Quoi faire et ne pas faire avec les policiers

Fredy Villanueva est mort lors d’une interpellation policière en 2008.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Fredy Villanueva est mort lors d’une interpellation policière en 2008.

Une vidéo destinée aux jeunes du secondaire et portant sur les comportements à adopter en cas d’interpellation policière est actuellement en production au ministère de l’Éducation pour répondre aux recommandations du coroner dans l’enquête sur le décès de Fredy Villanueva, a appris Le Devoir.

La vidéo « est en élaboration à l’intention du milieu scolaire […] l’outil en préparation s’adresse aux élèves du 1er cycle du secondaire », a indiqué le ministère de l’Éducation.

Le ministère n’a précisé ni le moment où il prévoit diffuser la vidéo ni dans le cadre de quel cours il compte le faire.

L’enregistrement, qui mettrait en scène des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de jeunes comédiens, ne ferait toutefois aucune allusion à la mort de Fredy Villanueva, abattu lors d’une intervention policière à Montréal-Nord, en août 2008, alors qu’il était âgé de 18 ans. « C’est une vidéo qui embrasse large. Elle explique aux jeunes comment réagir lors d’une interpellation ainsi que leurs droits lorsqu’ils sont interpellés, arrêtés ou qu’ils reçoivent un constat d’infraction », explique une source qui a travaillé sur le projet.

Cette dernière souligne que le ministère, qui coordonnait un comité de travail auquel participaient entre autres le ministère de la Sécurité publique et l’École nationale de police du Québec, voulait éviter les amalgames que susciterait un scénario rappelant les événements de 2008.

« Le but, c’est que les jeunes de partout dans la province [s’y] retrouvent », souligne la source.

Actuellement, c’est souvent dans les films américains que les jeunes ont leur premier contact avec la police […]

 

Approche éducative

L’outil audiovisuel a été créé pour répondre aux recommandations du coroner André Perreault, qui a présidé l’enquête sur les causes et circonstances du décès de Fredy Villanueva.

Dans son rapport, publié en 2013, le coroner Perrault adressait trois de ses 22 recommandations au ministère de l’Éducation. Il y proposait de promouvoir, dès le début du secondaire, la façon de se comporter avec un policier.

Le coroner estimait également qu’il fallait sensibiliser les jeunes aux risques d’intervenir lors de l’arrestation d’un tiers. Il soulignait l’importance de faire réaliser aux jeunes la perception que les policiers peuvent avoir lors d’une telle intervention, et conseillait d’informer les jeunes sur les conséquences que pourrait entraîner le refus d’une personne d’établir son identité à la demande d’un agent de la paix qui l’informe qu’elle a commis une infraction.

« Actuellement, c’est souvent dans les films américains que les jeunes ont leur premier contact avec la police […] Comme psychoéducateur, une vidéo me semble pertinente et je suis certain qu’elle pourra être très utile pour sensibiliser les adolescents », commente Denis Leclerc, président de l’Ordre des psychoéducateurs du Québec.

Rémi Boivin, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, estime également que la vidéo produite par le ministère mérite d’être perçue comme un outil éducatif et non comme un message qui ferait reposer la responsabilité du bon déroulement d’une intervention policière sur les jeunes.

« L’essentiel des recommandations du coroner Perreault touchait les corps de police et à travers celles-ci, le coroner a ajouté un volet de sensibilisation pour s’assurer d’avoir fait le tour de tout ce qu’il est possible de faire pour qu’un tel événement se reproduise », souligne-t-il.

M. Boivin rappelle que la nature des interactions entre policiers et citoyens dépend de la perception que chacun a de l’autre.

« Une mauvaise compréhension de part et d’autre peut mener à une escalade du conflit et c’est ce que tout le monde veut éviter », explique-t-il.

Rappel des événements

« Fredy Villanueva ne méritait pas de mourir », écrivait le coroner dans un volumineux rapport. « [Sa mort] est le résultat d’une multitude de circonstances qui, chacune prise isolément, ne saurait justifier logiquement ce résultat », poursuivait-il.

Rappelons qu’au moment de l’événement, Fredy Villanueva, son frère Dany Villanueva et d’autres amis étaient réunis dans le stationnement d’un parc de Montréal-Nord. Les patrouilleurs Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte ont aperçu le groupe de jeunes jouer aux dés et les ont interpellés en vertu du règlement municipal qui interdit de jouer à des jeux de hasard sur le domaine public.

À l’approche des policiers, Dany Villanueva s’est éloigné du groupe. Lorsque les policiers ont voulu l’interpeller, il a protesté et a ensuite résisté à son arrestation. Dany Villanueva s’est retrouvé au sol après que l’agent Lapointe a tenté de le maîtriser, amenant ses amis et son frère à s’approcher pour tenter de l’aider.

Craignant pour sa sécurité, l’agent Lapointe a décidé de faire feu. En quelques secondes, quatre coups ont été tirés, atteignant trois jeunes, dont Fredy Villanueva, qui est décédé quelques heures plus tard.

« La preuve ne permet pas de conclure que Fredy Villanueva a tenté ou a eu l’intention de désarmer l’agent Lapointe », note le coroner, qui souligne toutefois que Dany Villanueva a fait preuve de témérité et qu’« il aurait dû savoir qu’un tel comportement était susceptible d’inciter son frère et ses camarades à se mettre de la partie ».

4 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 21 août 2018 07 h 24

    Faudrait donc légaliser

    Le fait de sauter sur la policie pour aider son frère criminel qui se fait arrêter ? Pas sérieux ça.

  • Louis-Philippe Cusson - Abonné 21 août 2018 09 h 19

    Pour les policiers alors?


    Est-ce que les policiers auront aussi un vidéo pour leur montrer à se comporter envers les jeunes? De façon à éviter le profilage politique, racial et aussi éviter l'abus de pouvoir et l'absence totale de perception de la situation...

  • Céline Delorme - Abonnée 21 août 2018 10 h 45

    Bonne initiative

    C'est une bonne initiative, mais on se demande bien comment il se fait que les jeunes ne savent pas qu'il ne faut pas essayer de se débattre contre les policiers armés. Même si on est convaincu d'être innocent, on lève les mains en l'air et on s'explique ensuite.
    Je viens d'une petit village tranquille, et je n'ai jamais connu personne qui s'est fait arrêter. Pourtant nos parents nous avaient bien avertis qu'il faut obéir à la police si jamais il nous arrivait quelque chose. Même nos jeux d'enfants de "cow boy" le reflétait:
    On criait"les mains en l'air!!.
    Mais c'était il y a 50 ans, maintenant c'est le ministère qui doit instruire les enfants.

  • Serge Lamarche - Abonné 21 août 2018 16 h 50

    Ours police

    Comme avec les ours, il faut savoir que faire avec la police. Avec la police, il faut faire le mort, comme avec les grizzly. Ou faire comme les mafieux, leur sourire et leur dire comment ça va et qu'est-ce qui les amènent, d'un air innocent. Ou encore, comme Rock et belles oreilles nous suggéraient, dire: bonjour la police!
    Le policier qui a tiré sur les jeunes est en prison j'espère. Incompétent comme ça, c'est criminel.