Hausse des agressions sexuelles rapportées à la police en 2017

Le nombre d’agressions sexuelles rapportées à la police en 2017 au Canada a augmenté de 13% par rapport à 2016.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre d’agressions sexuelles rapportées à la police en 2017 au Canada a augmenté de 13% par rapport à 2016.

Le nombre d’agressions sexuelles rapportées à la police en 2017 au Canada a augmenté de 13 % par rapport à 2016, un écart « significatif » qui n’est pas étranger au mouvement #MeToo (#MoiAussi, en français) qui a secoué le monde entier à l’automne dernier. C’est ce que révèle le plus récent rapport de Statistique Canada sur les crimes déclarés par la police.

Ainsi, selon les données collectées par l’agence fédérale auprès des corps policiers de partout au pays, le nombre d’agressions sexuelles de niveau 1 — c’est-à-dire qui, en vertu du Code criminel, ne cause pas, ou presque, de blessures corporelles à la victime — dénoncées à la police serait passé de 21 000 à plus de 24 000 en une année. Cette hausse a été relevée dans neuf provinces et territoires, dont le Québec où une augmentation de 20 % des dénonciations a été observée.

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Le nombre d'agressions sexuelles déclarées à la police en 2017

« Ce n’est pas vraiment surprenant, souligne Pierre Landreville, professeur émérite de criminologie à l’Université de Montréal. Il faut se rappeler du contexte de l’automne dernier, avec la vague de dénonciations en lien avec le mouvement #MeToo. Il y a quand même beaucoup de sensibilisation qui a été faite, on a incité les femmes à rapporter ces crimes. Ces statistiques résultent de cela. »

Selon le rapport annuel, cette augmentation serait également due à l’engagement de « la police […] à revoir la façon dont elle traite les agressions sexuelles qui ont été signalées, notamment à examiner à nouveau les dossiers d’affaires auparavant classées comme non fondées », à savoir « celles pour lesquelles la police avait déterminé qu’aucune affaire criminelle ne s’était produite ».

Données partielles

Ces données, rappelle toutefois Pierre Landreville, ne sont pas représentatives de la réalité, puisqu’elles sont directement dépendantes de l’initiative des victimes. « Il est impossible de savoir, sans aucun doute, le nombre d’agressions sexuelles qui surviennent annuellement au pays. » Surtout que, comme le souligne l’analyste de Statistique Canada Warren Silver, « l’agression sexuelle constitue l’un des crimes les moins susceptibles d’être signalés à la police ».

Rien dans ces statistiques n’indique que ces agressions déclarées ont mené à une déclaration de culpabilité ou une inculpation des agresseurs présumés.

Cannabis en baisse

À l’inverse, les infractions liées au cannabis sont en baisse au Canada depuis 2011 et l’année qui vient de s’écouler ne fait pas exception à la règle. Ainsi, en 2017, près de 48 000 infractions liées à la possession, au trafic, à l’importation, à l’exportation et à la production de cannabis ont été déclarées par la police. Il s’agit de 8000 infractions de moins qu’en 2016.

Cette diminution s’explique en grande partie, selon Pierre Landreville, par l’intention du gouvernement Trudeau de légaliser la marijuana. « Le contexte actuel fait en sorte que les policiers n’ont pas intérêt à déployer des efforts dans ces dossiers. »

50 %
La proportion des infractions relatives aux drogues déclarées encore liées au cannabis

Rappelons que le projet de loi C-45, qui vise à légaliser le cannabis au Canada, a été déposé officiellement à la Chambre des communes en avril 2017. Après avoir suscité de houleux débats, il a finalement été adopté en juin 2018 et entrera en vigueur en octobre prochain.

Taux de criminalité stable

Chose certaine, ces transformations ont une incidence sur le taux de criminalité de manière générale, de même que sur l’Indice de gravité de la criminalité (ICG). De fait, ces derniers, bien que relativement stables depuis dix ans, ont tous deux légèrement augmenté en 2017 par rapport à l’année précédente. Ainsi, le taux de criminalité national a augmenté de 1 %, tandis que l’ICG déclarée par la police s’est accrue de 2 %.

Ces augmentations s’expliquent, notamment, par une hausse des cas de possession de biens volés (+15 %), de vol de véhicules à moteur (+6 %) et d’homicide (+7 %).

Ces statistiques n’offrent toutefois qu’un mince portrait de la situation au pays, précise Pierre Landreville. « Pour avoir une vraie idée de la criminalité au Canada, il faut regarder les données des dix, voire vingt dernières années, souligne le professeur. On remarque alors que, depuis près de trente ans, les crimes sont en forte baisse », d’un océan à l’autre. « Somme toute, nous vivons dans une société assez paisible. »

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 24 juillet 2018 03 h 42

    Question de santé

    À mon avis, les crimes sont à la baisse à cause d'une amélioration de la santé et de la santé mentale. Une grosse source de problèmes de santé mentale était l'intoxication au plomb. Tout va mieux depuis que le plomb est retiré de l'essence et des peintures.