Uber et Lyft augmentent le trafic plutôt que de le réduire

Selon un rapport publié par la firme Schaller Consulting, 60% des utilisateurs d’Uber ou de Lyft aux États-Unis auraient utilisé le transport en commun, marché ou pris leur vélo si ces applications n’existaient pas.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon un rapport publié par la firme Schaller Consulting, 60% des utilisateurs d’Uber ou de Lyft aux États-Unis auraient utilisé le transport en commun, marché ou pris leur vélo si ces applications n’existaient pas.

Les services de transport alternatifs, comme Uber et Lyft, ne remplissent pas leur promesse de décongestionner les villes américaines, selon un rapport. Le fait est que de plus en plus de personnes préfèrent ces services au transport en commun ou bien au vélo.

Le nombre de kilomètres parcourus en voiture dans les rues de New York a augmenté de plus d’un milliard et demi entre 2013 et 2017. Un boom attribuable à la hausse des véhicules personnels, mais aussi à la popularité des services de transport alternatif, indique un rapport publié la semaine dernière par Schaller Consulting, une firme de consultation new-yorkaise privée.

Le rapport, dont l’objectif était d’établir un premier profil complet de ces services de transport, démontre que 60 % des utilisateurs d’Uber ou de Lyft aux États-Unis auraient utilisé le transport en commun, marché ou pris leur vélo si ces applications n’existaient pas.

En contrepartie, 40 % des utilisateurs auraient pris un taxi ou leur propre véhicule dans un cas similaire.

« Les transports alternatifs, comme Uber, s’adressent davantage aux gens qui prennent le transport en commun », indique l’auteur du rapport, Bruce Schaller, un ancien commissaire au département des transports de la Ville de New York.

« C’est très étonnant », dit pour sa part Jean-Philippe Meloche, professeur agrégé à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal.

Selon lui, ces résultats ne peuvent se transposer à Montréal : « Si on avait fait cette étude ici, les données auraient probablement été différentes ». Il explique que les Montréalais auraient été moins nombreux à choisir Uber au détriment du transport en commun, du vélo ou de la marche.

Le covoiturage

Fait intéressant, le rapport démontre que même les services de covoiturage d’Uber et de Lyft, comme UberPOOL, Uber Express POOL et Lyft Shared Rides, augmentent le trafic sur les routes.

On estime que les conducteurs passent 40 % de leur temps à se promener en voiture entre les courses

Cela peut sembler contre-intuitif, mais Bruce Schaller l’explique comme suit : « Le problème majeur avec les services comme Uber et Lyft, c’est l’attente entre les courses. On estime que les conducteurs passent 40 % de leur temps à se promener en voiture entre les courses. »

Cette attente contribue fortement à la congestion et réduit la qualité de vie dans les centres-villes, selon l’auteur du rapport.

« En ce moment, être dans un centre-ville, c’est très inconfortable, et c’est à cause de ça », dit-il.

Un constat qui est aussi fait par Jean-Pierre Meloche, car les véhicules motorisés ne cessent de gagner en popularité au détriment du transport en commun.

« Si Uber [ou Lyft] offre un service de transport efficace, il y aura sans aucun doute une augmentation du transport par automobile », dit-il.

Une autre inquiétude soulevée par le rapport et par le professeur Meloche est celle de l’avènement des voitures autonomes. « Le gros des dépenses dans les taxis, ce sont les salaires, donc si on a des voitures autonomes, on coupe ça et on améliore l’efficacité. Les voitures pourront rouler 24 heures sur 24 sans arrêt dans les villes. »

La solution principale proposée par le rapport pour freiner le problème est de décourager l’utilisation de l’automobile dans les milieux urbains.

L’augmentation des voies réservée pour les autobus, l’implantation d’un péage en ville et une gestion en temps réel des feux de circulation sont toutes des mesures qui pourraient mitiger l’augmentation de l’utilisation des services de transport alternatifs.

« La Ville de New York songe à faire payer les automobilistes pour accéder au centre-ville depuis plusieurs années. On parle aussi d’imposer une limite au nombre de véhicules dans les centres-villes », énumère Bruce Schaller.

Des bénéfices non négligeables

Les services de transport alternatif sont positifs dans plusieurs situations, peut-on lire dans le rapport. Par exemple, ils offrent une solution de transport plus économique aux aînés et aux personnes handicapées.

De plus, plusieurs personnes utilisent ces services pour avoir accès au transport en commun, comme pour rejoindre les stations des trains de banlieue.

C’est d’ailleurs sur ces éléments que se fonde Uber pour défendre sa place et réfuter certains propos de ce rapport.

« Plus de la moitié des courses Uber à New York ont lieu maintenant dans les arrondissements à l’extérieur de Manhattan, comparativement à moins de 5 % pour les taxis jaunes traditionnels. Les usagers situés dans les communautés à faible revenu de New York choisissent également UberPOOL [le service de covoiturage] plus souvent », indique Jean-Christophe de Le Rue, porte-parole d’Uber Canada.

De plus, Uber dit avoir pallié le manque de transports en commun dans les plus petites villes aux États-Unis : « Nous avons grandi dans des marchés où il n’y avait pas d’autre choix que de conduire sa propre voiture, fournissant ainsi une solution de rechange essentielle pour les personnes âgées et les autres personnes incapables de conduire. »

Aussi, les données recensées par Uber démontrent que la plupart des trajets ne sont pas effectués aux heures de pointe, mais plutôt la nuit entre 22 h et 2 h.

Lyft veut conquérir le Québec

L’entreprise américaine Lyft, la grande rivale d’Uber, n’est pas encore permise dans la Belle Province, mais s’est inscrite au Registre des lobbyistes du Québec en décembre dernier, car elle veut s’implanter à Montréal, Québec et Gatineau. Pour le moment, il y a peu de chances qu’on voie ces véhicules sur nos routes, puisqu’il faudrait modifier la Loi concernant les services de transport par taxi. Uber bénéficie pour sa part d’un projet-pilote du gouvernement provincial afin de mener à bien ses activités au Québec. Au Canada, Lyft est présente seulement à Toronto, tandis qu’aux États-Unis elle dessert plus de 300 villes.