L’ex-ambassadeur du Vatican aux États-Unis accuse le Saint-Siège de camouflage

L’ex-cardinal Theodore McCarrick en 2011
Photo: Patrick Semansky Associated Press L’ex-cardinal Theodore McCarrick en 2011

L’ex-ambassadeur du Vatican aux États-Unis, aujourd’hui à la retraite, accuse les hauts dirigeants de l’Église catholique d’être au courant depuis 2000 que l’ancien archevêque de Washington, l’ex-cardinal Theodore McCarrick, invitait régulièrement des séminaristes dans son lit. Il a tout de même été nommé cardinal.

La lettre, une accusation hors de l’ordinaire d’un ancien nonce du Saint-Siège, vise également le pape François. Selon la dénonciation, celui-ci aurait été informé du penchant de McCarrick pour les jeunes séminaristes en 2013, mais l’aurait réhabilité. Une allégation de camouflage contre le pape lui-même.

Le National Catholic Register et un autre site conservateur, LifeSiteNews, ont publié dimanche la lettre attribuée à l’archevêque Carlo Maria Vigano, au moment où le pape terminait une visite de deux jours en Irlande occultée par le scandale des abus sexuels.

Âgé de 77 ans, l’archevêque Vigano est un conservateur dont le point de vue hostile aux homosexuels est bien connu. Il a exhorté le pape réformiste à démissionner face à ce scandale et ce qu’il appelle la « conspiration du silence » concernant Theodore McCarrick. Le pape et Carlo Maria Vigano sont des opposants idéologiques de longue date, alors que le pape adopte le ton d’un pasteur et que l’archevêque se positionne en guerrier du culte.

Le Vatican n’a pas immédiatement commenté la lettre ni confirmé son authenticité.

Dans le document, Carlo Maria Vigano y accuse les anciens secrétaires d’État du Vatican sous les deux précédents papes d’avoir ignoré pendant des années les dénonciations détaillées contre Theodore McCarrick. Il soutient que Benoît XVI avait finalement condamné McCarrick, en 2009 ou 2010, à une vie de pénitence et de prière, mais que François l’avait ensuite réhabilité.

Le mois dernier, le pape François a accepté la démission du cardinal McCarrick après qu’une enquête eut déterminé qu’une accusation de sévices sexuels sur une victime mineure était crédible.

Depuis, une autre victime a allégué avoir été agressée dès l’âge de 11 ans, et plusieurs anciens séminaristes ont dénoncé des mauvais traitements ou du harcèlement subi aux mains de Theodore McCarrick.

Ce scandale, en plus des allégations dévastatrices d’abus sexuels et de dissimulation contenues dans un récent rapport d’un grand jury en Pennsylvanie, révélant que 300 prêtres avaient abusé de plus de 1000 enfants pendant 70 ans, a entraîné des appels à une vaste enquête au Vatican pour déterminer qui était au courant des gestes de l’ex-cardinal McCarrick.

La lettre de Carlo Maria Vigano semble chercher à répondre à certaines de ces questions. Celui-ci a été nonce aux États-Unis de 2011 à 2016. Il assure que ses deux prédécesseurs immédiats n’ont « pas manqué » d’informer le Saint-Siège des accusations portées contre McCarrick dès 2000.