Énergie éolienne - Axor serait victime d'un trou de vent

Des données inédites de l'INRS de Varennes indiquent que la faible productivité du parc éolien de la société Axor s'explique en partie par ce que les scientifiques commencent à appeler «l'effet Chic-Chocs», qui provoque à la hauteur de Cap-Chat une sorte de trou dans les vents qui balaient le golfe su Saint-Laurent en provenance du nord et de l'est.

C'est ce qu'ont révélé hier au Devoir trois chercheurs de l'INRS, le professeur Gaëtan Lafrance, l'étudiant au doctorat Julien Choisnard et la professeure Monique Bernier. Dans sa thèse sur le point d'être publiée, Julien Choisnard a étudié les problèmes de vents côtiers du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie avec une nouvelle technique d'imagerie satellite par radar à synthèse d'ouverture (RSO). Cette technique révolutionnaire est actuellement en voie de consolidation non seulement au Québec mais aussi au RISO, au Danemark, le plus ancien centre d'évaluation des techniques éoliennes au monde.

L'étude de l'effet Chic-Chocs par Julien Choisnard démontre que les vents de l'est et du nord-est n'atteignent que très peu la région de Cap-Chat parce qu'ils sont bloqués par l'énorme écran de pierre que constitue la chaîne des Chic-Chocs. Ce trou, si l'on peut dire, est nettement illustré en noir par la carte des vents ci-contre. L'écran montagneux «diminue ainsi la qualité moyenne du vent et, donc, la performance des éoliennes», explique le professeur Lafrance.

Les vents affectés par l'effet Chic-Chocs privent le projet Axor de 20 à 30 % des vents qui balaient le reste de la région, selon le professeur Lafrance. Dans son mémoire à la Régie de l'énergie, Axor précise que son facteur d'utilisation (FU) ne dépasse pas 19 %. Les promoteurs espéraient plutôt un FU de 35 à 40 %, ce qui revient à dire que l'énergie générée par son parc d'une puissance nominale de 100 MW devrait générer l'équivalent de la production au régime maximal pendant 35 à 40 % du temps. En réalité, les éoliennes du Nordais peuvent tourner pendant 50, 60 ou 70 % du temps, mais à des régimes plus ou moins élevés.

Imprévisible

Installer des éoliennes dans un véritable trou de vent pouvait difficilement être prévu par les promoteurs du parc d'Axor lors de sa conception, au milieu des années 90, ajoute l'universitaire. Il estime d'ailleurs que la société québécoise devrait reconnaître le rôle de «pionnier» de ce projet-pilote et compenser les coûts accrus et imprévus auxquels il fait face aujourd'hui, comme on le fait partout ailleurs dans le monde pour des projets similaires.

Les trois universitaires estiment de plus que le parc Axor est aussi victime d'une technologie désuète. «Ces éoliennes à pas fixe doivent être stoppées si l'impact du flux d'air sur les pales est trop important. Au Québec, ce phénomène est amplifié par le fait que l'air est très froid l'hiver, ce qui permet de tirer plus d'énergie de sa densité plus élevée», ajoute le professeur Lafrance. Mais les éoliennes d'Axor étant incapables de s'ajuster, elles perdent ce moment optimal de production, dit-il, ce qui affecte sérieusement leur rentabilité.

«La combinaison de ces deux grands facteurs, la désuétude de la technologie et un vent plus faible que prévu expliquent la faible rentabilité du projet Axor», conclut le professeur Lafrance en précisant que ce cas d'espèce ne peut pas être généralisé pour juger de la rentabilité actuelle de la filière éolienne.

«Quand le projet Le Nordais a été décidé, conclut l'universitaire, le domaine de l'éolien en était au stade de la R&D et de la démonstration. Cette industrie est maintenant à l'aube de sa maturité. Refuser de considérer l'éolien en se basant sur l'expérience d'Axor, c'est un peu comme si, dix ans après la sortie du premier ordinateur AT 286, les entreprises avaient décidé de ne pas acheter les Pentium de Microsoft sous prétexte que la technologie n'avait pas rempli ses promesses.»