La priorité des priorités: un Québec en santé!

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Selon la présidente de l’APTS, il est possible de démocratiser le réseau de la santé et des services sociaux tout en améliorant les services à la population.
Photo: iStock Selon la présidente de l’APTS, il est possible de démocratiser le réseau de la santé et des services sociaux tout en améliorant les services à la population.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quand elle entend les discours des différents chefs de parti, Carolle Dubé, la présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), ne sait pas « ce que la population va bien pouvoir faire avec tout ça. Il y a déjà une certaine méfiance et une perte de croyance envers les politiciens, je trouve qu’on a une campagne qui n’aide pas. Ça manque de profondeur », lance-t-elle.

L’Alliance représente 55 000 membres, tous employés du réseau public de la santé et des services sociaux et occupant plus d’une centaine de titres d’emploi distincts parmi le personnel professionnel et technique dans les domaines du diagnostic, de la réadaptation, de la nutrition, de l’intervention psychosociale, du soutien clinique et de la prévention. « On veut sensibiliser nos membres et la population en général aux enjeux de santé qui nous concernent tous », affirme la présidente, qui souhaite que « nous votions tous pour la santé. »

Dans un document préparé à l’attention de ses membres, l’APTS présente ses propositions, qui se déclinent en quatre volets : la santé de la population, du personnel, des femmes et du réseau en tant que tel. « Au cours des dernières années, les gouvernements qui se sont succédé ont effectué de nombreuses réorganisations au sein du réseau de la santé et des services sociaux », raconte la présidente.

Ces restructurations ont grandement affecté la santé de la population en réduisant les budgets des CLSC et des services à domicile et de psychothérapie, avance-t-elle. « Les CLSC ont été tellement dénaturés dans les dernières années, depuis l’époque du virage ambulatoire, se désole Carolle Dubé. C’était pourtant une richesse collective au Québec. » Mme Dubé aimerait voir le rôle des CLSC revalorisé afin que ceux-ci puissent récupérer leur mission de prévention et agir sur les déterminants sociaux de la santé. « Il faut investir dans la prévention, démocratiser le réseau, faciliter l’accès aux services et mieux les financer », rappelle-t-elle.

Améliorer les conditions des femmes

Les femmes sont au cœur du réseau de la santé et des services sociaux, non seulement à titre d’usagères, mais également comme employées du réseau de la santé et des services sociaux. « Elles représentent 87 % de nos membres », explique la présidente qui souhaite voir adopter rapidement une loi sur la conciliation famille-travail-études ainsi que l’augmentation du salaire minimum à 15 $ l’heure : « L’impact de la diminution des mesures mises en place a toujours été beaucoup plus important pour les moins bien nantis. On sait que, malheureusement, encore aujourd’hui, une grande partie de ces gens sont des femmes. »

Pour l’APTS, la santé du personnel est elle aussi assez inquiétante. Dans un sondage réalisé auprès de ses membres, six personnes sur dix se sont dites en détresse. « Les milieux de travail sont de plus en plus difficiles, que ce soit en centre jeunesse ou en centre de réadaptation en déficience intellectuelle. Dans les soins à domicile, le personnel est souvent confronté à une clientèle aux prises avec des problèmes de santé mentale. Les besoins sont immenses », précise la présidente.

Dans ce sens, les propositions de l’APTS visent la diminution de la détresse psychologique en assurant un milieu de travail attrayant. On souhaite aussi que des ressources humaines s’ajoutent sur le terrain afin de réduire la surcharge. « Des gens épuisés quittent le travail pour des congés de maladie et ceux qui restent doivent affronter une charge de travail énorme. J’ai peur que les jeunes soient rebutés par un milieu de travail si difficile. »

La présidente de l’APTS en est convaincue : il est possible de démocratiser le réseau de la santé et des services sociaux tout en améliorant les services à la population. « La dernière chose dont avait besoin le Réseau, c’était de se faire réformer encore une fois ! s’exclame Carolle Dubé. Cette dernière réforme s’est faite dans un contexte de compressions budgétaires alors qu’il aurait fallu investir pour bien la gérer. De plus, les gens n’ont presque pas été consultés. Pour faire des réformes importantes dans les structures d’établissements, ça prend la collaboration des travailleurs. »

L’APTS suggère d’instaurer un moratoire sur toute forme de réorganisation des services, de démocratiser le Réseau et de revaloriser les espaces de débats. Pour elle, il est indispensable de respecter les forums de consultation dans lesquels le personnel peut s’exprimer. « On a besoin de revenus supplémentaires, pas de plus de coupes », dit-elle, suggérant au prochain gouvernement de lutter contre les paradis fiscaux, une façon de mieux financer le réseau.

Dans les prochaines semaines, le calendrier électoral sera chargé pour les membres de l’APTS, qui iront à la rencontre des candidats et des électeurs. Et le 2 octobre prochain, Carolle Dubé voudra sans attendre rencontrer la nouvelle ministre de la Santé.