Des logements toujours moins abordables au Québec

Il en coûtera en moyenne 777 dollars chaque mois pour vivre sur l’île de Montréal.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Il en coûtera en moyenne 777 dollars chaque mois pour vivre sur l’île de Montréal.

Devant la rareté des logements à prix abordables, 123 ménages locataires du Québec ont dû appeler à l’aide cette année, craignant de se retrouver à la rue le 1er juillet. C’est 40 % de plus que l’année précédente, précise le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui appelle les gouvernements à agir.

À l’heure actuelle, 21 ménages cherchent encore une nouvelle adresse, contraints pour le moment de vivre chez des amis, de la famille ou d’être hébergés par des groupes communautaires.

« Le problème principal c’est le prix des loyers, qui ne cesse d’augmenter. Les logements mis en location sont souvent plus chers que la moyenne du marché », a déclaré Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, en conférence de presse lundi matin.

Au lendemain de la grande journée de déménagement des Québécois, le regroupement lançait son 7e Dossier noir sur le logement et la pauvreté, qui fait le point sur la situation des ménages locataires dans la province.

À titre d’exemple, il en coûtera en moyenne 777 dollars chaque mois pour vivre sur l’île de Montréal. Et c’est encore plus dans l’agglomération de Québec, la région la plus dispendieuse, où un logement coûte en moyenne 798 $ par mois.

« Avec un salaire minimum, il ne reste pas grand-chose pour payer les billets d’autobus, se nourrir, s’occuper des frais pour les enfants à l’école », déplore Mme Laflamme.

À Montréal, les locataires sont également confrontés à une pénurie de logements, le taux d’inoccupation étant descendu sous la barre des 3 % cette année. Dans certains arrondissements tels que le Plateau-Mont-Royal ou Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, on s’approche plutôt de 0 % de taux d’inoccupation, précise la porte-parole du FRAPRU.

Appel à l’action

« Malheureusement, on constate que, même si le nombre de ménages qui se retrouvent en difficulté est supérieur d’année en année, l’aide qui leur est accordée est moindre », fait remarquer de son côté la coordonnatrice de l’organisme, Marie-Josée Corriveau.

Afin de lutter contre la hausse considérable des loyers, un registre des baux devrait être créé, selon elle. « Contrairement à Toronto ou à Vancouver, on bénéficie au Québec de la loi sur la Régie du logement, dit-elle. Mais ça reste que les locataires ont tout le poids de prouver une augmentation de loyer abusive de leur propriétaire, et la plupart ne vont pas se lancer dans de telles démarches. »

Les gouvernements de Québec et Ottawa devraient également en faire plus financièrement pour aider les municipalités qui recueillent toujours plus de demandes d’aide au logement. Le FRAPRU compte justement interpeller les partis qui rentreront bientôt en campagne électorale au Québec.

« Au Québec, on a des surplus anticipés de 2,4 milliards de dollars, c’est énorme. On pourrait utiliser une part de cette somme-là pour des logements sociaux, par exemple », propose Mme Corriveau.

Elle constate qu’à l’heure actuelle le marché privé d’habitation ne répond pas aux besoins de la majorité des citoyens. Les copropriétés qui se multiplient dans les grandes villes et les quelques logements locatifs qui voient le jour sont trop petits pour accueillir des familles et souvent à un prix trop élevé.

« Si on maintient le cap sur 3000 nouveaux logements sociaux par année au Québec, ça va prendre plus de 80 ans pour régler les besoins actuels les plus criants. Nous, on demande 50 000 logements sociaux en 5 ans, c’est un objectif faisable », renchérit sa collègue Véronique Laflamme.