Réfugiés: les parrains s’inquiètent des quotas que Québec impose

Les réfugiés que veulent parrainer les organismes attendent souvent dans des camps depuis des années.
Photo: Hassam Mussawi Agence France-Presse Les réfugiés que veulent parrainer les organismes attendent souvent dans des camps depuis des années.

La décision du gouvernement d’imposer des quotas aux groupes de parrainage de réfugiés est très mal reçue. Contraints d’accueillir beaucoup moins de gens que prévu, les parrains se disent aux prises avec des choix déchirants.

« Est-ce que je dois mettre ma conscience de côté quand je fais le tri ? Je mets mon côté humain de côté ? Comment je fais ça ? »

Marie Ajar est en larmes au téléphone. Responsable du parrainage privé pour l’Église syriaque orthodoxe Saint-Jacques à Montréal, elle ne sait pas quoi faire depuis qu’on lui a présenté les nouvelles règles du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI).

Au Québec, les organismes qui font du parrainage privé ou collectif assument les dépenses des réfugiés (papiers, avion, logement, etc.) et se chargent de leur intégration. L’an dernier, Mme Ajar avait soumis 154 dossiers de ce genre, mais les nouveaux quotas lui permettent d’en déposer un maximum de 10.

« Une jeune fille est venue me voir en sanglots. Ça fait des années qu’elle attend pour sa mère et elle me prie de la prendre, de faire quelque chose. Mais avec mes dix dossiers qu’est-ce que je peux faire ? »

Le quota de dix dossiers dérange d’autant plus Mme Ajar qu’il faut plusieurs dossiers par famille (chaque adulte de plus de 22 ans représente un dossier). Elle donne l’exemple d’une famille de Syriens qui n’a pas pu quitter le pays. Trois des fils ont plus de 22 ans et risquent de se faire enrôler dans l’armée s’ils restent.

« Je leur dis quoi ? Que je ne peux pas les prendre parce qu’ils ont cinq dossiers et que ça empêcherait cinq autres familles avec un dossier chacune ? Est-ce que je les prends parce que ça garantirait l’avenir de quatre personnes encore assez jeunes pour venir bâtir leur avenir ici ? »

Le Diocèse de Montréal a droit à plus de places que l’association de Mme Ajar, mais le mécontentement est le même. « J’ai le droit d’en déposer seulement 30 », explique la responsable du programme de parrainage, Alessandra Santopadre « Le problème, c’est que j’ai 84 dossiers sur mon bureau qui attendent depuis plus d’un an. »

Mme Santopadre traite des dossiers en provenance de Syrie, du Congo, du Burundi, de l’Érythrée, de l’Éthiopie, de l’Afghanistan et de l’Irak. « Ça devient déchirant », dit-elle. Pour s’en tirer, elle demande aux familles plus nombreuses de miser sur leurs membres les plus vulnérables. « Je veux donner la possibilité à tout le monde de parrainer au moins une partie de la famille. […] C’est un choix très difficile, très déchirant. Moi, je ne connais pas la famille, je ne peux pas choisir parce que je ne connais pas la fragilité de la famille là-bas. »

« Une décision responsable »

Le ministère a annoncé la semaine dernière qu’il serait prêt à partir de septembre à recevoir 750 nouvelles demandes de parrainage privé, tous pays confondus.

Une annonce attendue avec impatience par les groupes de parrains, puisque le programme est gelé depuis janvier et que le gouvernement s’est donné pour objectif d’accueillir jusqu’à 4400 personnes cette année.

Dans le nouveau système, les places se distribuent par catégorie d’organisme. Par exemple, les organismes comme celui de Mme Ajar qui ont moins de dix ans peuvent chacun présenter dix dossiers, alors que les organismes plus anciens ont droit à trente places.

Les quotas sont toutefois plus généreux pour les parrains à l’extérieur de Montréal. Ainsi, un organisme de région équivalant au Diocèse a droit à dix dossiers de plus que ce dernier.

Pour justifier les quotas, le ministère explique qu’il y a déjà trop de demandes en attente. « Dans le cadre de l’opération d’accueil des personnes réfugiées syriennes, le parrainage collectif a connu un grand engouement. […] Un tel engouement a toutefois causé une augmentation importante des inventaires », a-t-on expliqué.

Au 30 avril, environ 12 500 réfugiés acceptés par Québec attendaient toujours le feu vert d’Ottawa. Au rythme où vont les choses, on évalue qu’il faudra attendre à 2021 avant que toutes ces personnes aient pu être accueillies. Pris de cours par la demande, Québec avait même suspendu le programme en janvier dernier.

Certains croient néanmoins qu’on pourrait s’y prendre autrement. « La seule façon de s’en sortir, c’est d’augmenter les cibles pour les réfugiés parrainés. Au lieu d’en prendre cette année 4400, par exemple, on pourrait en prendre 2000 de plus », explique Sylvain Thibault, le responsable du parrainage des réfugiés à la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

M. Thibault accompagne plusieurs petits groupes d’individus qui ont décidé de parrainer des réfugiés sans faire partie d’un organisme. Pour ces derniers, le quota est de deux dossiers.

« Je ne suis pas à l’aise avec ça, dit-il. Cela oblige des parrains à trouver un autre groupe pour parrainer la mère ou un enfant majeur, ou bien à laisser tomber l’un des deux. »

Questionné là-dessus, le ministère rétorque qu’il « comprend que le choix de familles à parrainer sera difficile ». Toutefois, il revient aux organismes et groupes de décider quelles demandes seront présentées en fonction du plafond qui leur est attribué, a-t-on répondu dans un courriel.

2 commentaires
  • Marcel Vachon - Abonné 10 août 2018 08 h 06

    Immigration ....je ne comprends pas.

    Bonjour,
    Le québec manque désespérément de travailleuses et travailleurs et on coupe le nombre de personnes qui peuvent venir nous joindre, s'adapter, travailler, sortir d'une situation difficile, bref, devenir utile quelque part et envisager une vie meilleure. Je ne comprend pas.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 août 2018 09 h 04

      C’est vrai et c’est pas vrai monsieur Vachon. C’est pas parce que tu es réfugié que tu es compétent pour exercer une profession ou occuper un emploi. Combien de Québébois sont obligés de s’expatrier, dans l’Ouest en particulier pour trouver de l’emploi ?

      C’est pas tout de dire qu’il y a des emplois par millier qui attendent... Est-ce qu’ils sont prêts à aller là où sont les emplois ou veulent-t’ils rester dans le nombril de Montréal...? Sont-ils prêts à aller à Rouyn-Noranda, à Alma, à Rimouski, où même à Québec ? Sont-ils diposés à apprendre la langue du Québec...?

      Cela dit, je comprends l’impatience des gens qui attendent impatiemment que les dossiers débloquent je m’en veux pas que vous pensiez que je suis contre l’immigration. Mais je pense qu’elle doit être raisonnée.