Des préposés aux bénéficiaires ont compté 543 bains non donnés

En plus des manques de bains et de changements de culottes d’incontinence, ces préposés ont dénombré 542 lavages à la débarbouillette qui n’ont pu être faits depuis le début de l’été.
Photo: iStock En plus des manques de bains et de changements de culottes d’incontinence, ces préposés ont dénombré 542 lavages à la débarbouillette qui n’ont pu être faits depuis le début de l’été.

Au moins 543 bains n’ont pas été donnés depuis le début de l’été et 761 tournées de changements de culottes d’incontinence n’ont pas été faites.

Ce sont quelques-unes des statistiques sur les services qui n’ont pu être dispensés dans les CHSLD (Centres d’hébergement et de soins de longue durée) qu’a compilées le Syndicat québécois des employés de service, affilié à la FTQ.

Le SQEES a questionné ses 5300 membres préposés aux bénéficiaires qui travaillent dans le réseau de la santé pour connaître l’ampleur du phénomène de la surcharge de travail et de la qualité des soins et services qui s’ensuit. Le syndicat a reçu 543 formulaires remplis et signés ; il ne s’agit donc pas de vagues plaintes anonymes.

« On demandait à nos gens : après vos heures de travail, remplissez ce que vous n’avez pas eu le temps de faire. On leur disait : gardez une cadence de travail normal, rentrez à l’heure, sortez à l’heure. Et ce que vous n’avez pas le temps de faire, vous le mettez sur le formulaire, vous le signez et vous nous l’envoyez », a résumé Sylvie Nelson, présidente du SQEES, au cours d’une entrevue, lundi.

En plus des manques de bains et de changements de culottes d’incontinence, ces préposés ont dénombré 542 lavages à la débarbouillette qui n’ont pu être faits depuis le début de l’été, 657 repositionnements de bénéficiaires et 824 promenades de résidants qui n’ont pu être faits.

Fait à noter, le SQEES est l’un des grands syndicats qui représentent des préposés aux bénéficiaires, mais il n’est pas le seul. Les statistiques sont donc bien plus élevées que celles qu’il a colligées.

Valoriser

Mme Nelson voit là une illustration du manque d’effectif et de la surcharge de travail des préposés aux bénéficiaires, avec les conséquences qui s’ensuivent sur la qualité des soins et services.

Les principales causes identifiées sont le sous-effectif et le non-remplacement des absences (423 fois), ainsi que l’appel au personnel d’agence, qui ralentit la cadence de travail, selon le syndicat.

« Il va falloir valoriser la profession, autant au niveau des conditions de travail qu’au niveau salarial », argue-t-elle.

Au maximum de son échelle de salaire, un préposé aux bénéficiaires dans le secteur public gagne 21,80 $ l’heure.

Campagne électorale

Mme Nelson demande aux chefs en campagne électorale de s’engager à améliorer les conditions de travail de ces préposés aux bénéficiaires.

« On a bien beau dire qu’on va créer 1500 places en CHSLD ; on n’est pas contre les 1500 places ; mais présentement, avec les gens qu’on a, on a de la misère à donner les services avec les préposés qu’on a », objecte-t-elle.

La démarche du SQEES était appuyée par Paul Brunet, du Conseil pour la protection des malades. Le président de la FTQ, Daniel Boyer, se trouvait aussi aux côtés de Mme Nelson pour appuyer son syndicat dans sa campagne « Humanisons nos tâches ».

« On vise le même but, c’est la bientraitance des personnes âgées. Au SQEES, on pense que c’est vraiment de la maltraitance organisationnelle que nos personnes (âgées) subissent », a affirmé Mme Nelson.


Des tâches non effectuées, selon les 543 formulaires remplis

- 543 bains

- 542 toilettes partielles (lavage à la débarbouillette)

- 725 lits non faits ou literie non changée

- 657 repositionnements de bénéficiaires

- 937 nettoyages de surfaces (tables, fauteuils roulants, etc.)

- 761 tournées de changements de culottes d’incontinence

- 824 promenades de résidants

- 503 rasages de barbe

- 463 coupes d’ongles