De la difficulté d’assurer une maison ancienne

Les maisons dites contemporaines sont plus faciles à assurer que les maisons patrimoniales, car les réparations sont moins complexes à exécuter.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les maisons dites contemporaines sont plus faciles à assurer que les maisons patrimoniales, car les réparations sont moins complexes à exécuter.

Professeure d’histoire à l’UQAM, Piroska Nagy vient d’acheter une maison ancienne située en bordure d’une route calme de la municipalité régionale de comté d’Acton. Inspection de la maison, offre acceptée, notaire payé, la voilà enfin propriétaire d’une jolie maison centenaire à mansardes. « Je me suis dit que, comme la maison avait été assurée jusqu’ici, l’assureur allait m’assurer tout comme l’était l’ancienne propriétaire. » Surprise : non. « Tout s’est gâté quand j’ai dit que la maison était patrimoniale », ce qui d’ailleurs motivait en partie son achat. « Après m’avoir demandé plein de choses, ils m’ont dit qu’ils ne s’occupaient pas des maisons patrimoniales, qu’ils n’assuraient pas ce type de bâtiment ! » L’historienne a donc dû se mettre en quête d’un assureur, comme nombre de propriétaires de maisons anciennes.

À l’association Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec (l’APMAQ), on ne cache pas que l’assurance constitue un problème pour ceux qui apprécient le charme des demeures du temps passé. La question des assurances soulève parfois de vrais problèmes. « C’est sûr que ça n’a pas toujours été facile pour assurer une maison ancienne. On a commencé à s’occuper de ça il y a une quinzaine d’années », dit Louis Patenaude, le président de cette association fondée en 1980.

Devant les belles demeures d’autrefois, celles auxquelles les passants attachent leurs regards parce qu’ils savent d’instinct que pareils bâtiments, pour des raisons matérielles et immatérielles, déterminent en bonne partie un lieu, les assureurs froncent souvent les sourcils.

« Beaucoup de gens nous appellent pour nous dire qu’ils ont du mal, étant donné les préjugés des assureurs pour les maisons anciennes, à assurer leur demeure », dit le président de l’APMAQ. « Ça reste un problème. » En effet, la plupart des assureurs renoncent à assurer des maisons anciennes, du moins selon les critères d’une éventuelle remise à neuf.

La gloire du neuf

Chez l’assureur Belairdirect, on ne s’occupe tout simplement pas des maisons patrimoniales. « On ne les assure pas. On a fait ce choix-là », explique Émilie Dutil-Bruneau, directrice de communications pour l’entreprise. « Nous n’avons pas de produit spécial. »

Comme tous les assureurs, Belairdirect pose des questions pour comprendre la réalité et les besoins de son client. Année de construction, matériaux, isolation, plomberie, électricité, chauffage… Il arrive aussi qu’on demande une inspection. La maison classée devra pointer son nez ailleurs.

Reste que « la prime d’assurance dépend de chaque cas », dit Émilie Dutil-Bruneau. Pour déterminer si la maison sera assurée ou non, l’assureur prend en compte les améliorations apportées aux systèmes principaux.

À l’enseigne de l’Industrielle Alliance, la directrice des communications, Stéphanie Béland, affirme que son entreprise offre une protection, mais à certaines conditions seulement. « Nous offrons la protection pour une maison ancienne, en tenant compte toutefois de certains éléments. Par exemple, si la résidence a obtenu un statut historique ou patrimonial, si son solage est en pierres et en mortier, si elle est pièces sur pièces ou soumise à des dispositions légales, nous ne pourrons alors lui offrir une protection adéquate. »

À l’Industrielle Alliance comme ailleurs, l’inquiétude de devoir remettre à neuf un bâtiment plombe les modalités de l’assurance. « En tant qu’assureur, nous avons à coeur et le devoir de remettre le bien de notre client dans l’état qu’il était avant un malheureux événement […]. Pour les maisons anciennes qui ont ces particularités, nous devons tenir compte des contraintes de réparation et de reconstruction lors d’un sinistre, voire de la rareté de la main-d’oeuvre spécialisée pour effectuer les réparations. Afin d’offrir une prestation de services à la hauteur des attentes de notre client, nous devons donc être en mesure de lui faire bénéficier d’une protection adéquate, qui répondra tout simplement à ses besoins. »

D’autres perspectives

En matière de maisons patrimoniales,rien ne semble spontanément pensé en fonction de l’idée de préserver et d’assurer la durée.

« La question de la remise à neuf inquiète vraiment les assureurs », dit le président de l’APMAQ. « Des problèmes importants et on voudra remettre à neuf avec des matériaux neuf. Mais ça ne se passe pas comme ça pour les maisons anciennes. Le noeud de l’affaire est vraiment cette vision de la remise à neuf en cas de feu, de dégât d’eau aussi. »

Comment expliquer cela ? « On préfère tout simplement assurer des maisons contemporaines ! » dit Louis Patenaude. Les questions à se poser sont moins nombreuses : on refait sans réfléchir, selon une démarche mécanique. « Il y a de l’ignorance, dit Louis Patenaude. On connaît mal les maisons anciennes. On pense que, parce qu’elles sont anciennes, elles sont forcément fragiles, qu’elles sont vouées à prendre en feu à tout moment ! Pourtant, elles sont là souvent depuis très longtemps. »

Devant le manque de ressources en assurance offertes aux propriétaires de maisons anciennes, l’APMAQ a cru bon de convaincre un courtier de développer des services particuliers. Lussier Dale Parizeau (LDP), un cabinet de services financiers et d’assurance, propose un produit voué aux propriétaires de maisons anciennes construites au Québec avant 1940.

« Beaucoup de propriétaires pensent qu’ils sont bien assurés. Mais ils ne le sont que dans une perspective contemporaine. Ce n’est pas adapté aux vieilles maisons », dit Louis Patenaude.

Martin Dubois, de la firme Patri-Arch de Québec, se spécialise dans l’évaluation patrimoniale, notamment de maisons anciennes. « Souvent, c’est un peu ridicule. Sitôt qu’on donne une valeur patrimoniale à un bâtiment, soudain les assureurs deviennent plus frileux. Pourtant, c’est le même bâtiment ! Il n’a pas changé ! »

Selon Martin Dubois, « les propriétaires de maisons anciennes trouvent toujours un assureur ». Les problèmes, selon lui, sont plutôt de l’ordre des perceptions. « On dit souvent que les assureurs ne veulent pas assurer des maisons anciennes. Je le vois à l’occasion d’inventaires : la question des assurances revient souvent. Mais les gens finissent tous par nous dire qu’ils ont trouvé un bon assureur. »

L’historienne Piroska Nagy attend toujours que toute cette affaire soit finalisée. « Ils m’ont demandé plein de choses. J’attends leur visite ! »