Des médias de Québecor poursuivent le Conseil de presse du Québec

Les médias de Québecor ne sont pas membres du CPQ depuis plus de huit ans.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les médias de Québecor ne sont pas membres du CPQ depuis plus de huit ans.

Le Journal de Montréal et Groupe TVA se tournent vers les tribunaux pour que le Conseil de presse du Québec (CPQ) cesse de rendre des décisions à leur égard. Dans une poursuite déposée en Cour supérieure mercredi, ils réclament 200 000 $ en dommages à ce tribunal d’honneur des médias pour atteinte à leur réputation.

Les médias de Québecor, qui ne sont pas membres du CPQ depuis plus de huit ans, déplorent le fait qu’ils font malgré tout l’objet de blâmes de la part de cet organisme privé dont le mandat est de traiter les plaintes qui visent les médias. « [Le CPQ] n’est ni un tribunal ni un comité déontologique en vertu de la loi », peut-on lire dans leur requête.

Ils dénoncent deux récentes décisions du CPQ qui, selon eux, « démontre un mépris flagrant du droit fondamental de ne pas s’associer dont jouissent [Le Journal de Montréal] et Groupe TVA ». L’une concerne un article sur les inondations du printemps 2017 qui s’est retrouvé en une du quotidien et dont certaines citations avaient soi-disant été inventées. Le Journal de Montréal avait publié la photo d’une sinistrée à laquelle un phylactère avait été ajouté.

Nous sommes brimés dans notre droit de ne pas nous associer à cette organisation

« Une enquête sérieuse de la part du Conseil de presse aurait notamment permis de révéler que […] le texte apparaissant dans le phylactère figurant à la une n’est aucunement une citation des propos [de la sinistrée], mais un élément humoristique relevant de la caricature — une institution bien reconnue dans le milieu journalistique », peut-on lire dans le document de cour.

Les médias de Québecor déplorent également le fait d’avoir été blâmés pour une chronique de Richard Martineau où il s’exprime sur les enfants-soldats.

Droit « de ne pas s’associer »

Le Journal de Montréal et Groupe TVAestiment que le CPQ porte atteinte à leur liberté d’association.

« Nous sommes brimés dans notre droit de ne pas nous associer à cette organisation, un principe garanti par la Charte des droits et libertés de la personne », fait valoir Dany Doucet, vice-président, Information, de l’Agence QMI et rédacteur en chef du Journal de Montréal. Québecor estime avoir fait l’objet de plus de 50 plaintes entre 2015 et 2017.

Le CPQ souhaite prendre connaissance de la procédure avant de faire davantage de commentaires.

« Nous prenons cette situation au sérieux […] Nous allons mandater des avocats pour y répondre et le CPQ va se défendre », indique Caroline Locher, secrétaire générale du CPQ.

La directrice du Centre d’études sur les médias et professeure de journalisme à l’Université Laval, Colette Brin, estime que « la question de fond, à savoir si le Conseil de presse a la légitimité pour juger de plaintes concernant les médias Québecor, est intéressante », puisque Québecor n’en fait pas partie.

Elle se demande toutefois si les tribunaux sont « le meilleur lieu pour en discuter ». Mme Brin trouve « embêtant que les médias Québecor refusent de se défendre [devant le Conseil], mais ensuite le poursuivent parce qu’ils rejettent la décision ». « Pourquoi n’ont-ils pas donné leur version avant, ou à tout le moins quand la décision a été publiée ? » demande-t-elle.