Le bilan de la canicule à Montréal est revu à la hausse

La dernière canicule a obligé les Montréalais à rechercher les points d’eau et les endroits de fraîcheur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La dernière canicule a obligé les Montréalais à rechercher les points d’eau et les endroits de fraîcheur.

La Direction régionale de la santé publique (DRSP) a revu à la hausse mercredi son bilan des décès dus à la période de canicule à la hausse pour Montréal, ce dernier passant de 34 à 53.

Cet écart s’explique parce qu’une vingtaine de décès aurait été déclarée à la DRSP par Urgences santé après la période de mobilisation de services de santé et de services sociaux sur le terrain, a précisé au Devoir la Dre Mylène Drouin.

Pour parvenir à son bilan final, la DRSP a dû revoir l’ensemble des dossiers médicaux et des constats de décès rédigés durant la période de canicule, un processus qui prend du temps, précise la médecin. « Il faut s’assurer que la chaleur est bel et bien en cause, soutient-elle. Il faut entre autres vérifier la température corporelle au moment du décès. »

Plan d’intervention

Dans son bilan préliminaire au sujet de la canicule survenue dans la région de Montréal du 30 juin au 5 juillet, l’organisation précise également que, malgré l’importante mobilisation des services d’urgence durant cette période de chaleur extrême, des modifications devront « très certainement » être apportées au plan d’intervention sur le terrain pour faire face à la prochaine période de canicule.

« Ce genre d’exercice permet toujours de nous ajuster », avance la directrice régionale de la santé publique pour Montréal, la Dre Mylène Drouin.

La majorité des victimes habitaient dans des îlots de chaleur

Le plan d’intervention devra, notamment, porter à l’avenir une attention plus particulière aux personnes vivant en maisons de chambres qui sont des « remparts de l’itinérance », et celles vivant dans des résidences privées pour aînés, précise la médecin spécialiste en santé communautaire.

« Ce sont des lieux qui passent parfois sous notre radar, admet-elle. L’objectif, pour la prochaine fois, est de travailler plus étroitement avec le milieu communautaire, par exemple, histoire de faire un suivi plus serré avec ces personnes vulnérables. »

Le bilan préliminaire de la DRSP a permis de brosser un premier portrait des personnes décédées durant la période de canicule.

Sans surprise, une lecture rapide du rapport permet de constater que nous ne sommes pas tous égaux devant la chaleur, la DRSP ayant réussi à relever certains facteurs de vulnérabilité présents chez plusieurs des victimes.

« Ce sont surtout des hommes vivant seuls, précise la Dre Drouin. Il y a aussi une prédominance de personnes âgées et de personnes vivant avec des troubles de santé mentale. »

Dépendances

Parmi les personnes plus à risque, notons également celles aux prises avec une dépendance à l’alcool et aux drogues, de même que celles ayant des problèmes de santé cardiovasculaires et respiratoires. L’accès à un environnement climatisé serait également en cause, souligne la directrice régionale.

Les trois quarts des personnes décédées habitaient un appartement privé, alors que quatre autres habitaient en maison de chambres et au moins huit en résidence privée pour aînés.

Par ailleurs, « la majorité des victimes habitaient dans des îlots de chaleur, des endroits où la température peut être significativement plus élevée qu’ailleurs sur l’île de Montréal. »

Ce portrait n’est, somme toute, pas surprenant, avance prudemment la Dre Mylène Drouin. « On parle de populations qui présentent déjà plus de vulnérabilités, note-t-elle. Plus encore, ce sont des gens avec lesquels, dans certains cas, il faudra revoir nos méthodes d’intervention, puisqu’elles n’y répondent pas nécessairement bien.

«Par exemple, quand ce sont des policiers qui font du porte-à-porte, il faut tenir compte du fait que certains groupes d’individus ne réagissent pas bien à la présence de policiers chez eux. Dans certains cas, ils ont peur de ne plus pouvoir y retourner. Il faut être sensible à ces réalités, même quand on fait des interventions d’urgence. »

Enquête à venir

Une enquête plus exhaustive doit encore être faite par la DRSP au cours des prochains mois. Cette dernière, qui devrait être rendue publique au courant de l’automne, comprendra, entre autres, davantage d’informations sur les décès dus à la chaleur survenus en milieu hospitalier. Elle devrait également permettre à la DRSP de procéder à une nouvelle série de recommandations concernant son plan d’intervention.