Une marche pour la reconnaissance juridique des parents trans

Les Rodriguez et leurs enfants (de gauche à droite) Julian, Adrian et Dilana ont déambulé, drapeaux en main, auprès de Dilana, qui assume sa nouvelle identité de fille depuis quelques mois.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les Rodriguez et leurs enfants (de gauche à droite) Julian, Adrian et Dilana ont déambulé, drapeaux en main, auprès de Dilana, qui assume sa nouvelle identité de fille depuis quelques mois.

On cherchait en vain une brise dans les rues de Montréal dimanche. Sous un soleil plombant, des centaines de personnes défilaient fièrement sur la rue Sainte-Catherine pour célébrer l’identité trans. L’air était stagnant, étouffant, mais un souffle entraînant portait la foule. Une foule composée de nombreuses familles, poussées par un vent de changement, qui lançait un message clair au gouvernement : reconnaître enfin l’identité trans des parents.

Depuis presque trois ans, une personne trans a la possibilité de modifier son identité sur ses papiers officiels, notamment sur son permis de conduire, sa carte d’assurance maladie et son acte de naissance. Il lui est toutefois impossible d’effectuer ce changement sur l’acte de naissance de ses enfants. Une incongruité que dénoncent d’une seule voix Raphaële Sévigny et Harley Vescio, co-porte-parole de la 5e édition de la marche trans organisée par le collectif Euphorie dans le genre.

« Mon certificat de naissance dit que je suis une femme, mais sur le certificat de naissance de mes enfants, c’est inscrit que je suis leur père », s’indigne Harley Vescio. Un non-sens qui porte préjudice à ses enfants, poursuit-elle. « Chaque fois que les actes de naissance nous sont demandés, on est immédiatement outer. Mes enfants n’ont pas la possibilité de passer inaperçus. »

Une situation tout aussi inacceptable aux yeux de Raphaële Sévigny, qui déplore que les parents trans aient été les grands oubliés des réformes des dernières années. « Ce qu’on demande, c’est une reconnaissance juridique pour les parents trans », précise-t-elle.

Que ce soit à l’école ou encore dans le système de santé, le dévoilement sans consentement de l’identité trans peut mener à de la discrimination et de la stigmatisation, estime le collectif.

Une vision que partage Françoise Susset, une psychologue qui travaille auprès de personnes trans et qui voit dans l’état actuel des choses une « violation du droit à la vie privée » du parent et de l’enfant.

« Les études sont assez claires : les violences et la discrimination sont dirigées non seulement vers les personnes transgenres, mais aussi vers les enfants des parents appartenant à une minorité sexuelle et de genre », explique-t-elle.

Françoise Susset estime qu’il faut aller au-delà du « malaise social » qui persiste envers les parents trans. Sans oublier qu’une pleine reconnaissance de leur changement de genre représente une plus-value pour leurs enfants, estime-t-elle, puisqu’un parent épanoui sera toujours un meilleur parent.

Rentrer ou non dans une boîte

Si elle pouvait choisir la mention qui figurerait sur le certificat de naissance de ses enfants, Sophie Desjardins ne sait pas si elle choisirait « mère » ou simplement « parent », si ce choix lui était offert.

« Ça serait n’importe quoi qui ne serait pas “père”», lance-t-elle, en compagnie de ses trois filles à la Place de la paix, d’où partait la marche.

Aux côtés de parents trans qui parsemaient la foule, plusieurs enfants célébraient fièrement leur nouvelle identité. La famille Rodriguez, drapeaux trans en main, déambulait affectueusement auprès de Dilana, 8 ans, qui assume sa nouvelle identité de fille depuis quelques mois. « Je suis venue à la marche pour que je me fasse respecter par les gens qui n’acceptent pas les personnes trans », explique-t-elle d’un ton assuré, ajoutant que tous ses camarades de classe l’ont soutenue dans son changement.

Un jet de pierre plus loin, Will Roberts pointe tendrement son fils Otis, âgé de 5 ans, enveloppé d’une longue robe noire. « Mon fils est peut-être une fille. Je suis ici pour ne pas que les écoles, le gouvernement ou la société le forcent à entrer dans une boîte prédéfinie », souligne-t-il.

Et certaines personnes étaient là simplement pour soutenir la cause, même si aucun de leurs proches n’est trans. « Mon fils a 5 ans et je veux qu’il comprenne que le genre n’est qu’une construction sociale », laisse tomber Jessica Mitchell alors que la foule disparaissait sous le ciel de boules multicolores du quartier gai.

La réalité des familles de 2018

Jointe par Le Devoir, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, assure qu’une réflexion est toujours en cours au gouvernement pour adapter les documents officiels « à la réalité des familles de 2018 ».

Un comité de travail planche sur le sujet, mais aucun échéancier précis n’a été fixé. « De quelle façon ça se fera et à quel moment ça se fera, c’est un peu trop tôt pour statuer là-dessus », soutient-elle.

Stéphanie Vallée participe depuis dimanche à la Conférence mondiale de la Coalition pour les droits égaux qui se tient à Vancouver. La ministre Vallée souhaite y tisser des liens avec des partenaires étrangers pour renforcer le respect des droits des personnes LGBT à l’international, plus particulièrement dans l’espace francophone.