Adieu purées, bébé mange avec les doigts

De plus en plus populaire auprès des jeunes parents, la méthode d’introduction des aliments, parfois mieux connue sous son appellation anglophone «baby-led weaning», consiste à proposer aux enfants des aliments solides, et ce, dès l’âge de six mois.
Photo: iStock De plus en plus populaire auprès des jeunes parents, la méthode d’introduction des aliments, parfois mieux connue sous son appellation anglophone «baby-led weaning», consiste à proposer aux enfants des aliments solides, et ce, dès l’âge de six mois.

Le congélateur de Marie-Ève Desroches regorge de cubes de purée de fruits et légumes. Carottes, citrouilles, pommes, épinards… la jeune femme a pris soin l’an dernier, avant même d’entamer son congé de maternité, de faire le plein de provisions, histoire d’être prête pour l’arrivée de bébé. Pourtant, aujourd’hui âgé de 11 mois, son garçon, Léon, n’y a encore jamais goûté, ses parents ayant finalement préféré les aliments solides aux purées.

« On n’a rien perdu, je vous rassure », lance la nouvelle maman de 28 ans, un sourire évident dans la voix. « On lui fait des galettes et des petits muffins. On récupère la purée pour faire des sauces ou des sautés. C’est entre autres ce qu’il y a de beau avec la DME [diversification alimentaire menée par l’enfant], ça nous permet d’être créatifs dans ce qu’on offre à manger à notre fils. »

De plus en plus populaire auprès des jeunes parents, cette méthode d’introduction des aliments — parfois mieux connue sous son appellation anglophone, « baby-led weaning » — consiste à proposer aux enfants des aliments solides, et ce, dès l’âge de six mois. Finies donc les purées lisses et autres préparations céréalières destinées aux tout-petits. Mais aussi les cuillères qui font l’avion pour inciter le poupon à avaler sa dernière bouchée.

« Le principe à la base de la DME, c’est de laisser l’enfant choisir ce qu’il veut manger et en quelle quantité », précise la nutritionniste et diététiste Évelyne Bergevin, coauteure de Petites mains, grande assiette, un ouvrage publié en 2017 sur les fondements de cette alimentation particulière. « L’idée est d’offrir plusieurs aliments, sous différentes formes — on commence généralement par des morceaux — et de permettre au bébé de les découvrir à son rythme, en suivant ses préférences alimentaires, mais aussi ses signaux de faim. »

« La première fois, les gens sont tout le temps un peu surpris, raconte en riant Tania Massault, dont la petite Lily, 18 mois, a toujours boudé les purées, leur préférant, de loin, les bananes entières et le porc effiloché. « C’est certain que, pour quelqu’un qui n’a aucune idée de ce qu’est la DME, voir un enfant de sept mois manger des morceaux de pomme ou un steak, ça peut être impressionnant. Mais pour nous, il n’y a eu que de bons côtés. »

Et chose certaine, pour les adeptes, les avantages sont incontestables. « L’heure du repas est tellement plus simple », lance sans hésitation Marilyn Chaumont, mère de Sarah, qui aura bientôt 16 mois. « C’est un peu plus salissant, je vous l’accorde, mais tout le monde mange la même chose en même temps et la petite a manifestement du plaisir. Idem pour sa motricité fine, quand on la compare avec d’autres enfants : on remarque que ça fait une différence. Vous devriez la voir manier sa cuillère aujourd’hui ! »

Pour le moment, il existe toutefois très peu d’études scientifiques sur la DME et celles qui ont déjà été réalisées sont difficilement comparables entre elles, notamment en raison des disparités méthodologiques. Il est donc difficile, reconnaît Évelyne Bergevin, de prouver les bienfaits réels et à long terme de cette pratique. Au mieux, souligne-t-elle, certains travaux réalisés en Grande-Bretagne et en Nouvelle-Zélande ont conclu que les enfants nourris selon la DME pourraient avoir une alimentation plus variée plus rapidement. D’autres vont toutefois plus loin, soulevant que ces tout-petits pourraient, une fois à l’âge adulte, être moins sujets aux maladies chroniques liées à l’embonpoint.

Dans tous les cas, il reste beaucoup de travail à faire pour arriver à des conclusions probantes sur la DME, énonce pour sa part la présidente de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, Paule Bernier. « Il y a encore beaucoup de questions sans réponse, expose-t-elle, rappelant que l’Ordre n’a toujours pas fait de recommandation claire sur cette méthode.

Parmi les craintes les plus courantes, notons, entre autres, les carences alimentaires — l’enfant étant, en quelque sorte, le maître de son alimentation — et, sans surprise, le risque d’étouffement.

« C’est certain qu’il faut être particulièrement attentif lorsque notre petit mange », précise Évelyne Bergevin, qui recommande à tous les parents qui tentent la DME ou une approche plus traditionnelle de suivre une formation de secourisme, histoire de savoir comment réagir en cas de problèmes. « Après, il y a quelques règles à suivre, comme de ne pas toucher à l’enfant quand il mange ou de ne pas introduire vous-mêmes les aliments dans sa bouche. Mais le plus important, c’est surtout de faire confiance à son enfant. Si vous avez peur, ce n’est pas une bonne idée de suivre cette méthode, parce que vous risquez de transmettre vos inquiétudes à votre progéniture. La DME, c’est bien, mais ce n’est pas pour tout le monde et c’est bien correct comme ça. »

Pour ce qui est des carences, notamment celles en fer qui peuvent être très dommageables au cours des premières années de vie de l’enfant, la nutritionniste recommande aux parents de bien s’outiller avant de se lancer dans la DME (et de toujours garder des céréales pour bébés enrichies en fer dans leur garde-manger). « Personne ne devrait utiliser cette méthode sans avoir consulté un professionnel de la santé, sans avoir suivi une formation ou avoir lu la documentation appropriée », insiste-t-elle.

Un avis que partage la présidente du comité de nutrition de la Société canadienne de pédiatrie, la Dre Catherine Pound. La pédiatre reconnaît que les médecins sont un peu à la bourre quand vient le temps de parler d’alimentation, et ce, même si, depuis 2015, Santé Canada évoque la DME — sans jamais vraiment la nommer — en recommandant « l’introduction de différentes textures avant l’âge d’un an ».

« Je ne vous dirai pas que ce n’est pas une bonne idée, bien au contraire, avance celle qui a choisi cette voie pour son plus jeune. Mais les réseaux sociaux ne devraient jamais être votre seule source d’informations. Ils sont très bien pour permettre aux parents d’échanger sur leurs expériences ou des recettes, mais un suivi professionnel est essentiel. C’est en allant chercher du soutien que vous réussirez, comme parents, à faire ce que vous croyez juste, peu importe ce que c’est. »

2 commentaires
  • gaston bergeron - Abonné 1 septembre 2018 07 h 09

    Tu parles d'une manie

    Alors, si ça s'appelle « la diversification aliementaire » comme nous l'apprend l'auteur plus loin dans le texte, quelle est l'idée ou cette manie de nous refiler le terme anglais en premier?
    « Comme on dit en français », pour paraphraser cette mauvaise habitude de « comme on dit en anglais », c'est de la colonisation langagière.
    Salutations,
    G.B.

  • Camille Pichette - Inscrite 1 septembre 2018 10 h 53

    Quelle belle approche

    Je suis tellement contente d'avoir choisi la DME comme méthode de diversification pour ma fille. Elle prend un plaisir évident à manger et à découvrir de nouveaux aliments. En plus, sa motricité fine s'est développée à une vitesse effarante. Certes, c'est salissant, mais la fierté qui se lit sur son visage est ma plus belle récompense.