Les parcs, pour s’aérer l’esprit

La fréquentation des parcs réduirait la prévalence de l’anxiété et de la dépression chez les citoyens urbains.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La fréquentation des parcs réduirait la prévalence de l’anxiété et de la dépression chez les citoyens urbains.

Habiter près d’un parc peut encourager la pratique de l’activité physique et, conséquemment, améliorer la santé physique. Mais qu’en est-il de l’impact sur la santé mentale ? Les espaces verts peuvent-ils vraiment apaiser les esprits anxieux ou dépressifs ?

Mathieu Philibert et sa collègue Janie Houle, tous deux professeurs à l’UQAM et respectivement géographe de la santé et psychologue communautaire, se penchent présentement sur la question. « Ce qu’on veut, c’est documenter comment l’exposition aux espaces verts influe sur la santé mentale et le bien-être », indique Mathieu Philibert.

La collecte de données a eu lieu au début de l’été à l’aide d’un questionnaire en ligne. Des résidents de toutes les villes de 10 000 habitants et plus au Québec ont été sondés : « Au final, nous avons eu environ 2000 participants. C’est intéressant parce qu’on sait que 80 % de la population québécoise demeure en ville », dit-il.

Quatre mesures ont été évaluées : les symptômes anxieux, les symptômes dépressifs, le bien-être hédonique (le plaisir) et le bien-être eudémonique (donner un sens à sa vie).

Pour mener leur étude, les chercheurs ont dû passer au peigne fin le couvert végétal du Québec urbain : « Cartographier l’ensemble des parcs et de la canopée dans les villes québécoises n’avait encore jamais été fait », explique Mathieu Philibert. « En plus des parcs, nous avons mesuré le couvert végétal des quartiers, donc nous allons associer les réponses des gens avec leur code postal », ajoute-t-il.

L’hypothèse de départ des chercheurs était qu’une plus grande exposition aux espaces verts serait associée à une moins grande prévalence de l’anxiété et de la dépression. Bien que les données n’aient pas encore été analysées, une tendance se dégage déjà. « La fréquentation des parcs semble aller de pair avec moins de symptômes dépressifs », note M. Philibert.

Mais comment expliquer le fait que la nature adoucit l’esprit ? « C’est peut-être parce que ça fait appel à un besoin naturel, c’est-à-dire celui d’être proche de la nature. Mais dans les faits, des études ont démontré que les espaces verts avaient un éventail d’effets bénéfiques pour la santé en général. »

L’étude est pionnière au Québec, puisque la plupart des études sur la santé et l’environnement urbain portent sur la condition physique : « Notre étude est particulière parce qu’elle cible vraiment les espaces verts. D’autres études au Québec ont évalué la santé mentale selon le quartier dans lequel on habite, mais pas nécessairement l’impact de la proximité d’un parc ou du nombre d’arbres dans la rue. »

Toutefois, l’équipe de chercheurs veut savoir si c’est l’activité physique, favorisée par la proximité d’un parc, qui a un effet protecteur pour la santé mentale. « Il y a aussi tout l’aspect de la socialisation. Les gens qui sortent dans les parcs sont beaucoup moins isolés, et une plus faible exposition aux espaces verts pourrait augmenter le stress de certaines personnes, selon des études. »

Le reste des données sera attentivement décortiqué dans les prochains mois et celles-ci seront classées par ville, mais aussi par profil socio-économique : « On veut aussi voir si le phénomène se manifeste de la même façon chez les hommes et les femmes », précise Mathieu Philibert, qui aimerait que son étude fasse en sorte de mieux aiguiller les décideurs publics.

« On a des partenariats avec des acteurs du milieu municipal, donc c’est sûr que ce sera très important de partager nos résultats. C’est important de faire la démonstration de ces choses-là, sinon on navigue dans le vide quand on prend des décisions. »

Une deuxième vague de collecte de données sera lancée prochainement. L’équipe de recherche compte ainsi aller chercher « de 2000 à 3000 participants de plus », afin d’affiner ses données. « C’est sûr que si tout le Québec participait, je serais bien content », lance à la blague Mathieu Philibert.

Les données récoltées seront aussi comparées avec celles de l’Institut national de santé publique sur les troubles de l’humeur.