rien. L’industrie évolue aujourd’hui dans un contexte de développement durable. » Jacques Létourneau fait un lien avec les problèmes auxquels le secteur des papiers et forêts et celui de la métallurgie ont déjà été confrontés ; « à l’époque, il y a eu des transformations dans les procédés de production et on a alors impliqué les travailleurs parce que ce sont eux qui détiennent la compétence et la connaissance du travail, rappelle-t-il. Aujourd’hui, pour atteindre les cibles, mettre sur pied quelque chose d’innovant et qui s’appuie sur l’expertise des travailleurs, ça ne serait pas un luxe ! »

Impossible de parler d’environnement sans aborder le sujet du transport collectif et de la mobilité en région. « Sérieusement, si on veut parler de grands chantiers de développement durable pour le Québec, il me semble qu’on devrait réfléchir davantage à ce secteur », propose le président.

« Tout le monde parle de la classe moyenne et de la famille ; c’est une bonne nouvelle ! Mais ça prend des mesures structurantes et il faut modifier la Loi sur les normes du travail pour permettre la conciliation famille-travail, ajoute-t-il. Ce que propose la CSN sur le sujet va bien au-delà de la hausse du salaire minimum, qu’elle juge nettement insuffisante pour sortir les gens de la pauvreté. Lorsqu’il est question de la réforme de la Loi, la CSN souhaite qu’elle permette une meilleure couverture et qu’elle mette fin aux disparités de traitement. « Le Parti libéral a fait un petit pas en annonçant une augmentation du nombre de jours de congés payés et l’ajout d’une troisième semaine de vacances », précise Jacques Létourneau qui ajoute « qu’il faudra plus qu’une politique de boîte à lunch pour offrir aux familles des conditions qui leur permettent de concilier leurs responsabilités familiales et leur travail ».