15 ans de lutte pour l’accès à l’eau potable

Danielle Houle (à l’avant-plan) a rallié son conjoint, Louis Hone (à gauche), et ses voisins André Bazinet, Mireille Lagacé et Claude Bousquet (de gauche à droite) dans sa mission pour avoir de l’eau potable. L’eau de leurs puits est contaminée par les pesticides et les coliformes fécaux.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Danielle Houle (à l’avant-plan) a rallié son conjoint, Louis Hone (à gauche), et ses voisins André Bazinet, Mireille Lagacé et Claude Bousquet (de gauche à droite) dans sa mission pour avoir de l’eau potable. L’eau de leurs puits est contaminée par les pesticides et les coliformes fécaux.

Sans eau potable, un groupe de citoyens se bat depuis quinze ans pour que leurs résidences soient raccordées à l’aqueduc municipal. Non seulement leur eau est impropre à la consommation, mais ils commencent à en manquer en raison des changements climatiques.

« L’eau, c’est quand même un bien essentiel, s’insurge Claude Bousquet. Ça n’a aucun bon sens d’être obligé encore aujourd’hui de se battre pour avoir de l’eau potable… On est en 2018 ! »

Dans sa cour, qui donne sur le boisé de Saint-Denis-sur-Richelieu, Claude Bousquet soulève l’épaisse dalle de béton qui recouvre son puits. « Eh boy ! T’en as pu gros ! On voit le fond », lance son voisin André Bazinet en se penchant au-dessus du trou de douze pieds de profondeur.

« Pour en manquer, il en manque », répond l’agriculteur dans un haussement d’épaules, espérant que la pluie, qui s’est fait cruellement manquer cet été, viendra regarnir son puits avant qu’il soit à sec.

En région rurale, il n’est pas rare de voir des citoyens s’approvisionner en eau potable grâce à un puits. Mais généralement, les gens ont un puits artésien, connecté directement à la nappe phréatique. Ici, ce type de puits est impossible à avoir, car l’eau souterraine est salée, vestige de l’ancienne mer de Champlain qui recouvrait la région.

La douzaine de citoyens qui résident dans le boisé de Saint-Denis-sur-Richelieu se sont donc tournés vers des puits de surface. Mais là encore, il y a un problème. On est en région agricole et l’eau de surface est fortement contaminée par les pesticides et les coliformes fécaux.

L’eau est donc impropre à la consommation. « On est chanceux que personne n’ait été malade, mais c’est parce qu’on prend des précautions », précise M. Bousquet.

« Juste pour l’usage courant, il faut filtrer l’eau avec un adoucisseur, sinon on scrape toute notre plomberie », ajoute André Bazinet. Pour boire, ils achètent de l’eau en bouteille.

Bataille

À quelques maisons de là, Danielle Houle et Louis Hone se sont dotés d’un imposant système de traitement d’eau : adoucisseur, chlorateur, filtre au charbon et purificateur par osmose inversée.

« Mais on a beau avoir un super système de filtration, le problème, c’est que, de plus en plus, on manque d’eau. Et avec les changements climatiques, ça va aller en s’intensifiant », soupire cette retraitée du réseau de la santé qui économise toujours l’eau de crainte d’en manquer.

C’est elle qui, en 2002, a tenté pour la première fois de rallier les citoyens du boisé pour réclamer de l’eau potable. Elle venait d’emménager et avait manqué d’eau. « Quand on a acheté, on savait qu’on n’était pas relié à l’aqueduc, mais on nous disait que c’était en voie d’être réglé », soupire-t-elle.

Les citoyens avaient fait analyser leur eau et envoyé le dossier à la municipalité pour réclamer l’accès à de l’eau potable.

On a beau avoir un super système de filtration, le problème, c’est que, de plus en plus, on manque d’eau. Et avec les changements climatiques, ça va aller en s’intensifiant .

 

À défaut d’avoir des réponses de la municipalité, Danielle Houle a contacté les attachés politiques d’à peu près tous les élus de la circonscription, et ce, depuis l’époque où Bernard Landry était député de Verchères. Elle a appelé différents ministères pour savoir s’il existait des subventions. « J’ai téléphoné partout depuis 2002. La plupart des gens sont empathiques, ils nous répondent que ça n’a pas de bon sens. Mais ils nous renvoient à la municipalité et il n’y a jamais rien qui se passe. »

Elle a pris une pause pendant quelques années, après avoir notamment lutté contre une entreprise de gaz de schiste qui voulait s’installer à deux pas de chez elle. Elle a repris le dossier il y a un peu plus d’un an. Mais encore une fois, elle a l’impression de ne pas être prise au sérieux.

« On nous redemande de prouver que notre eau est contaminée. On recommence tout le même processus, sans aucune garantie que ça va donner quelque chose au bout du compte. Je l’avoue, j’ai fini par perdre patience… »

Analyse de faisabilité

À la municipalité de Saint-Denis-sur-Richelieu, l’équipe en place depuis 2014 ne peut répondre pour ce qui a été fait dans le passé. Le directeur général, Pascal Smith, répond que le dossier lui a été soumis pour la première fois à l’automne 2017 et que celui-ci est en cours d’analyse.

Il dit travailler sur « une étude de faisabilité pour voir comment on peut s’organiser pour apporter l’eau à ces citoyens, que ce soit par l’intermédiaire du raccordement à l’aqueduc ou d’un puits qui pourrait être creusé et traité pour ces citoyens », explique M. Smith.

Il ajoute qu’il faut « documenter le fait que leur eau est présentement contaminée » et « prouver que ce ne sont pas leurs puits à eux qui sont contaminés » si la municipalité veut justifier une éventuelle subvention du ministère des Affaires municipales. Subvention qui, selon lui, n’est présentement pas disponible. Or, comme le coût estimé du projet pour relier la douzaine de résidences à l’aqueduc est d’environ 700 000 $, il estime que ce serait « plus viable » avec une subvention.

En attendant, la mairesse s’est engagée à remplir gratuitement les puits des citoyens qui seraient vides en période de sécheresse. Deux livraisons ont déjà été faites cette année.

Combien de temps faudra-t-il avant que les citoyens puissent espérer avoir une solution à long terme ? « Nous, ce à quoi on s’est engagés, c’est de donner des nouvelles aux gens au courant de l’année 2018 », répond le directeur général. Y parviendra-t-il ? « On l’espère, c’est le mandat qu’on a. »