Montréal-Nord en chiffres

Le Devoir dresse le portrait statistique de Montréal-Nord parmi les autres arrondissements et villes liées de l’agglomération montréalaise. Les données ont été compilées par Simon Poirier et analysées par Guillaume Lepage.

Plus de familles monoparentales à Montréal-Nord

 

 

Le taux de familles monoparentales dépasse légèrement les 30 % à Montréal-Nord, le pourcentage le plus élevé de la région métropolitaine. Cette situation ne surprend pas la chercheuse et enseignante en études urbaines Bochra Manaï, qui ajoute que monoparentalité rime bien souvent avec vulnérabilité et insécurité financière. Elle estime que la situation dans laquelle se trouvent bon nombre de mères est un terreau fertile pour d’autres problèmes, comme la violence conjugale. « Et les jeunes sont un peu le reflet de tout ce qui se passe dans leur famille », indique celle qui est aussi coordonnatrice pour la Table de concertation jeunesse de Montréal-Nord. « Ça nous montre que les conditions de vie n’ont pas vraiment changé », renchérit pour sa part Eduardo Gonzalez Castillo, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa. Il déplore que l’argent destiné aux organismes venant en aide aux jeunes et aux familles monoparentales ne soit pas suffisant. « Il y a beaucoup d’organismes dans l’arrondissement, mais ils sont toujours en train de se battre pour un financement précaire qui doit être renouvelé chaque année. »

De jeunes enfants vivant dans la pauvreté

 

 

Les enfants de Montréal-Nord ont davantage de risques que les autres enfants sur l’île de passer les premières années de leur vie (0-5 ans) dans une famille à faible revenu. La situation s’améliore ensuite au fil des ans, s’approchant de la moyenne de l'agglomération montréalaise. Bochra Manaï déplore toutefois qu’il n’y ait pas suffisamment d’infrastructures pour prendre en charge les enfants de ces familles qui peinent à joindre les deux bouts, comme des garderies et des CPE. Quoique cette dernière solution n’ait rien d’une panacée. « On est face à des gens qui ont parfois de la misère à manger, alors imaginez à quel point ça peut être difficile pour eux de se payer une place en CPE. » L’enseignante de géographie à l’UQAM s’inquiète aussi des répercussions que cette pauvreté précoce peut engendrer. « La question de la jeunesse, ça touche 30 % de la population. On ne peut pas laisser grandir des citoyens en rupture. Il faut s’y attaquer en priorité. »

Un taux de chômage plus élevé qu’ailleurs

 

 

Montréal-Nord est aux prises depuis plusieurs années avec un problème de chômage récurrent. Le taux de personnes à la recherche d’un emploi s’est fixé à 12,4 % lors du dernier coup de sonde de Statistique Canada, similaire à celui enregistré dix ans plus tôt, en 2006 (12,5 %). À l’époque, la moyenne de l’île était de 8,7 %. En 2011, alors que ce taux chutait à 7,7 % pour l’agglomération de Montréal, il grimpait à 14,1 % pour Montréal-Nord. Si la tendance semble s’inverser aujourd’hui, un fossé perdure avec le reste de la métropole. Eduardo Gonzalez Castillo estime que le quartier s’est enlisé depuis près de trente ans : « Montréal-Nord a connu un déclin économique à partir des années 1990, avec notamment plusieurs délocalisations d’entreprises, dit-il. Et malheureusement, je crois que le quartier n’est pas parvenu à se relever entièrement depuis. » L’anthropologue de formation insiste pour dire que ce ne sont pas les « différences culturelles » qui expliquent la morosité de l'économie, mais les « conditions de vie difficiles de la classe travailleuse », refusant du même souffle de jeter la pierre à l’immigration.

Deux solitudes

 

 

Montréal-Nord est à la fois jeune et âgée. L’arrondissement enregistre des pointes pour les citoyens de moins de 20 ans et pour ceux de plus de 65 ans, comparativement à la moyenne de l'île. Les jeunes de moins de 20 ans composent près du quart de la population et les personnes âgées de plus de 60 ans, 25 % également. Bochra Manaï n’hésite pas à parler de « polarisation » pour qualifier la dynamique entre ces deux solitudes, surtout lorsqu’il est question du drame ayant coûté la vie à Fredy Villanueva. « Les personnes plus âgées paient des taxes et votent, et elles en ont marre des jeunes qui ne paient pas de taxes, qui cassent la ville. Ce que [la mort de] Fredy cristallise, c’est ça aussi : la non-reconnaissance des jeunes. » À ses yeux, il y a un manque flagrant de connaissance de l’autre entre les différents groupes qui tissent la toile bigarrée de la population.

Le taux de diplomation des Nord-Montréalais

 

 

Peu de nord-montréalais se retrouvent sur les bancs des universités. En fait, Montréal-Nord présente le plus faible pourcentage de gens âgés entre 25 et 64 ans qui ont complété des études universitaires (19,32 %). À l’échelle de la métropole, 44 % de ce groupe d’âges ont un diplôme accroché au mur. Environ 11 % d’entre eux ont abandonné l’école avant d’avoir obtenu quelconque certificat, diplôme ou grade. Il est d’un peu plus de 24 % pour Montréal-Nord. Le professeur Gonzalez estime que le climat d’apprentissage dans les écoles publiques de l’arrondissement — surtout celle situées dans les quartiers plus défavorisés — est inadéquat. S’il reconnaît qu’il peut y avoir des problèmes survenant à la maison pouvant expliquer le phénomène, il insiste pour ne pas « culpabiliser » les parents. Bochra Manaï estime pour sa part qu’il y a un besoin de conscientiser les jeunes que l’école peut les amener sur le chemin de la réussite. Et pour l’Université, si des prêts et bourses existent, note-t-elle, les coûts par session que chargent les maisons d’enseignement peuvent en décourager plus d’un.

Les dynamiques d’immigration

 

 

Les immigrants économiques et ceux parrainés par la famille composent la majorité de l’immigration de Montréal-Nord. Avec un taux d’environ 40 % d’immigrants économiques, l’arrondissement arrive en bout de liste des arrondissements et des villes liées. Et il se classe en tête de rang pour la proportion d’immigrants parrainés par la famille (38,45 %). Pour l’ensemble de l’agglomération de Montréal, le taux pour ces deux types d’immigration est respectivement de 55,79 % et 27,28 %.

L’arrondissement a connu en juillet 2017 une vague d’arrivée de demandeurs d’asile, fait aussi remarquer au Devoir Guillaume André, directeur du Centre communautaire multi-ethnique de Montréal-Nord. Des chiffres qui ne figurent pas dans les plus récentes données du recensement, collectées essentiellement en 2015. « La moitié des personnes qui [ont traversé la frontière canadienne] par le chemin Roxam sont allés à Montréal-Nord », renchérit de son côté Bochra Manaï. Elle regrette que l’argent pour répondre aux défis que posent l’arrivée de ces parents sur le marché du travail, de ces enfants dans les écoles du quartier, ne suit pas.

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